Plus de trois ans après le scandale provoqué par le bureau du FBI de Richmond, en Virginie, le ministère américain de la Justice vient de publier un nouveau rapport consacré à l’affaire. Daté du 26 août 2026, le document revient sur les conditions dans lesquelles le FBI s’est intéressé à certains catholiques traditionalistes et détaille notamment les investigations menées sur deux prêtres. L’affaire remonte à l’hiver 2022-2023.
Le FBI enquêtait alors sur un individu déjà condamné, soupçonné notamment d’avoir proféré des menaces et qui fréquentait une chapelle desservie par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. C’est à partir de cette enquête individuelle que les investigations vont s’étendre à son environnement religieux. Deux prêtres entrent alors dans le champ du FBI. Le premier, désigné dans les documents sous le nom de « Priest 1 », avait eu des contacts avec l’homme surveillé. Les enquêteurs vont chercher à déterminer la nature de leurs relations et examiner différents renseignements le concernant.
Le cas du second prêtre va beaucoup plus loin. En janvier 2023, le FBI apprend que celui-ci se trouve à l’étranger. Des recherches sont effectuées concernant son voyage et son retour aux États-Unis. Le 17 janvier 2023, des agents du FBI de Boston le surveillent à son arrivée à l’aéroport international Logan de Boston. Le prêtre est physiquement suivi. Selon le rapport, les agents le voient monter dans un véhicule et le suivent jusqu’à une résidence. Les autorités américaines chargées des frontières l’interrogent également et examinent son téléphone. Les informations recueillies sont ensuite transmises aux enquêteurs travaillant sur le dossier.
Malgré cette mobilisation de moyens, les investigations ne permettent finalement d’établir ni activité criminelle fédérale ni menace pour la sécurité nationale imputable aux deux prêtres. Leurs dossiers sont fermés en février 2023. C’est dans ce même contexte qu’apparaît la désormais célèbre note du FBI de Richmond. Daté du 23 janvier 2023, ce document porte sur les « Radical-Traditionalist Catholics », littéralement les « catholiques traditionalistes radicaux », désignés par l’acronyme RTC. Les analystes cherchent à établir l’existence de passerelles entre certains catholiques traditionalistes et des extrémistes violents motivés par des considérations raciales ou ethniques. Le document envisage même la possibilité pour le FBI de développer des sources humaines dans ces milieux religieux.
Parmi les caractéristiques alors associées à ces catholiques figurent des éléments aussi larges que l’attachement à la messe traditionnelle ou à des « valeurs et rôles familiaux conservateurs ».
La note va fuiter quelques semaines plus tard. Le 8 février 2023, le FBI reconnaît publiquement son existence et annonce son retrait. L’agence assure alors que le document ne répond pas à ses standards et affirme ne pas enquêter sur les personnes en fonction de leurs croyances religieuses. Mais le scandale est lancé. Au Congrès, des élus demandent des comptes au directeur du FBI, Christopher Wray. Une question devient centrale : comment une enquête visant initialement un individu soupçonné d’extrémisme a-t-elle pu conduire une agence fédérale à produire une analyse beaucoup plus générale sur un courant religieux catholique ?
L’affaire donne lieu à plusieurs investigations. En avril 2024, l’inspecteur général du ministère de la Justice publie ses conclusions. Il ne trouve pas de preuve démontrant que les auteurs de la note auraient volontairement ciblé les catholiques en raison de leur religion ou agi avec une intention malveillante.
Mais le rapport relève des erreurs importantes. Il constate notamment que les éléments disponibles étaient insuffisants pour établir le lien suggéré entre catholicisme traditionaliste et extrémisme violent. Il critique également l’utilisation de sources extérieures controversées, notamment le Southern Poverty Law Center (SPLC), organisation américaine qui classe certains mouvements comme « groupes haineux ».
Les investigations parlementaires permettront ensuite de découvrir que l’affaire ne se limitait pas à une réflexion théorique sur les catholiques traditionalistes : des prêtres avaient réellement fait l’objet d’investigations.
Le rapport publié le 26 août 2026 par le groupe de travail du ministère de la Justice chargé d’examiner l’instrumentalisation des institutions fédérales va aujourd’hui plus loin dans son appréciation. Le ministère qualifie l’épisode de « grave failure of responsibility », une « grave défaillance dans l’exercice des responsabilités ». Stanley Woodward, responsable au ministère de la Justice, estime pour sa part que la note de Richmond constituait un « clear abuse of power », un « clair abus de pouvoir ». Le nouveau document souligne également la faiblesse de la réponse institutionnelle apportée après le scandale. Malgré la gravité des erreurs constatées, les mesures correctives prises au sein du FBI sont jugées insuffisantes.
Trois ans après les faits, une réalité demeure : deux prêtres catholiques ont été entraînés dans une enquête fédérale née de la surveillance d’un tiers ; l’un d’eux a été suivi physiquement à son retour aux États-Unis ; et aucune menace pour la sécurité nationale n’a finalement été établie à leur encontre.L’affaire de Richmond pose ainsi une question qui dépasse largement le seul monde traditionaliste. Lorsqu’une agence chargée de lutter contre le terrorisme commence à intégrer des convictions religieuses, une préférence liturgique ou des positions familiales conservatrices dans l’environnement idéologique d’une menace potentielle, la frontière entre surveillance légitime des individus dangereux et suspicion portée sur une communauté religieuse devient particulièrement fragile.
C’est précisément cette frontière que le ministère américain de la Justice reconnaît aujourd’hui avoir été dangereusement franchie.


