La thèse universitaire de celui qui allait devenir le pape Léon XIV est désormais disponible en chinois. Selon l’agence Fides, qui rapporte ce vendredi 28 août sa publication, le lectorat chinois peut désormais accéder au travail de doctorat que Robert Francis Prevost consacra à l’exercice de l’autorité au sein de l’Église.
Le futur pape avait soutenu en 1987, à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin de Rome – l’Angelicum -, une thèse de droit canonique intitulée The Office and Authority of the Local Prior in the Order of Saint Augustine, « La fonction et l’autorité du prieur local dans l’Ordre de Saint-Augustin ». L’étude dépasse la simple administration d’une communauté religieuse. Prevost y examine le rôle du supérieur, son autorité et ses responsabilités au service de la communauté. Réalisé quelques années après la promulgation du Code de droit canonique de 1983, son travail confronte les normes générales de l’Église au droit propre de l’Ordre de Saint-Augustin.
Il y aborde notamment les trois dimensions classiques du gouvernement ecclésial – enseigner, sanctifier et gouverner -, mais également la prédication, la formation, la vie sacramentelle, le conseil du prieur, le chapitre local ou encore l’administration des biens temporels.
Le sujet prend nécessairement une autre dimension en 2026 : celui qui étudiait alors les fondements et les limites de l’autorité d’un supérieur religieux est aujourd’hui Successeur de Pierre.
Il serait hasardeux de présenter la traduction de cette thèse comme un message adressé par Léon XIV aux autorités chinoises. Rien ne permet de l’affirmer. Sa publication intervient néanmoins dans un contexte où la question de l’autorité ecclésiale reste l’un des principaux points de friction entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine. Depuis 2018, les deux parties sont liées par un accord provisoire concernant la nomination des évêques. Son contenu demeure confidentiel. Renouvelé à plusieurs reprises, il a été prolongé en octobre 2024 pour quatre années supplémentaires, jusqu’en 2028.
Le pari de Rome est délicat : parvenir à ce que les évêques chinois soient reconnus par les autorités de leur pays tout en demeurant en pleine communion avec le Successeur de Pierre. L’accord devait également contribuer à résorber les divisions anciennes entre les structures catholiques reconnues par l’État et les communautés dites « clandestines », qui ont refusé de se soumettre à l’Association patriotique des catholiques chinois.
Huit ans plus tard, la situation demeure complexe. Des évêques et des communautés continuent de subir des pressions lorsqu’ils refusent d’adhérer aux structures officielles. Mgr Peter Shao Zhumin, évêque de Wenzhou reconnu par Rome, en est l’un des exemples les plus emblématiques après plusieurs arrestations et périodes de détention. Et les interrogations n’ont pas disparu. Tribune Chrétienne rapportait encore le 26 août le témoignage recueilli par le sinologue Anthony E. Clark auprès d’un évêque chinois, selon lequel au moins dix évêques auraient été consacrés secrètement dans le Fujian pour assurer « la survie de l’Église en Chine ». Une affirmation qui reste impossible à vérifier indépendamment et dont on ignore si les éventuelles consécrations auraient bénéficié d’un mandat pontifical secret.
Malgré ces difficultés, le nouveau pape maintient le dialogue engagé avec Pékin. Le 22 juillet dernier, Joseph Chang Yanfeng a été ordonné évêque de Chifeng, en Mongolie intérieure, après que Léon XIV eut approuvé sa candidature dans le cadre de l’accord sino-vatican. Quelques jours plus tard, le 29 juillet, François-Xavier Duan Yongkun a été ordonné évêque coadjuteur de Bameng selon le même mécanisme. Ces nominations montrent que le canal ouvert avec Pékin fonctionne toujours. Elles ne répondent cependant pas à toutes les interrogations sur la liberté réelle dont dispose l’Église dans un pays où la « sinisation » des religions demeure une politique officielle et où l’État entend conserver un contrôle étroit sur leur organisation.
L’enjeu dépasse donc largement une querelle diplomatique. Pour Rome, il s’agit de préserver à la fois l’unité des catholiques chinois, la communion de leurs évêques avec le pape et une présence institutionnelle de l’Église dans un pays de plus de 1,4 milliard d’habitants. Pour Pékin, aucune organisation religieuse ne saurait échapper entièrement au cadre politique fixé par l’État. C’est dans cet équilibre toujours précaire que paraît aujourd’hui en chinois la thèse de Robert Francis Prevost. Il serait artificiel d’en faire un manifeste diplomatique. Mais voir arriver en Chine un texte du pape consacré précisément à l’autorité, à son exercice et au gouvernement dans l’Église, au moment où Rome et Pékin continuent de chercher les limites de leur propre compromis, donne à cette publication universitaire une portée que son auteur ne pouvait évidemment pas imaginer lorsqu’il la soutenait en 1987.


