Par Philippe Marie
Il y aura les caméras, les discours officiels, les commentaires politiques et les polémiques. Mais il y aura surtout des catholiques.Des familles, des jeunes, des prêtres, des religieux, des malades, des personnes âgées, des pratiquants de toujours et d’autres qui reviendront peut-être vers l’Église à cette occasion. Et ils seront nombreux.
À Saint-Denis, plus de 80 000 jeunes rempliront un Stade de France archicomble. À Paris, entre 400 000 et 500 000 personnes sont attendues autour de la Concorde et sur les Champs-Élysées. À Lourdes, plus de 100 000 pèlerins sont déjà inscrits pour une capacité maximale annoncée de 150 000 personnes. Que l’on ne s’y trompe pas : ces foules ne signifieront pas que les difficultés de l’Église de France ont disparu. Mais elles rappelleront une évidence que certains ont peut-être enterrée un peu vite : la France demeure profondément marquée par le christianisme.
On peut discuter de la pratique religieuse, de la sécularisation ou de la place du catholicisme dans la société contemporaine. On ne peut pas réécrire quinze siècles d’histoire.
La France est ontologiquement chrétienne dans ce que l’histoire a façonné d’elle. C’est son ADN culturel et spirituel. Tout en témoigne : ses cathédrales et ses villages construits autour de leurs clochers, son calendrier, ses fêtes, ses œuvres d’art, sa littérature, ses paysages, ses pèlerinages, jusqu’à une partie de son vocabulaire et de sa conception de la personne humaine. Et comment ne pas l’écrire précisément en ce jour de la Saint Louis ?Louis IX, roi de France, mort le 25 août 1270 et canonisé moins de trente ans plus tard, demeure l’une des grandes figures de notre histoire. Il fut un roi profondément chrétien, qui concevait l’exercice du pouvoir comme une responsabilité devant Dieu, avec l’exigence de justice, le souci des pauvres et le devoir de servir le bien commun. Huit siècles plus tard, son nom demeure inscrit partout dans notre patrimoine.
Il ne s’agit évidemment pas de rêver au retour de la France de Saint Louis. Mais sa mémoire rappelle combien il serait absurde de vouloir comprendre notre pays en retranchant le christianisme de son histoire. Cela n’enlève rien à la liberté de croire ou de ne pas croire, ni à la place de ceux qui appartiennent à d’autres religions. Mais la France ne devient pas plus fidèle à elle-même en faisant semblant d’avoir commencé avec la loi de 1905.
Les catholiques n’ont donc aucune raison de s’excuser d’exister.
Cette visite doit aussi être l’occasion de dépasser nos propres divisions. Catholiques attachés à la liturgie traditionnelle ou à la forme ordinaire, mouvements charismatiques, communautés nouvelles, paroisses rurales, jeunes des grandes villes, familles, hospitaliers, religieux : pendant quatre jours, ce qui nous unit doit compter davantage que ce qui nous distingue. Au-delà de nos sensibilités, au-delà de nos querelles parfois épuisantes, retrouvons-nous autour de Pierre.D’autant que les catholiques français traversent une période où leur foi est régulièrement prise pour cible. Profanations d’églises et de cimetières, statues brisées, tabernacles attaqués, incendies criminels, menaces contre des fidèles ou des prêtres : ces faits existent et leur répétition ne peut être considérée comme une banalité.
La réponse chrétienne ne sera ni la peur ni la violence. Elle doit être la fidélité.
Il y aura bien sûr quelques députés et responsables politiques pour s’agacer d’une telle ferveur. Certains invoqueront la laïcité devant les images de centaines de milliers de catholiques rassemblés au cœur de Paris. À chaque fois que le christianisme redevient visible, la vieille tentation anticléricale n’est jamais très loin. Qu’ils se rassurent : une foule qui prie ne menace pas la République.
La laïcité protège aussi la liberté des catholiques. Elle ne leur commande ni le silence ni l’invisibilité.Porter une croix, participer à une procession, assister à une messe, proclamer sa foi ou accueillir le pape n’est pas une atteinte à la République. Mais remplir un stade et des avenues n’aura de sens que si ce réveil produit ensuite des témoins. Car pendant que les catholiques hésitent parfois à parler, une autre vision de l’homme avance.
L’avortement est devenu un droit constitutionnel. Avec l’euthanasie et l’aide à mourir, c’est désormais la fin de la vie qui est interrogée. Pas à pas, ce que saint Jean-Paul II appelait la « culture de mort » installe une société où la valeur d’une existence risque de se mesurer à son autonomie, à son état de santé ou à son utilité. Le christianisme affirme exactement l’inverse.Toute vie humaine possède une dignité sacrée.L’enfant à naître, le malade, le vieillard, la personne handicapée ou dépendante ne deviennent jamais des vies de moindre valeur.
Et la fraternité, ce mot inscrit au fronton de nos mairies, perdrait son sens si elle consistait un jour davantage à proposer la mort qu’à entourer celui qui souffre. Une grille de lecture de plus en plus dominante voudrait penser l’homme sans Dieu, maître absolu de son existence, de son commencement jusqu’à sa fin. Les catholiques ont le droit, et même le devoir, de dire qu’une autre conception de l’homme existe.
Alors imaginons un instant ces images. 80 000 jeunes dans un Stade de France archicomble. Jusqu’à 500 000 personnes de la Concorde aux Champs-Élysées. 150 000 pèlerins à Lourdes. Non pour un concert ou une compétition sportive. Autour du successeur de Pierre. Voilà pourquoi cette visite peut être celle du réveil.
Pas une revanche. Pas une démonstration de force. Encore moins une nostalgie de la France d’autrefois. Mais un peuple qui se souvient de ce qu’il a reçu et comprend qu’il doit désormais le transmettre. Alors, du 25 au 28 septembre, venez. Emmenez vos enfants. Invitez ceux qui se sont éloignés. Remplissez le stade, les avenues, les sanctuaires et les églises. Priez. Chantez. Témoignez. Au-delà des sensibilités, malgré les agressions, malgré les profanations, malgré ceux qui préféreraient un catholicisme silencieux et invisible. Sans arrogance et sans agressivité. Mais sans peur et sans complexe. Catholiques de France, soyez là. Et soyez fiers de votre foi.


