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Après la mort du père Jean-Marie Petitclerc, les Salésiens de France seront-ils prêts à suivre l’exemple allemand ?

Centre Salésiens à Munich - DR
Centre Salésiens à Munich - DR
En Allemagne, la province salésienne poursuit une démarche d'une tout autre ampleur : une vaste enquête scientifique indépendante couvrant près de huit décennies d'histoire, avec un accès complet aux archives de la congrégation

Les Salésiens de Don Bosco d’Allemagne poursuivent aujourd’hui l’un des plus vastes travaux de vérité jamais engagés par une congrégation religieuse dans le pays. Près de six mois après son lancement, l’enquête scientifique indépendante annoncée le 24 février 2026 est désormais pleinement entrée dans sa phase opérationnelle. Les chercheurs dépouillent les archives, recueillent les témoignages des victimes et analysent près de quatre-vingts années d’histoire de la congrégation.

L’étude couvre la période 1945-2023 et porte non seulement sur les abus sexuels, mais également sur les violences physiques et psychologiques commises dans les écoles, internats, foyers et autres œuvres éducatives confiées aux Salésiens.

Cette initiative est née après plusieurs années de révélations d’anciens élèves ayant dénoncé des violences remontant principalement aux décennies 1950 à 1980. Si plusieurs victimes avaient déjà obtenu une reconnaissance et des réparations, la province allemande a estimé qu’un véritable travail historique indépendant était devenu indispensable.Pour cette raison, elle a confié l’intégralité de l’enquête à des chercheurs de la Ludwig-Maximilians-Universität (LMU) de Munich et du Centre hospitalier universitaire de Iéna. Contrairement à une enquête interne, ces universitaires disposent d’un accès aux archives de la congrégation afin d’examiner les dossiers administratifs, les correspondances, les archives disciplinaires ainsi que les documents concernant les religieux et les établissements.

Leur mission ne consiste pas uniquement à établir les faits. Ils devront également comprendre les mécanismes institutionnels qui ont pu permettre les abus, retarder leur révélation ou empêcher leur traitement. Une plateforme nationale d’appel à témoignages reste ouverte afin de permettre aux victimes, anciens élèves, témoins ou anciens collaborateurs de contribuer à cette recherche.

Dans son communiqué du 24 février dernier, le provincial des Salésiens d’Allemagne, le père Reinhard Gesing, expliquait que cette démarche devait permettre de « faire toute la lumière » sur les violences subies par des mineurs accueillis dans les œuvres salésiennes et d’améliorer durablement les dispositifs de protection. Les travaux de recherche se poursuivent et les conclusions ne sont pas attendues avant 2028.

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Cette initiative trouve un écho particulier en France, où la congrégation traverse également une période de remise en question.

Après la condamnation du père Jean-Marie Petitclerc pour voyeurisme en octobre 2025, son appel puis son décès en novembre de la même année, les Salésiens de France ont annoncé la création d’une commission indépendante chargée d’examiner la manière dont cette affaire a été traitée par la congrégation, d’identifier d’éventuels dysfonctionnements et de formuler des recommandations pour l’avenir. Cette décision s’ajoute aux mesures conservatoires qui avaient été prises à son encontre et maintenues jusqu’à son décès. Quelques mois plus tard, en mai 2026, la province France–Belgique Sud lançait également un appel public à témoignages concernant le père Jean Ménez (1933-1992), ancien religieux salésien ayant enseigné à Saint-Dizier. La congrégation expliquait alors vouloir permettre à d’éventuelles victimes de se manifester afin qu’elles puissent être reconnues et accompagnées.

Ces démarches témoignent d’une volonté de faire la lumière sur plusieurs dossiers sensibles. Elles demeurent toutefois différentes de celle engagée en Allemagne. À ce jour, les Salésiens de France n’ont pas annoncé d’étude historique indépendante couvrant plusieurs décennies, ni l’ouverture systématique de leurs archives à des chercheurs universitaires.

La comparaison entre les deux provinces ne vise évidemment pas à établir un quelconque classement, chaque pays ayant son histoire et son contexte. Mais la démarche allemande ouvre une réflexion qui dépasse largement les frontières du pays. Alors que les Salésiens constituent la deuxième plus grande congrégation religieuse masculine de l’Église catholique et que leur charisme est tout entier tourné vers l’éducation de la jeunesse, la question est désormais celle de la méthode : comment faire toute la vérité sur le passé tout en restaurant la confiance ?

L’expérience allemande pourrait, à cet égard, constituer un précédent. En choisissant de confier son histoire récente à des chercheurs totalement indépendants et en leur ouvrant ses archives, la province salésienne d’Allemagne fait le pari que seule une connaissance complète des faits permettra d’éviter que de telles tragédies ne puissent se reproduire.

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