La fusillade a éclaté peu avant 8 heures du matin, alors que les élèves arrivaient à l’Ateneo de Zamboanga University, un important établissement catholique administré par les jésuites dans le sud des Philippines. Le 18 août, sur le campus de Tumaga, un élève a ouvert le feu sur d’autres jeunes. Patrick Dylan Wee, âgé de 15 ans, a été tué. L’auteur des tirs, un autre élève identifié comme Mohammad Mael Jalani, s’est ensuite donné la mort. D’autres personnes ont été blessées ou prises en charge après le mouvement de panique provoqué par les coups de feu.
Le choc est considérable à Zamboanga, sur l’île de Mindanao. Plusieurs élèves ont confié dans les jours suivants leur difficulté à retourner en classe. L’établissement a suspendu ses activités et consacré le 19 août au deuil et à la prière, tout en mettant en place un accompagnement psychologique et pastoral pour les jeunes, les familles et le personnel. Mais cette fusillade intervient surtout dans un climat qui inquiète désormais les autorités philippines. Le 22 juin, moins de deux mois auparavant, une autre attaque avait fait trois morts parmi les élèves du lycée national San Jose de Tacloban City.
L’Agence Fides précise qu’environ 50 incidents scolaires impliquant des jeunes dans des actes de violence ont été recensés au cours des deux derniers mois dans le pays : menaces à la bombe, agressions à l’arme blanche ou encore fusillades. Avant même le drame de Zamboanga, le ministère de l’Éducation avait demandé aux établissements de revoir leurs plans d’urgence et de se préparer à des exercices destinés à faire face à d’éventuelles attaques.
C’est dans ce contexte que l’Église catholique tente de déplacer le regard. Sans minimiser la nécessité de sécuriser les établissements, plusieurs responsables catholiques estiment que multiplier les contrôles ne répondra pas à lui seul au malaise qui traverse une partie de la jeunesse. « Le pays ne peut pas se permettre de laisser un nouvel épisode de violence scolaire passer inaperçu sans s’attaquer aux défis auxquels ses jeunes sont confrontés », a ainsi déclaré le cardinal José Advincula, archevêque de Manille.
Il appelle les familles, les écoles, les paroisses et plus largement les communautés à être attentives aux signes parfois discrets de détresse : solitude, anxiété, harcèlement, pression scolaire ou difficultés familiales. « Nous devons les écouter, non seulement lorsqu’ils s’expriment haut et fort, mais surtout lorsqu’ils souffrent en silence », insiste le cardinal. L’Association catholique de l’éducation des Philippines (CEAP), qui représente les écoles, collèges et universités catholiques du pays, tient un discours similaire. La réponse à la violence doit aussi passer par des établissements capables d’être des lieux « d’apprentissage, de socialisation, de bien-être, de vigilance et de paix ». Elle appelle également à la retenue dans la diffusion d’images et d’informations sur les réseaux sociaux, rappelant que derrière chaque publication se trouvent des familles et des élèves encore sous le choc.
À l’Ateneo de Zamboanga, le père Guillrey Anthony Andal, SJ, président de l’université, a demandé d’éviter les spéculations sur les motivations de l’auteur des tirs tant que l’enquête n’a pas établi les faits. Les autorités cherchent notamment à comprendre comment une arme a pu être introduite sur le campus. L’archidiocèse de Zamboanga réclame lui aussi une enquête approfondie : « Les familles des victimes méritent la vérité et la justice. »
Pour l’Église philippine, l’urgence est donc double : comprendre comment de telles violences peuvent entrer dans les écoles, mais aussi ce qui peut conduire des adolescents jusqu’au passage à l’acte. « En ce moment de douleur, choisissons la prière plutôt que la peur, la compassion plutôt que la condamnation, la vérité plutôt que la spéculation et la justice plutôt que la vengeance », demande l’archidiocèse.


