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Mariage de Cristiano Ronaldo : quand le père Arnaud Alibert met la doctrine catholique sur le banc de touche

Le père Arnaud Alibert  - capture écran
Le père Arnaud Alibert - capture écran
On va de surprise en surprise avec les "conseils spirituels" de La Croix. le père Arnaud Alibert, prêtre assomptionniste et rédacteur en chef du quotidien, va jusqu’à prêter à Jésus un désinvolte « Et alors ? » pour relativiser les irrégularités de la vie familiale de Cristiano Ronaldo

Par Philippe Marie

Il fallait oser. Dans une chronique publiée ce 21 août, le père Arnaud Alibert revient sur la bénédiction reçue à Fatima par Cristiano Ronaldo et Georgina Rodriguez après leur mariage civil. Jusque-là, rien qui appelle nécessairement la polémique : l’Église peut évidemment bénir des personnes et accompagner ceux qui se tournent vers Dieu. Mais la chronique franchit un seuil singulier lorsqu’elle balaie les irrégularités objectives de la situation du couple par cette formule : « Et alors, dirait Jésus ? Qu’est-ce que cela empêche ? »

« Et alors ? » La formule est séduisante. Elle a même l’avantage considérable de permettre de résoudre en deux mots quelques siècles de théologie morale. Car enfin, « et alors ? » quoi ?

Une vie commune hors mariage sacramentel ? Et alors. Des enfants nés dans des configurations familiales étrangères au modèle chrétien du mariage ? Et alors. Le recours à la gestation pour autrui( GPA) et à la PMA, auquel Cristiano Ronaldo a eu recours pour certains de ses enfants ? Et alors. Une situation matrimoniale qui ne correspond pas à ce que l’Église enseigne du mariage chrétien ? Et alors.

À ce compte-là, la pastorale devient un vaste « open bar » sacramentel et moral où la question n’est plus de savoir ce qui est vrai, bon et conforme à l’Évangile, mais simplement de ne jamais risquer de contrarier celui qui se présente, c’est tellement plus cool … surtout pour une star du foot

Le problème n’est pourtant pas que Cristiano Ronaldo et Georgina Rodriguez aient demandé une bénédiction.

Qu’ils entrent dans une église, qu’ils prient, qu’ils demandent à Dieu de les accompagner : quel catholique pourrait raisonnablement s’en scandaliser ? Le problème commence lorsque l’accueil pastoral est présenté comme si celui-ci rendait secondaire la vérité morale à laquelle cet accueil est précisément censé conduire.

C’est d’ailleurs là que Fiducia supplicans est parfois invoquée à contresens. Le document ne proclame nullement l’indifférence morale des situations. Le passage cité par le père Alibert dit exactement l’inverse : il évoque ceux qui « ne revendiquent pas la légitimité de leur propre statut » et demandent que ce qui est bon dans leur existence soit « guéri et élevé par la présence de l’Esprit Saint ». Guéri : le mot n’est pas accessoire. Il suppose précisément qu’une conversion demeure possible et nécessaire.

Et surtout, depuis quand l’Évangile répond-il « Et alors ? » à la question du péché ?

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Le Christ accueille sans doute davantage que nous ne saurons jamais le faire. Mais son accueil n’est jamais l’indifférence. À la femme adultère, il ne dit pas : « Et alors ? » Il lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas », avant d’ajouter immédiatement : « Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11). À propos du mariage, il renvoie explicitement au dessein créateur : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt 19, 6). Et lorsque la Samaritaine évoque sa situation conjugale, Jésus ne feint pas de considérer celle-ci comme dépourvue d’importance : « Celui que tu as maintenant n’est pas ton mari » (Jn 4, 18).

L’Évangile tient donc ensemble ce que notre époque voudrait constamment séparer : la miséricorde et la vérité.

Mais le plus étonnant demeure peut-être de faire dire au Christ lui-même : « Et alors ? » Car le procédé est commode. On ne se contente plus de proposer une interprétation pastorale : on prête directement au Seigneur la petite formule qui permettra de congédier l’objection doctrinale. Comble d’une certaine arrogance idéologique : Jésus devient alors le porte-parole de nos propres accommodements.

Or la doctrine catholique sur le mariage n’est pas une manie de « paparazzis de sacristie ». Le mariage sacramentel, l’ouverture à la vie, la filiation, la dignité de la procréation et la chasteté ne sont pas des accessoires abandonnés aux moralistes grincheux. Ils appartiennent à une vision cohérente de l’homme, de la famille et de l’amour humain.

Quant à Amoris laetitia, également convoquée dans cette chronique, elle affirme elle-même qu’« aucune union précaire ou fermée à la transmission de la vie n’assure l’avenir de la société » et rappelle l’idéal chrétien du mariage, loin d’organiser sa dissolution dans une bienveillance sans contenu.

Oui, Cristiano Ronaldo et Georgina Rodriguez doivent pouvoir être accueillis dans une église. Oui, ils peuvent demander une bénédiction. Oui, l’Église doit accompagner sans humilier et appeler sans condamner les personnes. Mais précisément parce qu’elle les aime, elle ne peut leur dire : « Et alors ? » Elle doit pouvoir dire comme le Christ : viens, reçois la miséricorde de Dieu — et laisse cette miséricorde transformer ta vie. C’est infiniment plus exigeant que l’« open bar ». Et infiniment plus chrétien.

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