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« Le dialogue interreligieux catholique n’est pas le relativisme religieux » : que viennent faire des funérailles bouddhistes dans une église catholique ?

photo d'illustration funérailles bouddhistes - Depositphotos
photo d'illustration funérailles bouddhistes - Depositphotos
Le curé évoque une défunte ayant trouvé Dieu « dans Bouddha ». Des paroles qui posent directement la question de l'unicité du Christ et des limites du dialogue interreligieux

Le 20 août dernier, l’église San Martino de Rebbio, dans le diocèse de Côme, a accueilli l’hommage rendu à Marta Pezzati, décédée à 59 ans. Présidente de l’association Como Accoglie et engagée auprès des migrants, elle était de confession bouddhiste. Deux moines bouddhistes ont participé à la cérémonie et chanté un mantra depuis l’ambon.

L’affaire, rapportée ce samedi 29 août par La Nuova Bussola ( Stefano Chiappalone) , est documentée par plusieurs vidéos. L’un des moines présents affirme cependant qu’il ne s’agissait « ni d’une messe ni de funérailles », mais d’un hommage à la générosité de Marta Pezzati. Les médias locaux avaient pourtant annoncé ses funérailles dans cette église. La nuance mérite d’être apportée. Elle ne règle cependant pas la question de ce qui s’est déroulé à l’intérieur d’un lieu consacré au culte catholique. Car le point le plus délicat n’est peut-être même pas le mantra.

Ce sont les paroles prononcées par le curé de San Martino, don Giusto Della Valle. Évoquant le cheminement spirituel de Marta Pezzati, il l’a présentée comme une « femme de contemplation, de recherche de Dieu dans tous les chemins possibles », avant d’affirmer qu’elle l’avait finalement trouvé « dans Bouddha, l’Éveillé, qui depuis des siècles continue d’éclairer le chemin de nombreux peuples ». C’est ici que la question devient doctrinale.

L’Église catholique n’enseigne pas le mépris des autres religions. La déclaration conciliaire Nostra aetate rappelle au contraire qu’elle « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint » dans les différentes traditions religieuses. Mais le même texte rappelle également que l’Église doit annoncer sans cesse le Christ, « qui est la voie, la vérité et la vie ». Une affirmation qui renvoie directement aux paroles du Christ dans l’Évangile selon saint Jean : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6). Toute la distinction est là.

Respecter une personne bouddhiste, reconnaître la sincérité de sa recherche spirituelle et honorer le bien qu’elle a accompli ne revient pas, pour un prêtre catholique, à présenter Bouddha et le Christ comme deux chemins équivalents vers Dieu. Le dialogue interreligieux catholique n’est pas le relativisme religieux.

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La cérémonie pose également la question du lieu. Le mantra a été chanté depuis l’ambon, qui n’est pas un simple pupitre. Dans une église catholique, il est destiné en premier lieu à la proclamation de la Parole de Dieu. Le droit canonique rappelle plus largement que, dans un lieu sacré, ne doit être admis que ce qui sert ou favorise « le culte, la piété ou la religion », tout en permettant à l’autorité ecclésiastique d’autoriser ponctuellement certains autres usages compatibles avec la sainteté du lieu.

La question n’est donc pas de juger Marta Pezzati ni son engagement auprès des plus fragiles. Elle est de savoir si une église catholique peut devenir un espace religieux indifférencié dans lequel différentes expressions spirituelles finissent par être placées sur un même plan.

L’affaire italienne intervient quelques jours seulement après une autre controverse en France. Le 25 août, les obsèques de François Patriat ont été célébrées à la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois sous la présidence de Monseigneur Antoine Hérouard, archevêque de Dijon. L’ancien ministre et sénateur avait publiquement appartenu à la franc-maçonnerie. Emmanuel Macron avait par ailleurs prononcé dans l’église un hommage à son ancien compagnon de route. Or l’Église continue de considérer l’adhésion maçonnique comme incompatible avec la doctrine catholique, position encore confirmée en 2023 par le Dicastère pour la Doctrine de la foi. Les deux situations sont différentes, mais elles interrogent chacune la spécificité et la sacralité d’une église catholique et la clarté de ce qui y est professé.

À Côme, la question va cependant plus loin puisque les propos rapportés du curé touchent directement à la place du Christ. L’accueil est une exigence évangélique. Il ne demande jamais au chrétien de taire Celui au nom duquel il accueille. L’Église peut reconnaître ce qu’il existe de vrai et de bon dans d’autres traditions sans renoncer au cœur de sa foi : Jésus-Christ n’est pas un chemin parmi d’autres. Rappeler cette vérité n’est pas refuser le dialogue interreligieux. C’est refuser que le dialogue se transforme en relativisme.

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