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« Les vocations ne naissent pas de stratégies organisationnelles » : Léon XIV rappelle la primauté de Dieu pour les vocations

Léon XIV Depositphotos
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Recevant ce lundi 21 septembre l’Assemblée de la Fédération des moniales clarisses capucines d’Italie, Léon XIV appelle à ne pas répondre à la crise des vocations par le repli ou les seules méthodes d’organisation ( intégralité du texte )

Léon XIV a consacré une part importante de son discours aux clarisses capucines à une question qui traverse aujourd’hui toute la vie religieuse occidentale : comment regarder l’avenir lorsque les vocations diminuent, que certaines communautés vieillissent et que l’autonomie même de plusieurs monastères peut se trouver menacée ? Le Pape ne minimise nullement cette réalité. Il évoque explicitement « le nombre réduit des vocations » et « la réduction numérique des communautés ». Mais il refuse d’en faire le seul critère permettant de juger de leur vitalité.

« Les vocations ne naissent pas de l’application de stratégies organisationnelles, ni de campagnes étudiées à tavolino, mais de la prière, de la familiarité avec l’Évangile, du silence, du savoir s’accueillir avec ses propres imperfections, du sentiment de faire partie d’un tout qui crée l’unité. »

La formule ne condamne évidemment ni l’organisation ni la nécessaire réflexion sur l’avenir des communautés. Elle rétablit plutôt une hiérarchie des causes. Une vocation religieuse n’est pas le résultat d’une politique de recrutement. Elle procède d’abord d’un appel de Dieu auquel une personne répond dans un environnement spirituel capable de rendre cet appel audible. C’est précisément pourquoi Léon XIV invite les religieuses à « changer de perspective ». Les difficultés présentes peuvent permettre de redécouvrir des possibilités nouvelles, « non pas tant au regard des forces numériques que de la qualité de la proposition ».

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Ce déplacement est profondément évangélique. L’Église ne saurait mesurer la fécondité d’un monastère à la seule courbe de ses effectifs. Une communauté peu nombreuse peut encore porter une authentique puissance de témoignage si elle demeure fidèle à sa vocation propre. À l’inverse, aucune technique de communication ne saurait durablement compenser l’affaiblissement d’une identité spirituelle. Le Pape revient ainsi au cœur de la vocation contemplative : « la contemplation des réalités divines et l’union constante avec Dieu dans la prière ». Citant sainte Claire à sainte Agnès de Bohême, il demande aux religieuses de garder « l’esprit dans le miroir de l’éternité ». Il ne s’agit pas de détourner le regard des difficultés présentes, mais précisément de les regarder depuis Dieu.

Cette perspective éclaire également ses paroles sur la clôture. Dans « une société dominée par la hâte et le bruit », le silence monastique ne constitue pas une fuite hors du monde. Il peut devenir un témoignage adressé au monde. Léon XIV parle même de la « missionnarité spécifique de la vocation claustrale » : annoncer sans bruit, par une existence entièrement ordonnée à Dieu, qu’une autre mesure du temps et de l’existence humaine demeure possible. Le passage sur l’enracinement mérite également attention. Les clarisses sont appelées à une vie « simple, mais aussi radicale et exigeante », particulièrement significative « dans un monde globalisé et inquiet, dans lequel semblent s’être perdus le goût et la capacité de mettre des racines ».

La clôture apparaît alors moins comme le vestige d’un christianisme ancien que comme une contradiction adressée à l’instabilité contemporaine. Là où tout pousse à la mobilité, à l’immédiateté et au changement permanent, ces femmes choisissent la stabilité, le silence, l’obéissance et la pauvreté. Léon XIV reprend enfin une expression du pape François pour définir les contemplatives : « flambeaux, sentinelles pour l’Église et pour le monde ». Une image qui résume peut-être le mieux le paradoxe monastique : se retirer du monde non pour s’en désintéresser, mais pour demeurer devant Dieu au cœur même de ses inquiétudes.

Discours intégral de Léon XIV en français ( Traduction TC)

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous ! Et l’on peut dire aussi : « paix et bien » !

Chères sœurs, chers frères, bonjour et bienvenue à tous !

Je suis très heureux de vous rencontrer et de partager avec vous ce moment de réflexion. Nous prendrons comme point de départ la liturgie d’aujourd’hui, fête de saint Matthieu, apôtre et évangéliste.

Dans la Lettre aux Éphésiens, saint Paul exhorte ainsi : « Conduisez-vous d’une manière digne de l’appel que vous avez reçu, en toute humilité, douceur et magnanimité […] une seule est l’espérance à laquelle vous avez été appelés, celle de votre vocation » (Ep 4, 1-2.4).

