La question pourrait presque prêter à sourire : quel intérêt public la ville de Metz aurait-elle à accueillir Léon XIV le 28 septembre prochain ? Un chef d’État, une personnalité suivie dans le monde entier, des dizaines de milliers de visiteurs, des journalistes étrangers et des images de la ville diffusées internationalement : faut-il vraiment poursuivre la démonstration ?
Depuis samedi 29 août, la contestation a pourtant franchi une nouvelle étape. L’Union des familles laïques de Moselle (UFAL 57) et l’association Les Profanes ont saisi le tribunal administratif de Strasbourg contre les 250 000 euros d’investissement prévus par la Ville, notamment pour l’installation d’écrans géants permettant au public de suivre la messe. Les deux associations ont également déposé un référé-suspension afin de tenter de bloquer cette dépense avant que le juge ne statue sur le fond.
L’enveloppe globale votée par le conseil municipal le 10 juillet 2026 s’élève, elle, à 500 000 euros : 250 000 euros en fonctionnement et 250 000 euros en investissement. Les opposants assurent ne contester ni la venue du pape ni la célébration de la messe. C’est l’utilisation de l’argent public pour certains équipements liés à l’événement qu’ils attaquent. Au cœur du débat apparaît ainsi cette fameuse notion d’« intérêt public local ». Une notion que Metz connaît déjà parfaitement.
La Ville avait en effet accordé 490 000 euros à l’association chargée de la construction de la Grande Mosquée. Le 30 décembre 2025, le tribunal administratif de Strasbourg avait annulé cette subvention, estimant que l’existence d’un intérêt public local n’avait pas été suffisamment démontrée. Le 26 juin 2026, la cour administrative d’appel de Nancy a cependant suspendu l’exécution de ce jugement dans l’attente de l’examen de l’appel. L’affaire n’est donc pas définitivement tranchée. Mais le parallèle n’en est que plus saisissant.
Metz a considéré qu’elle pouvait consacrer près d’un demi-million d’euros à la construction d’une Grande Mosquée. Que le droit local permette à une collectivité de soutenir un projet cultuel lorsqu’un intérêt public est établi est une chose. Mettre aujourd’hui cette opération sur le même plan que l’organisation de la venue du pape en est une autre.
Car toutes les religions présentes en France ne peuvent être artificiellement placées au même niveau lorsqu’il s’agit de leur inscription dans l’histoire du pays. Cela ne retire évidemment aucun droit aux musulmans français ni au libre exercice de leur culte. Mais l’islam et le catholicisme n’occupent tout simplement pas la même place dans l’histoire de Metz.
Le christianisme a façonné pendant des siècles la ville, son architecture, son patrimoine et sa culture. La cathédrale Saint-Étienne n’est pas seulement un lieu où les catholiques vont à la messe : elle appartient au patrimoine commun des Messins. En Moselle plus encore qu’ailleurs, cette histoire demeure visible jusque dans le régime concordataire. Mais mettons même cet héritage de côté. L’intérêt public de la venue de Léon XIV reste évident.
Le pape est le chef de l’Église catholique, mais aussi le souverain de l’État de la Cité du Vatican. Metz accueillera donc le 28 septembre un chef d’État dont les déplacements sont suivis dans le monde entier. François Grosdidier l’a résumé sans détour : « Je mettrais 30 millions de dépenses de communication que je n’aurais pas le dixième de l’impact mondial de cette opération. » Pendant plusieurs heures, Metz, sa cathédrale et son patrimoine seront montrés au-delà des frontières françaises. Pèlerins et visiteurs rempliront hôtels et restaurants. Journalistes et délégations seront accueillis. Les retombées économiques, touristiques et médiatiques ne disparaîtront pas avec le départ du pape.
Et la journée ne se résumera pas à la messe. Léon XIV doit participer à une rencontre interreligieuse puis à un rendez-vous consacré aux racines de l’Europe, à la paix et à l’unité. Dans une ville profondément marquée par les guerres franco-allemandes et devenue symbole de leur réconciliation, la portée de l’événement dépasse manifestement les seuls catholiques.
Intérêt historique, diplomatique, économique, touristique, médiatique et européen : que faut-il donc ajouter ?
Contrôler les dépenses est légitime. Vérifier les factures et demander à la mairie de justifier chaque euro l’est tout autant. Mais demander désormais au juge de suspendre des équipements destinés à accueillir le public donne à cette bataille une autre dimension. À force d’invoquer la laïcité chaque fois que le catholicisme retrouve une visibilité publique, la vigilance budgétaire finit par prendre une autre couleur.
François Grosdidier avait accusé ses opposants d’être « aveuglés par leur idéologie ». La formule pouvait sembler rude. À mesure que certains cherchent ce qui manquerait encore à la venue de Léon XIV pour constituer un événement d’intérêt public, elle devient surtout de plus en plus difficile à contredire.


