« Le sang de ton frère crie vers moi depuis la terre. » C’est avec les paroles adressées par Dieu à Caïn dans la Genèse (Gn 4,10) que la Conférence des évêques catholiques du Nigeria (CBCN) ouvre sa déclaration. Son titre ne laisse guère de place aux précautions diplomatiques : « Stop The Slaughter In Borgu And Ukum, Stop The Killings In Nigeria ».« Arrêtez les massacres à Borgu et à Ukum, arrêtez les tueries au Nigeria.
Le texte est signé par Monseigneur Matthew Man-Oso Ndagoso, archevêque de Kaduna et président de la Conférence épiscopale. Il intervient dans un pays où les communautés chrétiennes paient depuis des années un tribut considérable à l’insécurité, au terrorisme islamiste et aux attaques de groupes armés. Le dernier massacre cité par les évêques s’est produit dans l’État de Benue, région du centre du Nigeria où la population est très majoritairement chrétienne. Dans la nuit du 16 au 17 août, des hommes armés circulant à moto ont attaqué plusieurs communautés du district de Mbazun/Mbaterem, dans la zone d’Ukum.
Le bilan repris par l’épiscopat est de 47 morts et 17 blessés graves. Ce nouveau massacre s’ajoute à une succession d’attaques contre des villages chrétiens qui ont fait du Benue l’un des principaux foyers de violence du pays. Des communautés entières y vivent sous la menace d’incursions armées, avec leur cortège de morts, de maisons détruites et de populations déplacées. Les prêtres eux-mêmes ne sont pas épargnés. Enlèvements contre rançon, assassinats et attaques de presbytères se sont multipliés ces dernières années au Nigeria, au point que la sécurité du clergé constitue désormais une préoccupation permanente pour plusieurs diocèses.
Les violences peuvent également frapper des musulmans : le 21 août, plus de 60 fidèles réunis pour la prière du vendredi ont ainsi été enlevés lors d’attaques dans la région de Borgu, dans l’État de Niger, un drame auquel les évêques ont également tenu à associer leur condamnation.
Mais c’est bien l’accumulation des massacres et l’incapacité persistante des autorités à protéger les populations qui provoquent aujourd’hui la colère de l’épiscopat. « Le Nigeria continue de connaître une traînée incessante de sang et de terreur », écrivent les évêques, pour lesquels la situation a désormais atteint un niveau « intolérable ». Le gouvernement fédéral, les gouverneurs, les responsables des forces de sécurité et les dirigeants politiques sont directement interpellés. Les évêques refusent que l’État se contente d’intervenir après les massacres.« Les larmes des familles endeuillées dans le Niger, le Benue et dans toutes les zones géopolitiques du Nigeria doivent vous préoccuper suffisamment pour que vous fassiez tout votre possible afin de mettre fin à ce carnage dans notre pays », écrivent-ils.
Ils réclament une stratégie préventive fondée sur le renseignement, permettant de repérer les groupes armés, leurs bases et leurs réseaux avant de nouvelles attaques. Ils exigent également que les auteurs des violences et ceux qui les soutiennent soient traduits devant la justice, « quels que soient leur statut ou leurs affiliations ».
Le constat est résumé en quelques mots : « L’impunité nourrit la répétition. »
Au Nigeria, cette répétition est devenue tragiquement familière aux communautés chrétiennes. Dans plusieurs régions du Nord et de la Middle Belt, la simple pratique de la foi peut exposer les fidèles à des risques considérables. Des églises ont été attaquées pendant les offices, des prêtres enlevés, des séminaristes assassinés et des villages chrétiens régulièrement pris pour cible. La déclaration du 26 août se termine d’ailleurs moins comme un communiqué politique que comme un avertissement spirituel. Les évêques s’adressent directement « aux bandits, aux terroristes, aux ravisseurs et à leurs commanditaires ».« Nous vous supplions : arrêtez l’effusion de sang ! La vie humaine appartient à Dieu seul et aucune cause ne justifie cette cruauté. Vous ne pouvez pas construire un avenir sur les larmes des innocents. »
Puis vient l’avertissement de saint Paul : « Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. Ce que l’homme aura semé, il le récoltera » (Ga 6,7).
DÉCLARATION DE LA CONFÉRENCE DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DU NIGERIA
« ARRÊTEZ LE MASSACRE À BORGU ET UKUM, ARRÊTEZ LES TUERIES AU NIGERIA »
« Le sang de ton frère crie vers moi depuis la terre » (Gn 4,10). C’est le cœur lourd et avec une profonde tristesse que la Conférence des évêques catholiques du Nigeria dénonce une nouvelle fois la traînée incessante de sang et de terreur qui traverse notre nation et qui a désormais atteint un niveau intolérable.
Le récent enlèvement barbare de plus de 60 fidèles dans une mosquée de Borgu, dans l’État de Niger, ainsi que l’horrible massacre de 47 citoyens innocents et les graves blessures infligées à 17 autres personnes à Ukum, dans l’État de Benue, constituent une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire.
Qu’ils se trouvent dans une mosquée, une église, un marché ou dans la tranquillité de leur foyer, les Nigérians continuent d’être massacrés, traumatisés et déplacés en toute impunité.
Nous présentons nos plus profondes condoléances aux familles endeuillées de l’État de Benue et prions pour le prompt rétablissement des blessés.
Nous exprimons notre ferme solidarité avec nos frères et sœurs musulmans de l’État de Niger et de tout le Nigeria, et prions pour la libération immédiate et saine et sauve de tous les fidèles enlevés.
Une attaque contre un lieu de culte est une attaque contre notre humanité collective.
À ceux qui exercent des responsabilités gouvernementales à tous les niveaux, aux responsables des forces de sécurité et aux dirigeants politiques, tout en saluant certains efforts déjà accomplis, nous demandons de ne pas renoncer à cette responsabilité tant que la sécurité et le bien-être des citoyens ne seront pas garantis.
Les larmes des familles endeuillées dans le Niger, le Benue et dans toutes les zones géopolitiques du Nigeria doivent vous préoccuper suffisamment pour que vous fassiez tout votre possible afin de mettre fin à ce carnage dans notre pays.
Nous lançons une nouvelle fois cet appel au nom de tous les Nigérians : déployez une stratégie de sécurité proactive, fondée sur le renseignement, afin de neutraliser les foyers criminels avant qu’ils ne frappent.
Traduisez rapidement en justice les auteurs de ces crimes ainsi que leurs commanditaires, quels que soient leur statut ou leurs affiliations, car l’impunité nourrit la répétition.
Aux bandits, aux terroristes, aux ravisseurs et à leurs commanditaires, nous vous supplions : arrêtez l’effusion de sang !
La vie humaine appartient à Dieu seul et aucune cause ne justifie cette cruauté. Vous ne pouvez pas construire un avenir sur les larmes des innocents.
Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. Ce que l’homme aura semé, il le récoltera (Ga 6,7).
Déposez vos armes, détournez-vous du mal et respectez le caractère sacré de la vie humaine.
À tous les Nigérians, nous demandons de ne pas perdre espoir dans notre pays. Restons fermes dans la prière pour la paix, la sécurité et l’intervention de Dieu.
Que le Dieu de paix rétablisse l’ordre dans notre nation, console ceux qui pleurent et touche le cœur de ceux qui infligent la souffrance.
Mgr Matthew Man-Oso Ndagoso
Archevêque de Kaduna
Président de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria
26 août 2026″


