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Scouts unitaires de France : une affaire peut-elle justifier la mise en accusation de toute une pédagogie ?

credit image @suf
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Après les graves accusations concernant une troupe parisienne, l’émotion est légitime et la justice doit pouvoir accomplir son travail. Mais les échanges que nous avons eus avec plusieurs membres et anciens membres des Scouts unitaires de France font également apparaître une profonde indignation : celle de voir une affaire particulière risquer de jeter l’opprobre sur tout un mouvement catholique

Tribune Chrétienne a elle-même traité cette affaire le 27 juillet dernier, au lendemain de la publication de l’enquête du Point. Nous avions alors rapporté les accusations extrêmement graves portées par deux familles concernant des faits présumés de viols et d’agressions sexuelles entre adolescents au sein d’une troupe parisienne des Scouts unitaires de France.Il fallait en parler. Il faut toujours en parler lorsque la protection des mineurs est en jeu.

Mais depuis, nous avons également pris le temps d’échanger avec plusieurs membres et anciens membres des SUF. Et leurs réactions nous conduisent à poser une autre question : une affaire concernant une troupe particulière doit-elle finir par jeter le soupçon sur un mouvement tout entier et, plus encore, sur les fondements mêmes de sa pédagogie ? Chez nos interlocuteurs, l’indignation est réelle. Non contre les familles qui ont parfaitement le droit de demander que la justice aille au bout de ses investigations, mais devant le risque de voir des dizaines de milliers de scouts, de chefs, de cheftaines et de familles indirectement éclaboussés par une affaire dont les responsabilités pénales ne sont toujours pas établies.

Il faut d’abord revenir aux faits.Les adolescents mis en cause contestent fermement les accusations de viols et d’agressions sexuelles. Quant à la première enquête, elle a été classée sans suite le 27 janvier 2026 pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Les familles ont depuis déposé une plainte avec constitution de partie civile afin d’obtenir de nouvelles investigations. Cela ne signifie évidemment pas que les accusations doivent être négligées. Les comportements sexualisés décrits dans certaines auditions sont suffisamment préoccupants pour appeler des explications et une réflexion sur la prévention. Mais cela signifie que les faits les plus graves allégués restent à établir judiciairement.

La présomption d’innocence n’est pas une formule de circonstance : elle constitue un principe fondamental.

Plus de 35 000 jeunes, chefs et familles

Surtout, les Scouts unitaires de France ne peuvent être réduits à cette affaire. Ils rassemblent aujourd’hui plus de 35 000 membres et proposent un scoutisme explicitement catholique. Leur projet est clair : inviter chaque jeune à « découvrir, aimer et servir le Christ ». La prière, la messe et les sacrements ne constituent pas un supplément ajouté à l’aventure scoute : ils irriguent leur projet éducatif. Cette identité explique largement l’attachement de nombreuses familles catholiques aux SUF.

Le mouvement repose également sur une conception familiale du scoutisme. Un même groupe accueille les différentes tranches d’âge d’une fratrie, tandis qu’un couple marié assure la responsabilité du groupe. Parents et éducateurs sont appelés à travailler ensemble : les parents demeurent les premiers éducateurs de leurs enfants et le scoutisme vient prolonger, et non remplacer, cette responsabilité. Il faut mesurer ce que représente un tel projet éducatif dans une société où tant d’enfants grandissent dans l’individualisme, l’omniprésence des écrans et l’affaiblissement des transmissions.

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La confiance plutôt que la suspicion

Au cœur de la méthode SUF se trouve également un mot devenu presque suspect dans notre époque : la confiance.

Faire confiance à un jeune, lui donner progressivement des responsabilités, lui apprendre que d’autres comptent sur lui : voilà précisément ce qui distingue le scoutisme d’une simple activité de loisirs. Cette confiance trouve son expression la plus caractéristique dans le système des patrouilles réunissant des garçons de 12 à 17 ans. Le plus âgé doit transmettre, aider et protéger le plus jeune : c’est la fameuse « pédagogie du grand frère ».L’affaire actuelle conduit certains à interroger ce système. La question peut être posée. Les dispositifs de prévention et la formation peuvent toujours être améliorés.Mais faut-il pour autant renverser complètement la perspective ?

Parce qu’une autorité peut être détournée, faut-il supprimer l’apprentissage de l’autorité ? Parce que la confiance peut être trahie, faut-il éduquer les adolescents dans la défiance permanente ?

Ce serait oublier l’une des intuitions fondamentales du scoutisme : on devient responsable parce que quelqu’un a commencé par vous faire confiance.

L’esprit SUF repose également sur quelque chose de profondément concret. Quitter les écrans. Partir dans les bois. Monter une tente. Faire du feu. Marcher. S’orienter. Servir. Supporter la pluie et la fatigue. Apprendre à dépendre des autres et découvrir que les autres dépendent aussi de soi. Les SUF définissent ainsi la nature comme une « école de vérité et de formation concrète ». À cela s’ajoutent le chant, le jeu, l’humour et cette joie scoute immédiatement reconnaissable chez ceux qui ont connu les camps et les veillées. Le mouvement revendique simplicité, naturel et enthousiasme.Tout cela compte.

Car le scoutisme ne prétend pas fabriquer des adolescents parfaits. Il cherche à faire grandir des garçons et des filles en leur apprenant la maîtrise de soi, le service, la fidélité à la parole donnée, l’amitié, l’effort et la responsabilité.

Et chez les SUF, cette formation humaine trouve son accomplissement dans une finalité chrétienne : conduire les jeunes vers le Christ. L’enquête du Point elle-même apporte ici une précision essentielle. L’historien du scoutisme Jean-Jacques Gauthé rappelle que les phénomènes de domination et de violences entre mineurs peuvent également se produire dans les écoles, les colonies de vacances, les clubs sportifs ou les associations culturelles.

Pourquoi alors faire peser sur la méthode scoute elle-même ce qui relève potentiellement de comportements individuels ?

D’autant que lorsque les responsables SUF ont été alertés en janvier 2025, les activités de la troupe ont finalement été suspendues, les parents réunis et le mouvement a effectué un signalement au procureur de la République le 4 février. Plus troublant encore : quelques mois auparavant, le camp avait fait l’objet d’une inspection officielle des services de la jeunesse et des sports. Aucune anomalie n’avait été constatée. Le rapport saluait au contraire « un véritable esprit d’équipe », « une excellente coordination » et la « complémentarité » des responsables.Cela montre aussi combien certaines dérives entre adolescents peuvent être difficiles à détecter.

Il faudra donc tirer tous les enseignements de cette affaire. Si des défaillances sont établies, elles devront être reconnues et corrigées. Si des crimes sont établis, leurs auteurs devront en répondre. Mais les échanges que nous avons eus avec des membres et anciens membres des SUF rappellent également une évidence : derrière un acronyme se trouvent des milliers de jeunes chefs et cheftaines bénévoles, des familles engagées et des générations d’anciens scouts profondément reconnaissants de ce qu’ils ont reçu.

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