Philosopher à Athènes, au IIe siècle, signifiait vivre dans l’une des capitales intellectuelles du monde antique. C’est dans cet univers nourri de philosophie grecque, de cultes traditionnels et de débats sur les dieux qu’Aristide rencontre le christianisme et se convertit.Nous savons peu de choses de sa vie. Eusèbe de Césarée le présente comme un fidèle disciple du Christ et rapporte qu’il adressa à l’empereur Hadrien une défense de la foi chrétienne. Le Martyrologe romain retient également cette tradition et célèbre le 31 août ce philosophe « très célèbre par sa foi et sa sagesse ».
Son Apologie suffit pourtant à donner la mesure de l’homme. Aristide ne renonce pas à la raison en devenant chrétien. Il la conduit jusqu’à la question de Dieu. Observant le ciel, la terre, la mer et l’ordre du monde, il comprend que la création ne peut être son propre principe et remonte vers Celui qui la fait exister. Dieu dépasse l’intelligence humaine, mais l’homme peut reconnaître son œuvre. Cette démarche est remarquable à une époque où les chrétiens peuvent être considérés comme une secte étrangère aux traditions religieuses de l’Empire. Aristide ne demande pas à l’empereur une faveur sentimentale. Il entreprend de montrer que la foi chrétienne peut rendre raison d’elle-même.
Mais sa défense devient particulièrement belle lorsqu’il cesse de discuter des doctrines pour regarder comment vivent les disciples du Christ.
Ce qui distingue les chrétiens, explique-t-il en substance, se voit dans leur manière de traiter leur prochain : ils secourent les pauvres, prennent soin de ceux qui sont dans le besoin, accueillent l’étranger, prient et rendent grâce à Dieu. La vérité du christianisme ne repose donc pas seulement sur un raisonnement : elle doit devenir visible dans l’existence de ceux qui professent le Christ.
Voilà sans doute ce qui rend Aristide étonnamment actuel. À une époque où l’Église doit de nouveau expliquer ce qu’elle croit dans des sociétés qui connaissent de moins en moins le christianisme, le philosophe athénien rappelle que l’apologétique chrétienne possède deux exigences inséparables : l’intelligence de la foi et la cohérence de la vie. L’histoire de son texte est elle-même singulière. Longtemps connue principalement par les mentions des auteurs anciens, l’Apologie fut retrouvée au XIXe siècle à travers différentes traditions manuscrites, notamment arménienne et syriaque, tandis qu’une partie de son contenu avait survécu en grec sous une autre forme.
La question du destinataire exact a d’ailleurs été discutée : si Eusèbe, saint Jérôme et la tradition arménienne désignent Hadrien, une suscription syriaque renvoie à Antonin le Pieux. L’essentiel demeure : dès les premières décennies du IIe siècle, un philosophe chrétien osait s’adresser au pouvoir impérial pour lui demander de regarder la foi nouvelle autrement qu’à travers les préjugés qui l’entouraient.
Saint Aristide ne nous a pas laissé le récit spectaculaire d’un martyre. Il a laissé quelque chose de différent : le témoignage d’une intelligence conquise par le Christ et suffisamment sûre de la vérité rencontrée pour accepter de l’exposer au jugement du monde. L’Église célèbre sa mémoire le 31 août.


