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Mort de Philippe Bouvard : baptisé catholique, de racines juives, il se disait « agnostique mécréant »

Philippe Bouvard ( Wiki)
Philippe Bouvard ( Wiki)
Philippe Bouvard est mort ce lundi 24 août à l'âge de 96 ans. Derrière l'homme des « Grosses Têtes » se cachait un rapport singulier à la religion : des racines juives longtemps restées discrètes, un baptême catholique avant son mariage et, avec les années, une interrogation jamais complètement refermée sur Dieu et l'au-delà

Pendant trente-sept ans, sa voix fut indissociable des Grosses Têtes. Philippe Bouvard est mort ce lundi 24 août à son domicile de Cannes, à 96 ans, a annoncé son épouse à RTL. Journaliste, homme de télévision, écrivain et animateur, il laisse derrière lui une carrière médiatique de près de sept décennies. Il existe pourtant un autre Bouvard, beaucoup moins connu : celui de ses origines et de son rapport compliqué à la foi.

Sa mère, Andrée Gensburger, était juive alsacienne. Elle épousa en secondes noces Jules Luzzato, lui-même juif et petit-fils de rabbin, qui éleva Philippe Bouvard. L’Occupation marqua profondément son enfance. La famille dut se cacher et changer régulièrement de domicile, tandis que ses grands-parents adoptifs furent déportés et assassinés à Auschwitz. Bien des années plus tard, Bouvard expliquera que cette période avait durablement pesé sur la manière dont il avait vécu et longtemps tu ses origines juives.Il n’avait pourtant reçu, selon ses propres mots, aucune éducation religieuse. Ses parents lui avaient laissé la possibilité de choisir une fois adulte. « On ne choisit rien », constatait-il avec cette sécheresse qui lui ressemblait.

Sa vie le conduisit néanmoins vers l’Église catholique. Lorsqu’il voulut épouser Colette, catholique, Philippe Bouvard reçut le baptême et se maria à l’église. Mais il ne prétendra jamais avoir connu à cette occasion une conversion. Des décennies plus tard, il portait sur cet épisode un regard sans ambiguïté : ce baptême n’avait pas fait de lui un pratiquant.

En 2010, interrogé par Actualité Juive, il acceptait de parler beaucoup plus ouvertement de ce parcours. À l’âge où l’on commence à regarder sa vie derrière soi, expliquait-il, il ne voulait plus dissimuler ses racines derrière son baptême catholique. « Je ne suis pas du tout honteux d’être juif », disait-il alors.

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Mais croyait-il en Dieu ?

Bouvard refusait plutôt l’étiquette d’athée et assumait ce que son interlocutrice appelait son « agnosticisme de mécréant ». Il racontait à ce propos une rencontre qui l’avait manifestement marqué. À Cannes, un vieux rabbin lui demanda un jour son chemin. Reconnaissant l’animateur, celui-ci lui confia que la communauté juive l’aimait beaucoup. Bouvard lui répondit alors franchement qu’il ne croyait pas en Dieu.

Le rabbin lui fit remarquer que cette rencontre fortuite entre deux Juifs pouvait précisément être regardée autrement. Bouvard racontait avoir été « très ému » par la réponse et par le mystère de ce lien surgi entre deux inconnus partageant les mêmes origines.Il n’en tira aucune profession de foi. Et il serait malhonnête, au lendemain de sa mort, de lui inventer une conversion qu’il n’a jamais revendiquée.

Mais la question de l’après demeurait présente. Dans ce même entretien, alors qu’il évoquait son livre Je crois me souvenir, il imaginait sa propre disparition et cette étrange perspective de regarder sa vie une fois celle-ci achevée. Derrière l’humoriste et le sceptique affleurait ainsi une interrogation que l’âge ne semblait pas avoir fait disparaître.

Philippe Bouvard resta jusqu’au bout un homme difficile à enfermer dans une appartenance religieuse : juif par ses origines et profondément marqué par la persécution de sa famille, baptisé dans l’Église catholique sans devenir pratiquant, agnostique revendiqué sans se dire franchement athée.Une trajectoire faite davantage de questions que de certitudes. Et au terme d’une vie passée à manier l’ironie sur presque tout, une question, au moins, résistait encore à tous les bons mots : celle de ce qui vient après.

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