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Éthiopie : le spectre d’une nouvelle guerre, les communautés chrétiennes de nouveau prises dans l’étau des combats

Vue extérieure des célèbres églises monolithiques de Lalibela, en Éthiopie, haut lieu du christianisme éthiopien et important centre de pèlerinage. © Depositphotos
Vue extérieure des célèbres églises monolithiques de Lalibela, en Éthiopie, haut lieu du christianisme éthiopien et important centre de pèlerinage. © Depositphotos
Dans une région profondément marquée par le christianisme, les populations redoutent de revivre les violences et les destructions du précédent conflit

Les affrontements ont repris au Tigré, quatre ans après l’accord de Pretoria qui avait mis fin à deux années de guerre. Dans le nord de l’Éthiopie, où le christianisme est implanté depuis le IVe siècle, les populations redoutent un nouveau conflit tandis que les combats touchent déjà l’Amhara et l’Afar. La guerre menace de reprendre au Tigré. Depuis plusieurs jours, les mouvements de troupes, les combats et les frappes de drones se multiplient dans le nord de l’Éthiopie, faisant craindre la rupture de l’accord de paix signé en novembre 2022.

Selon les informations rapportées mercredi 30 septembre par l’Agence Fides, les combattants du Tigré ont pris le contrôle, le 23 septembre, du principal aéroport de Mekelle, capitale de la région. Des affrontements les ont également opposés aux forces fédérales dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara. Addis-Abeba a répondu par des opérations terrestres et des frappes de drones. La crise a pris une dimension supplémentaire avec l’annonce d’une coalition de sept groupes armés, dont le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). La nouvelle alliance déclare poursuivre la chute du gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.

Le Tigré avait déjà été coupé du monde pendant une grande partie de la guerre qui opposa, entre novembre 2020 et novembre 2022, les autorités fédérales au TPLF. Les communications avaient été interrompues et l’accès à la nourriture, aux médicaments et aux liquidités fortement restreint. Les combats avaient provoqué d’importants déplacements de population et une crise humanitaire dont la région porte toujours les conséquences. L’accord de Pretoria, conclu le 2 novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine, avait permis l’arrêt des hostilités. Quatre ans plus tard, sa survie est désormais en question.

À Mekelle, des habitants ont commencé à retirer de l’argent et à constituer des réserves alimentaires. Ethiopian Airlines a suspendu ses vols vers le Tigré. Les liaisons avec Lalibela ont également été interrompues en raison des combats dans les environs. Un convoi de Catholic Relief Services transportant de l’aide alimentaire a par ailleurs été attaqué. Des dégâts sont signalés dans des hôpitaux, des écoles et des institutions religieuses.

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Le conflit se déroule dans l’une des plus anciennes terres chrétiennes d’Afrique

Le royaume d’Aksoum, dont le territoire recouvrait une partie de l’actuel Tigré, adopta le christianisme au IVe siècle. Cette histoire demeure visible dans toute la région, à travers ses églises rupestres, ses monastères et une tradition religieuse qui a traversé les siècles. Aujourd’hui encore, une très large majorité des habitants du Tigré appartient à l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo. L’Église catholique, minoritaire, est notamment présente à travers l’éparchie d’Adigrat. Les affrontements actuels ne sont pas présentés comme une guerre religieuse. Ils s’inscrivent dans la confrontation politique entre Addis-Abeba et les forces tigréennes, à laquelle s’ajoutent des contentieux territoriaux et des rivalités entre les différentes composantes de la fédération éthiopienne. La reprise des hostilités place cependant à nouveau les communautés chrétiennes du nord du pays au milieu des combats.

Le 22 juillet dernier, le monastère orthodoxe Saint-Arsema, situé dans la région de l’Amhara, avait été frappé par un drone alors que des religieux et des fidèles s’y trouvaient pour une célébration. Des membres du clergé et des fidèles avaient été tués ou blessés. Après l’attaque, une déclaration venue de la communauté avait résumé l’état d’esprit des religieux : « Les bâtiments peuvent être détruits et des vies peuvent être fauchées, mais notre foi en Christ demeure. » La guerre de 2020-2022 avait elle aussi atteint de nombreux édifices religieux. Églises et monastères avaient été endommagés ou pillés, tandis que des prêtres, religieux et fidèles avaient péri dans les violences qui avaient traversé le nord du pays. À Adigrat, l’Église catholique accompagne encore les familles déplacées et les populations appauvries par le précédent conflit. Le retour des combats intervient donc dans une région qui n’a pas achevé sa reconstruction.

L’Union africaine appelle à reprendre le dialogue

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé les différentes parties à faire preuve de la « plus grande modération » et à reprendre les négociations directes. La question est désormais de savoir si l’accord de Pretoria peut encore contenir l’escalade. La prise d’aéroports, l’extension des affrontements vers l’Amhara et l’Afar et la constitution d’une coalition armée opposée au gouvernement fédéral font peser une menace nouvelle sur l’équilibre obtenu en 2022. Dans les villes du Tigré, les habitants recommencent déjà à adopter les réflexes des années de guerre : conserver de l’argent liquide, stocker de la nourriture et se préparer à de nouvelles coupures. Pour cette région qui fut pendant près de deux ans largement isolée du reste du pays, le retour des combats ravive le souvenir d’une crise dont elle ne s’est jamais complètement relevée.

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