Par Philippe Marie
Il ne s’agit pas de demander au président de la République de faire profession de foi catholique. Il ne s’agit pas davantage de lui reprocher d’avoir adressé ses félicitations au peuple indien à l’occasion de sa fête nationale. L’Inde est une grande nation, un partenaire stratégique de la France, et il est parfaitement légitime que le chef de l’État honore cette relation.Mais, ce 15 août, les catholiques de France attendaient eux aussi un message.
Quelques mots auraient suffi. Quelques mots pour ceux qui, partout en France, ont franchi le portail d’une église, participé à une procession, assisté à la messe ou simplement déposé un cierge devant une statue de la Sainte Vierge. Car le 15 août n’est pas une fête catholique parmi d’autres dans l’histoire de France.
La Vierge Marie est honorée comme patronne principale de la France. Cette relation particulière s’enracine notamment dans le célèbre vœu de Louis XIII : en 1638, le roi consacra son royaume à la Vierge et ordonna que l’Assomption soit célébrée avec une solennité particulière. Près de quatre siècles plus tard, cette histoire demeure inscrite dans la pierre de nos églises, dans nos sanctuaires, dans nos processions et jusque dans la géographie de notre pays.
Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Reims, Notre-Dame de la Garde, Notre-Dame de Fourvière, Lourdes, Pontmain, La Salette : Marie traverse l’histoire spirituelle de la France.
On ne demandait évidemment pas au président de la République de renouveler le vœu de Louis XIII. Mais reconnaître cette réalité historique et souhaiter une bonne fête aux catholiques français n’aurait constitué aucune entorse à la laïcitéC’est pourquoi le silence observé sur le compte X d’Emmanuel Macron et plus largement dans la communication de l’Elysée ne peut être totalement anodin.
Le contraste est d’autant plus saisissant que, le même jour, le chef de l’État a trouvé les mots pour saluer le peuple indien à l’occasion du 80e anniversaire de son indépendance. Et ce contraste prend une dimension supplémentaire lorsque l’on connaît la situation des chrétiens en Inde.
En 2026, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, l’USCIRF, estime que la liberté religieuse dans le pays demeure sur une trajectoire de dégradation et relève que les chrétiens, comme d’autres minorités religieuses, continuent de subir violences et harcèlements. En février, la commission alertait spécifiquement sur une escalade récente des attaques violentes perpétrées contre des chrétiens.
Son rapport annuel 2026 va plus loin encore : l’USCIRF recommande que l’Inde soit désignée par les États-Unis comme « country of particular concern » en raison de violations de la liberté religieuse qu’elle qualifie de systématiques, persistantes et graves. Il ne s’agit évidemment pas d’en rendre responsable le peuple indien, auquel les félicitations présidentielles étaient adressées. Mais ce contexte rend le silence envers les catholiques français d’autant plus amer.
Pourquoi trouve-t-on si facilement les mots pour honorer le monde, et si difficilement lorsqu’il s’agit de reconnaître l’héritage chrétien de la France ?
C’est au fond cette question que pose ce 15 août. La laïcité n’est pas l’amnésie. Elle n’ordonne pas à la République d’effacer son histoire. Elle garantit la liberté de conscience, la liberté religieuse et la neutralité de l’État ; elle n’exige nullement que celui-ci feigne d’ignorer quinze siècles de civilisation chrétienne.
Un président de la République peut souhaiter une bonne fête aux musulmans pour l’Aïd, aux juifs lors de leurs grandes fêtes et aux chrétiens pour Noël, Pâques ou l’Assomption sans transformer l’Élysée en lieu de culte. Reconnaître ce que vivent des millions de citoyens n’est pas adhérer à leur foi. Mais il existe peut-être ici un malaise français plus profond.
Le cardinal Christophe Pierre, qui présidait la procession et la messe de l’Assomption à Notre-Dame de Paris, a d’ailleurs trouvé les mots justes dans l’entretien accordé à Tribune Chrétienne : « Le vœu de Louis XIII pour la France n’est pas une histoire oubliée. L’histoire, c’est l’histoire. » Une évidence qu’il est parfois nécessaire de rappeler : on ne peut, au nom de la laïcité, demander à la France de renier sa propre histoire.
Les catholiques ne sont pas les gardiens nostalgiques d’un musée national. Ils sont des citoyens français. Ils entretiennent cette mémoire parce qu’ils continuent à en vivre. Ils baptisent leurs enfants, accompagnent leurs morts, servent les pauvres, font vivre des écoles et des associations, entretiennent des sanctuaires, accomplissent des pèlerinages et remplissent encore, chaque 15 août, des églises parfois désertées le reste de l’année.
Ils ne réclamaient aucun privilège. Ils n’attendaient pas d’Emmanuel Macron une méditation sur le dogme de l’Assomption, encore moins une profession de foi.Simplement quelques mots : « Bonne fête de l’Assomption, patronne principale de la France aux catholiques de France. » Cela aurait suffi.
Cela aurait signifié qu’au sommet de l’État, on sait encore ce que représente le 15 août dans notre histoire. Cela aurait rappelé que la laïcité française peut respecter les religions sans renier les racines de la nation. Cela aurait surtout adressé un signe de considération à des millions de Français pour lesquels l’Assomption n’est pas seulement un jour férié au cœur de l’été.En cette fête de la Sainte Patronne de la France, les catholiques pouvaient légitimement attendre ce message. Ils l’ont attendu. Il n’est pas venu.


