Le changement est passé relativement inaperçu. Pourtant, il marque une nouvelle étape dans le processus engagé par les congrégations religieuses françaises après le séisme provoqué par la publication, le 5 octobre 2021, du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Ce 17 juillet, la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) a annoncé la nomination de Brigitte Debernardy à la présidence de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR), en remplacement du magistrat Antoine Garapon, qui occupait cette fonction depuis la création de cette instance indépendante, le 18 novembre 2021.
Pour beaucoup de catholiques, les sigles se confondent encore. Il convient pourtant de distinguer la CIASE de la CRR. La première, présidée par Jean-Marc Sauvé, avait reçu pour mission d’enquêter sur l’ampleur des abus sexuels commis dans l’Église catholique en France. Son rapport a profondément bouleversé l’Église et conduit les congrégations religieuses à créer un dispositif permanent destiné à accueillir et accompagner les victimes. C’est dans ce contexte qu’est née la Commission Reconnaissance et Réparation. Créée à l’initiative de la CORREF le 18 novembre 2021, elle écoute les personnes victimes d’abus commis par des religieux ou religieuses appartenant à des congrégations adhérentes, reconnaît les violences subies et propose, lorsque cela est justifié, une réparation, notamment financière. Depuis octobre 2024, l’Église protestante unie de France lui a également confié cette mission pour les violences commises en son sein.
Pendant près de cinq ans, Antoine Garapon a incarné cette démarche. Magistrat reconnu et ancien membre de la CIASE, il a accompagné la mise en place de cette commission indépendante, devenue l’un des principaux instruments de reconnaissance et de réparation des victimes au sein des instituts religieux.
Son départ de la présidence de la CRR ne résulte d’aucune controverse liée à cette commission. Il s’explique par sa nomination à la tête de la commission indépendante chargée d’enquêter sur les violences dans le périscolaire parisien. C’est cette nouvelle mission – et non son action à la CRR – qui a suscité les critiques de certains collectifs de victimes, lesquels ont lancé une pétition contestant cette désignation.
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Pour lui succéder, la CORREF a choisi une personnalité rompue aux enquêtes sensibles. Née le 9 mai 1955 à Alger, Brigitte Debernardy a effectué l’essentiel de sa carrière au sein du Contrôle général des armées, corps d’inspection chargé de missions de contrôle, d’audit et de conseil auprès des plus hautes autorités de l’État. En 2015, elle est devenue la première femme nommée cheffe d’un groupe de contrôle au sein de cette institution, marquant ainsi un parcours reconnu dans la haute fonction publique.
Son expérience des questions liées aux violences sexuelles est ancienne. Dès 2014, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian lui confie, avec l’Inspection générale des armées, une vaste enquête sur les agressions, violences et harcèlements sexuels au sein des armées françaises. Cette mission débouche sur plusieurs dizaines de recommandations destinées à renforcer la prévention, améliorer les dispositifs de signalement et accompagner les victimes. Spécialiste des questions de gouvernance, de ressources humaines et de prévention des risques, elle a également présidé ces deux dernières années la commission d’étude indépendante chargée d’analyser l’histoire du mouvement Fondacio et les mécanismes ayant favorisé les abus qui y ont été commis. Le rapport de cette commission est attendu à l’automne 2026.
Ce choix témoigne de la volonté de la CORREF de confier la Commission Reconnaissance et Réparation à une personnalité indépendante, dotée d’une solide expérience dans la conduite d’enquêtes institutionnelles complexes et dans la mise en œuvre de dispositifs de protection des victimes. Près de cinq ans après le rapport Sauvé, la nomination de Brigitte Debernardy ouvre une nouvelle étape pour cette commission voulue par l’Église. Sans effacer les blessures du passé, la Commission Reconnaissance et Réparation poursuit une mission exigeante : reconnaître les souffrances, accompagner les victimes et contribuer, avec humilité et persévérance, au nécessaire travail de justice et de réparation engagé par les congrégations religieuses françaises.


