L’histoire de sainte Hélène se situe à un moment décisif pour le christianisme, au tournant des IIIe et IVe siècles, lorsque la foi chrétienne sort progressivement des persécutions pour acquérir droit de cité dans l’Empire romain. Derrière la figure impériale se dessine pourtant le parcours singulier d’une femme dont les origines étaient bien éloignées des palais.
Née probablement vers le milieu du IIIe siècle à Drépanum, en Bithynie, dans l’actuelle Turquie, Hélène serait issue d’un milieu très modeste. Saint Ambroise la désigne comme stabularia, terme généralement traduit par « servante d’auberge ». Elle devint la compagne, ou selon certaines traditions l’épouse, de Constance Chlore, officier romain promis à une brillante carrière. De leur union naquit vers 272 le futur empereur Constantin.Lorsque Constance Chlore accéda aux plus hautes responsabilités de l’Empire, il se sépara d’Hélène afin d’épouser Théodora, belle-fille de l’empereur Maximien. Hélène connut alors une longue période de retrait. Son destin changea avec l’ascension de son fils. Après la mort de Constance Chlore en 306, Constantin fut proclamé empereur par ses troupes. Il rappela sa mère auprès de lui, l’entoura d’honneurs et lui conféra finalement le titre prestigieux d’Augusta. Son effigie fut même frappée sur les monnaies impériales.
Mais l’importance de sainte Hélène dans la mémoire chrétienne ne tient pas à cette élévation sociale. Convertie au christianisme à l’âge adulte, elle se distingua par sa générosité envers les pauvres, les prisonniers et les personnes condamnées à l’exil ou au travail dans les mines.
Le Martyrologe romain retient précisément cette dimension de sa vie : devenue l’une des femmes les plus puissantes de l’Empire, elle aimait fréquenter les églises au milieu des fidèles et subvenir aux besoins des plus pauvres.
Son nom reste cependant indissociable de la Terre Sainte. Vers 326, alors qu’elle était déjà âgée, Hélène entreprit un pèlerinage en Palestine afin de vénérer les lieux de la naissance, de la Passion et de la Résurrection du Christ. Son intervention accompagna la construction de grands sanctuaires destinés à préserver la mémoire des événements évangéliques, notamment à Bethléem et sur le mont des Oliviers. Elle encouragea également Constantin à faire édifier à Jérusalem le grand complexe chrétien sur les lieux du Golgotha et du tombeau du Christ.
C’est à ce pèlerinage qu’est attachée la tradition la plus célèbre concernant Hélène : l’« invention » de la Sainte Croix — le mot invention étant ici employé dans son sens latin d’inventio, c’est-à-dire « découverte ». Selon la tradition chrétienne développée au IVe siècle, des fouilles entreprises à Jérusalem auraient permis de retrouver le bois de la Croix sur laquelle Jésus avait été crucifié.
L’historien doit ici distinguer ce qui relève des faits solidement attestés et ce qui appartient au développement de la tradition. Le pèlerinage d’Hélène en Terre Sainte et son rôle dans l’édification des sanctuaires sont bien documentés ; les récits détaillés concernant la manière dont la Vraie Croix aurait été identifiée apparaissent plus tardivement. Ils n’en ont pas moins profondément marqué la piété chrétienne, au point que l’iconographie représente presque toujours sainte Hélène tenant ou contemplant la Croix. Cette association revêt une signification particulière. Hélène avait connu les honneurs du monde impérial, mais la tradition chrétienne a retenu d’elle une souveraine agenouillée devant l’instrument du supplice d’un condamné. La Croix, autrefois signe romain d’infamie, devenait progressivement, au IVe siècle, le signe public de la victoire du Christ sur la mort.
Sainte Hélène mourut vers 329, selon la tradition retenue notamment par Nominis. Son corps fut ramené à Rome et déposé dans un mausolée situé sur la voie Labicane. Son imposant sarcophage de porphyre est aujourd’hui conservé aux Musées du Vatican.
Son culte s’étendit aussi bien en Orient qu’en Occident. Les Églises orientales la célèbrent avec son fils Constantin le 21 mai, tandis que l’Église catholique fait traditionnellement mémoire d’elle le 18 août. Plus de seize siècles après sa mort, sainte Hélène demeure ainsi attachée à une période capitale de l’histoire chrétienne : celle où une religion longtemps persécutée pouvait enfin construire publiquement ses églises et où Jérusalem retrouvait, sous l’impulsion des chrétiens, les sanctuaires des lieux de la Passion et de la Résurrection.


