Dans une enquête publiée le 9 juillet, Mediacités donne longuement la parole à Vanessa Tulejova. La jeune femme raconte avoir découvert l’abbaye en 2021 lors d’une retraite, avant d’y effectuer un stage de discernement, puis d’y entrer comme aspirante en septembre de la même année. Quelques mois plus tard, elle quitte la communauté en affirmant avoir été victime de « harcèlement ». Le média rapporte qu’elle dénonce un « système oppressif » et explique être ressortie de cette expérience « profondément traumatisée ». Sa démarche est résumée par cette phrase : « Je refuse qu’une autre jeune subisse ce que j’ai subi. »
L’abbesse de Wisques, sœur Anne-Laetitia Derreumaux, conteste pour sa part cette présentation des faits. Dans sa réponse à Mediacités, elle rappelle que les séjours de discernement proposés aux jeunes femmes « ne constituent ni un engagement religieux, ni une entrée définitive dans la communauté » et qu’ils permettent précisément de vérifier, « dans un climat de liberté », si cette vocation correspond réellement à leurs aspirations.
Depuis la publication de cette enquête, un nouvel élément est venu troubler la lecture de cette affaire. Vanessa Tulejova et Natalia Trouiller, journaliste indépendante spécialisée dans les enquêtes sur les abus et les dysfonctionnements au sein de l’Église catholique, affichent désormais publiquement de profondes divergences sur ce dossier. Les prises de position des deux femmes, ainsi que les échanges qu’elles ont choisi de rendre publics, témoignent d’une rupture manifeste, alors qu’elles semblaient jusqu’ici poursuivre un même objectif : faire toute la lumière sur cette affaire.
Pour le lecteur, cette évolution ne peut qu’alimenter les interrogations. Que s’est-il réellement passé à l’abbaye de Wisques ? Les faits dénoncés par l’ancienne aspirante correspondent-ils à la réalité de ce qu’elle affirme avoir vécu ? Ou cette affaire est-elle plus complexe qu’elle n’y paraît ?
Une chose mérite toutefois d’être soulignée. On peut ne pas partager toutes les méthodes ou les prises de position de Natalia Trouiller, mais il est difficile de contester le sérieux avec lequel elle documente depuis plusieurs années des dossiers sensibles concernant l’Église. À l’inverse, les publications de Vanessa Tulejova laissent apparaître une jeune femme profondément éprouvée. Elle évoque elle-même des problèmes de santé, et ses prises de parole traduisent une souffrance, une fragilité et un profond sentiment d’abandon qui appellent avant tout écoute, prudence et accompagnement. Derrière cette polémique publique se trouve avant tout une jeune femme qui cherche à faire entendre ce qu’elle dit avoir vécu.
À ce jour, aucune autre affaire publique comparable n’est connue concernant l’abbaye Notre-Dame de Wisques, qui appartient à la Congrégation de Solesmes et rassemble dix-sept moniales bénédictines. Les accusations formulées par Vanessa Tulejova sont fermement contestées par la communauté et font désormais l’objet de démarches devant les autorités ecclésiastiques ainsi que devant la justice civile.Il faut souhaiter que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Si les faits dénoncés sont établis, ils devront être pleinement reconnus ; s’ils ne le sont pas, la communauté devra pouvoir être rétablie dans son honneur. Espérons surtout que cette affaire ne devienne pas une nouvelle épreuve jetant injustement le discrédit sur l’ensemble de cette communauté de dix-sept sœurs, dont rien, à ce jour, ne permet d’affirmer qu’elle serait confrontée à des dysfonctionnements généralisés.
Seule la recherche patiente et rigoureuse de la vérité permettra de répondre à la question qui demeure : que s’est-il réellement passé à l’abbaye de Wisques ?
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