La veille au soir, les fidèles avaient rendez-vous sur la plage du Mimbeau. Flambeaux à la main, ils ont longé le Bassin jusqu’à Notre-Dame-des-Flots avant une veillée de prière. Le lendemain, 21 août, une messe marquait les soixante ans de cette église devenue l’un des repères du Cap-Ferret. Notre-Dame-des-Flots appartient au diocèse de Bordeaux et à la paroisse du Cap-Ferret-Sud-Médoc, qui rassemble Lège-Cap-Ferret, Arès, Le Porge, Le Temple et Saumos. Elle est aujourd’hui placée sous la responsabilité de l’abbé Samuel Volta, administrateur de la paroisse et vicaire général.
Mais l’histoire commence en 1893. Le Cap-Ferret n’est alors évidemment pas la station courue d’aujourd’hui. Une modeste chapelle est construite pour les habitants et les marins. Agrandie en 1932, elle peut accueillir environ 200 personnes et devient église paroissiale en 1936.Après la guerre, l’afflux des estivants la rend trop petite. Un homme va changer son destin : l’abbé Robert Marquaux, nommé curé du Cap-Ferret en 1952.
Avec l’architecte Raymond Morin, il imagine une nouvelle église. Mais plutôt que de raser immédiatement l’ancienne, on construit littéralement la nouvelle autour d’elle. Pendant plusieurs années, les fidèles continuent ainsi de prier dans la petite chapelle tandis que les murs du futur édifice s’élèvent autour et au-dessus d’eux. L’ancienne chapelle ne disparaît qu’en 1963.
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Le 19 août 1956, Mgr Paul Richaud, archevêque de Bordeaux et futur cardinal, bénit la première pierre. Reste un problème considérable : l’argent. Le projet représente plusieurs dizaines de millions d’anciens francs. Les paroissiens et les estivants se mobilisent : quêtes, dons, spectacles, kermesses et tombolas. Pour l’une d’elles, le gros lot n’est ni un panier garni ni un voyage, mais une villa neuve. L’argent manque malgré tout et le chantier connaît des interruptions. L’architecte Raymond Morin aurait lui-même renoncé à ses honoraires. Pendant dix ans, Notre-Dame-des-Flots avance ainsi au rythme des ressources disponibles.
En 1962 survient une autre curiosité. L’église devient la deuxième de France équipée de cloches électroniques en cristal. Trois tubes de verre, comparés à l’époque à de grandes pompes à vélo, sont installés dans la sacristie. Leurs vibrations sont amplifiées et le son diffusé par des haut-parleurs placés dans le clocher. Une technologie américaine étonnamment moderne pour le Cap-Ferret des années 1960.
Le grand jour arrive finalement le dimanche 21 août 1966. Le cardinal Richaud revient bénir l’église achevée. Les archives municipales de Lège-Cap-Ferret confirment cette date, également attestée par le compte rendu publié le lendemain dans Sud Ouest. Et la fête ne s’arrête pas à la messe. Après la bénédiction, un cortège rejoint la jetée. Le cardinal embarque à bord du chalutier Nauticus, accompagné notamment du canot de sauvetage Capitaine-le-Verger. Près de 200 voiliers, pinasses, vedettes et hors-bord participent au défilé nautique. Une couronne est finalement jetée à la mer en mémoire des marins disparus.
Deux ans plus tard, nouveau spectacle. Une croix métallique de six mètres, réalisée par Alphonse Sauvage, doit être installée au sommet de l’édifice. Un hélicoptère venu de la base de Cazaux est mobilisé pour la hisser sous les yeux des habitants massés sur le parvis et la plage.
Tout, jusque dans le décor, rappelle d’ailleurs le Bassin : la nef évoque une coque de bateau renversée, tandis que filets, objets liés à l’ostréiculture et références maritimes accompagnent les vitraux. Au fil des décennies, cette église de pêcheurs est aussi devenue celle d’un Cap-Ferret plus mondain. Pascal Obispo y a célébré son mariage avec Julie Hantson en 2015 ; Laura Smet y a épousé religieusement Raphaël Lancrey-Javal en 2019.Mais celui dont Notre-Dame-des-Flots porte véritablement l’empreinte reste l’abbé Marquaux. Mort en 1977 après vingt-cinq années passées au Cap-Ferret, le curé bâtisseur repose dans l’église qu’il avait consacré une grande partie de sa vie à faire sortir de terre.
Soixante ans après la bénédiction du cardinal Richaud, derrière le Cap-Ferret des célébrités et des villas se cache ainsi une autre histoire : celle d’un curé, de paroissiens et d’estivants qui mirent dix années à construire leur église.