C’est une invitation à la fidélité, à laquelle votre Fédération répond selon le charisme de sainte Claire et de saint François, dans la prière contemplative, la pauvreté et une adhésion totale à l’Évangile. À cette fin, le travail de réélaboration et de mise à jour des Constitutions que vous avez accompli est louable, puisqu’il a permis de faire la synthèse des contributions de nombreuses personnes. Elles réaffirment que « la première et principale tâche de tous les religieux est la contemplation des réalités divines et l’union constante avec Dieu dans la prière » (Constitutions, 60 ; cf. CIC, can. 663). Comme l’écrivait sainte Claire à sainte Agnès de Bohême : « Place ton esprit dans le miroir de l’éternité, place ton âme dans la splendeur de la gloire, place ton cœur dans la figure de la substance divine et transforme-toi tout entière, par la contemplation, en l’image de sa divinité » (Troisième lettre à la bienheureuse Agnès de Bohême, 12-13 ; FF 2888).

Et c’est précisément avec « l’esprit dans le miroir de l’éternité » que je vous invite à regarder aussi bien le temps présent, avec ses drames et ses incertitudes, que les défis de votre « petit monde », riche de son passé et appelé à regarder l’avenir avec espérance. Le nombre réduit des vocations, en particulier, pourrait pousser certains à des choix de fermeture ou de repli. Mais je veux vous répéter ce que j’ai dit au sujet de l’avenir des diocèses et des séminaires en Italie. Essayons de changer de perspective dans notre manière de considérer cette réalité. Ses difficultés peuvent en effet nous aider à découvrir ou redécouvrir des potentialités inattendues, « non pas tant au regard des forces numériques que de la qualité de la proposition » (Discours aux pèlerins des diocèses de Toscane, 11 octobre 2025). L’Évangile d’aujourd’hui nous le rappelle lorsqu’il dit : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Mt 9, 12).

La diminution numérique des communautés, et la crainte qui en découle de perdre leur autonomie, ne doivent ni troubler ni enlever l’espérance, mais plutôt pousser à un renouvellement de la vie propre et à un engagement encore plus grand dans l’accompagnement spirituel de ceux qui frappent aux portes des monastères, afin de faire grandir des communautés joyeuses et vivantes, dans lesquelles on puisse faire l’expérience de l’intimité avec Dieu, de l’amabilité, de la communion et de l’authenticité des relations. Les vocations ne naissent pas de l’application de stratégies organisationnelles, ni de campagnes élaborées autour d’une table, mais de la prière, de la familiarité avec l’Évangile, du silence, de la capacité à s’accueillir avec ses propres imperfections (cf. Ga 6, 2), du sentiment de faire partie d’un tout qui crée l’unité. Et pour cela, le Seigneur ne nous demande pas d’être impeccables, mais de nous laisser façonner par sa grâce, humblement, jour après jour.

Cela nous offre l’occasion de parler d’un autre thème important : celui de la formation, aussi bien initiale que permanente. Formez-vous et formez à une clôture vécue dans un esprit de communion profonde entre vous et avec l’Église ; à un silence qui, dans une société dominée par la hâte et le bruit, fasse ressentir le besoin de temps et d’espaces où s’arrêter et discerner, sans craindre de perdre « l’instant qui passe ».

C’est d’ailleurs aussi la dimension missionnaire propre à la vocation cloîtrée. Le Psaume 18, toujours tiré de la liturgie d’aujourd’hui, dit : « Sans langage, sans paroles, sans que leur voix soit entendue, leur annonce se répand par toute la terre et leur message jusqu’aux limites du monde » (vv. 4-5). Formées à l’école de l’Évangile, le Seigneur vous appelle à être ses témoins dans le silence et la contemplation, en vous plaçant dans l’histoire comme mémoire vivante et prophétique de la Bonne Nouvelle.

Comme sœurs de sainte Claire, vous avez ensuite un message particulier à annoncer, qui passe avant tout par l’observance de la Règle et de vos Constitutions. Il appartient à votre être et à votre mission de vivre l’Évangile en laissant tout ce qui appartient au monde, totalement et constamment tournées vers le premier et unique Amour de votre vie. Cela implique sobriété, détachement des choses, don de soi dans l’obéissance, transparence, dans une vie simple, mais aussi radicale et exigeante, signe précieux de fidélité, particulièrement dans un monde globalisé et inquiet, où semblent s’être perdus le goût et la capacité de « mettre des racines » (cf. François, Constitution apostolique Vultum Dei quærere, 35).

C’est pourquoi, très chères sœurs, je voudrais conclure en reprenant une question de votre Assistant fédéral : « Les monastères féminins de clôture peuvent-ils offrir des réponses aux questions de sens de l’humanité d’aujourd’hui ? » Pour y répondre, il vous indiquait quatre moyens que je considère importants : l’écoute réciproque ; la koinonia, comme communion d’intentions, afin d’éviter l’isolement ; la diakonia, pour servir et travailler ensemble ; la martyria, pour témoigner de l’Évangile. Je vous les laisse comme des chemins sûrs pour votre marche.

Chères Sœurs, je vous remercie pour ce que vous faites et pour ce que vous êtes : « flambeaux, sentinelles pour l’Église et pour le monde » (François, Message aux contemplatives, 21 novembre 2018), signes de la présence du Royaume de Dieu sur la terre.

Je suis heureux de vous avoir rencontrées et, invoquant l’intercession de Marie, des saints François et Claire d’Assise et de la bienheureuse Maria Lorenza Longo, je vous donne de tout cœur la Bénédiction apostolique. »

Source Vatican

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