Le document est daté du 15 août 2026. Sous le titre Les obsèques ecclésiastiques. Vade-mecum juridico-pastoral et dispositions, Mgr Antonio Suetta entend remettre quelques principes à leur place. Et ils sont simples : une église n’est ni une salle de réception, ni le décor solennel d’un hommage civil, encore moins le théâtre mondain des derniers adieux.L’évêque de Vintimille-San Remo rappelle d’abord les trois finalités des funérailles catholiques : prier pour l’âme du défunt, honorer son corps destiné à la résurrection et apporter aux vivants la consolation de l’espérance chrétienne.
La célébration n’a donc pas pour objet principal de raconter une vie ou d’organiser un hommage.
Mgr Suetta insiste sur cette dimension en rappelant que les funérailles sont des « actions sacrées », ordonnées notamment à « la prière de suffrage pour le défunt ». Il remet également au centre une réalité que notre époque préfère souvent contourner : les fins dernières de l’homme, traditionnellement désignées comme la mort, le jugement, l’enfer et le paradis. D’où ses dispositions très concrètes. Les longs éloges funèbres et les témoignages personnels ne doivent pas envahir la messe. Les musiques doivent respecter le caractère sacré du lieu et de la célébration. Les décorations et initiatives personnelles ne peuvent transformer le sanctuaire en un espace consacré à la seule évocation du disparu.
Le rappel italien trouve un écho particulier en France lorsqu’une personnalité du cinéma, de la chanson ou des médias est enterrée religieusement. Les caméras s’installent, les photographes prennent position sur le parvis et commence alors un cérémonial parallèle : lunettes noires, visages fermés, démarche ralentie, embrassades graves et regards soigneusement baissés au moment de franchir le portail. Pour certains, le rôle de composition semble parfois avoir commencé avant même d’entrer dans l’église.
À Saint-Roch, l’église parisienne traditionnellement liée au monde des artistes, son curé nous confiait combien certaines obsèques de célébrités pouvaient attirer des personnes totalement étrangères aux usages les plus élémentaires d’une église. « Il est fréquent que certains entrent avec leur casquette sur la tête et que nous soyons obligés de leur demander de l’enlever. Certains semblent entrer dans une église comme ils entreraient dans une salle de réception », nous expliquait-il.
Il y a aussi cette manie désormais presque systématique d’applaudir dans les églises ou à la sortie du cercueil. On applaudit le défunt, les témoignages, parfois les prises de parole, comme si la liturgie devait nécessairement emprunter les codes du spectacle. Le symbole est assez saisissant : on vient moins louer Dieu que célébrer publiquement celui qui vient de mourir – et, parfois, se donner soi-même à voir dans cette célébration.
Les obsèques de Johnny Hallyday, célébrées le 9 décembre 2017 en l’église de la Madeleine à Paris par le père Benoist de Sinety, en avaient offert un exemple spectaculaire. Ce jour-là, l’église avait pris les allures d’une salle de spectacle : personnalités du show-business au premier rang, caméras, prises de parole, musique de Johnny et applaudissements nourris. La ferveur populaire était incontestable et la douleur de ses proches évidemment réelle. Mais à force d’emprunter les codes du concert et de l’hommage national, la frontière entre funérailles chrétiennes et célébration médiatique était devenue singulièrement ténue. Le père de Sinety avait choisi d’accueillir très largement cette expression populaire. On peut comprendre pastoralement cette volonté. On peut aussi se demander si l’Église doit accompagner tous les codes que la société contemporaine apporte avec elle jusque devant l’autel. Une église n’est pas l’Olympia avec un crucifix au-dessus de la scène.
Car c’est précisément ce que rappelle Mgr Suetta : aux funérailles catholiques, le défunt n’est pas une vedette que l’on acclame une dernière fois. L’Église prie pour son âme et le confie à la miséricorde de Dieu. L’applaudissement célèbre ce que les hommes ont vu d’une vie ; la prière, elle, remet cette vie entre les mains de Dieu.
À Saint-Roch, l’église parisienne traditionnellement liée au monde des artistes, son curé nous confiait combien certaines obsèques de célébrités pouvaient attirer des personnes totalement étrangères aux usages les plus élémentaires d’une église. Certaines, expliquait-il en substance, semblent entrer dans le sanctuaire comme elles entreraient dans une salle de réception.
Et parfois, difficile de ne pas sourire devant le paradoxe : on vient officiellement « prier » pour un mort tout en veillant à ce que les photographes aient bien remarqué que l’on était venu prier pour le mort.
Il serait évidemment injuste de soupçonner chaque personnalité présente de rechercher son cliché dans la presse du lendemain. Beaucoup viennent par amitié, affection ou fidélité. Mais le phénomène existe suffisamment pour que certains grands enterrements prennent parfois des allures de rendez-vous mondain où ce qui se passe sur le parvis semble presque aussi important que ce qui se célèbre dans le sanctuaire.
C’est précisément face à cette confusion que le texte de Monseigneur Suetta prend tout son sens. « La cérémonie chrétienne n’est pas la simple mémoire de celui qui n’est plus », rappelle l’évêque, qui renvoie les autres formes de commémoration à des lieux plus appropriés. Son vade-mecum aborde également la crémation, autorisée lorsqu’elle n’est pas choisie pour des motifs contraires à la foi. L’Église continue néanmoins de préférer l’inhumation du corps et interdit notamment la dispersion des cendres ainsi que leur transformation en bijoux ou en objets commémoratifs.
Enfin, le texte intervient quelques jours après une décision qui avait provoqué une polémique en Italie. Mgr Suetta avait refusé les funérailles ecclésiastiques à Mario Tarducci, ancien vénérable maître d’une loge maçonnique de Bordighera. L’évêque rappelle que l’appartenance à la franc-maçonnerie demeure incompatible avec la foi catholique et que, dans les conditions prévues par le droit canonique, des obsèques religieuses peuvent être refusées. Mgr Suetta n’invente donc aucune nouvelle doctrine. Il rappelle simplement ce qu’est une église et ce que l’Église y célèbre lorsqu’un homme meurt.
Une évidence qui mérite peut-être d’être répétée : devant un cercueil, le premier rôle appartient au défunt, à la prière de l’Église et à Dieu. Même lorsque les photographes attendent sur le parvis.
L’intégralité du texte original de Mgr Antonio Suetta peut être consultée sur le site officiel du diocèse de Vintimille-San Remo :


