Depuis 2000 ans

[ Vidéo] Des fans d’un « apôtre » ? : le phénomène Kathryn Krick interroge les chrétiens

Kathryn Krick - DR
Kathryn Krick - DR
Les images sont saisissantes. Des fidèles bouleversés entrent en transe, ils attendent pendant des heures pour rencontrer Kathryn Krick, responsable de la 5F Church de Los Angeles, qui se présente comme « apôtre ». Au-delà du spectaculaire, une question demeure : où s'arrête la foi et où commence le culte de la personnalité ?

Dans le Nouveau Testament, les premiers chrétiens ne sont jamais appelés à devenir les « fans » d’un prédicateur, aussi talentueux soit-il. Saint Paul lui-même s’indignait déjà des divisions qui apparaissaient à Corinthe : « Moi, j’appartiens à Paul ! Moi, à Apollos ! » Avant de répondre : « Le Christ est-il donc divisé ? » (1 Co 1, 12-13). Or c’est précisément ce qui frappe dans le phénomène Kathryn Krick : tout semble converger vers sa personne.

Sur les réseaux sociaux, la jeune Américaine cumule des millions de vues. Elle se présente comme « apôtre », dirige seule son ministère, préside d’immenses rassemblements de « délivrance » et affirme voir des guérisons, des exorcismes et des miracles se produire à chacune de ses rencontres. Son nouveau livre, Ignite Revival, est aujourd’hui au cœur d’une importante campagne de promotion. Personne ne contestera que Dieu puisse accomplir des miracles. L’Église catholique elle-même reconnaît les guérisons extraordinaires lorsqu’elles sont sérieusement examinées. Mais précisément : elle les examine. À Lourdes, chaque guérison supposée fait l’objet d’enquêtes médicales pouvant durer des années. Les exorcismes sont strictement encadrés par des prêtres mandatés par leur évêque. Les saints eux-mêmes ont toujours été invités à l’humilité et à la discrétion lorsque des phénomènes extraordinaires leur étaient attribués. Ici, c’est presque l’inverse.

Les vidéos montrent régulièrement des foules tombant à la renverse au passage de Kathryn Krick, des personnes affirmant être instantanément délivrées de multiples maux, tandis que la prédicatrice occupe constamment le centre de la scène. Cette personnalisation du ministère suscite d’ailleurs de nombreuses critiques, y compris dans les milieux évangéliques. Kathryn Krick a récemment dû répondre publiquement à plusieurs controverses, notamment après des accusations selon lesquelles certaines de ses interventions auraient pu laisser croire que des dons financiers étaient liés à des délivrances. Elle a rejeté ces accusations en affirmant que « chaque miracle de Dieu est entièrement gratuit » et que ses propos avaient été mal interprétés. Pour autant, les interrogations demeurent.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/que-reprochent-exactement-les-recours-deposes-contre-la-loi-sur-l-aide-a-mourir/

Pourquoi se donner aujourd’hui le titre d’« apôtre », alors que la tradition chrétienne réserve ce nom aux Douze et, d’une manière particulière, à saint Paul ?

Pourquoi mettre autant en avant une personnalité humaine ? Pourquoi les réactions observées ressemblent-elles parfois davantage à celles que suscitent des vedettes du spectacle qu’à une rencontre avec le Christ ? Le risque est celui que dénonçait déjà Benoît XVI : substituer l’émotion à la foi, le spectaculaire au discernement, le charisme personnel à la centralité du Christ. L’Église n’a jamais craint les authentiques charismes. Elle enseigne au contraire qu’ils sont des dons de l’Esprit Saint. Mais elle rappelle aussi qu’aucun charisme ne dispense de l’obéissance, du discernement ecclésial et de l’humilité. Une question mérite donc d’être posée devant ces images devenues virales : les fidèles viennent-ils rencontrer Jésus-Christ… ou Kathryn Krick ?

Car lorsqu’un prédicateur finit par susciter des « fans », le danger est réel que l’annonce de l’Évangile cède progressivement la place au culte d’une personnalité. Et ce glissement, les premiers apôtres eux-mêmes l’auraient sans doute refusé avec force.

Recevez chaque jour notre newsletter !