Cinq jours après le 82e anniversaire de la Libération de Paris, Notre-Dame accueille ce dimanche soir une célébration très particulière. Monseigneur Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris, préside à 18 heures la messe annuelle célébrée à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, des résistants, des victimes civiles et militaires de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que pour la paix. La Fondation Charles de Gaulle et la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque y sont représentées.
Cette messe ne relève pas d’une initiative ponctuelle liée au 82e anniversaire. Une convention signée le 26 juin 2002 entre l’archevêché de Paris et les deux fondations mémorielles prévoit qu’elle soit célébrée chaque année autour du 26 août. Elle perpétue une mémoire dont Notre-Dame fut elle-même l’un des principaux théâtres.
Dans la soirée du 24 août 1944, les premiers éléments de la 2e division blindée du général Leclerc pénètrent dans Paris. Le capitaine Raymond Dronne et ses hommes atteignent l’Hôtel de Ville. Parmi eux se trouvent de nombreux républicains espagnols de la Nueve. La nouvelle se répand. Vers 22 heures, les cloches des églises parisiennes se mettent à sonner. Le bourdon de Notre-Dame leur répond. Les cloches de la cathédrale, rappelle le ministère des Armées, étaient restées muettes depuis 1940. Dans une capitale encore occupée et où les combats ne sont pas terminés, leur voix annonce que la liberté est en train de revenir.
Le lendemain, 25 août, la 2e DB et les forces américaines entrent dans Paris. Dietrich von Choltitz capitule. À l’Hôtel de Ville, le général de Gaulle prononce les mots qui traverseront les générations : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! »
Le 26 août, après avoir descendu les Champs-Élysées au milieu d’une foule immense, de Gaulle se rend à Notre-Dame avec notamment les généraux Leclerc et Koenig. Dans la cathédrale, ce n’est pas un Te Deum qui est chanté, mais le Magnificat, le cantique d’action de grâce de la Vierge Marie. Le moment est pourtant loin d’être paisible. Des coups de feu éclatent aux abords de Notre-Dame de Paris et provoquent un mouvement de panique. Paris est libéré, mais les armes n’ont pas encore totalement cessé de parler. Le Général De Gaulle poursuit néanmoins son chemin jusqu’à la cathédrale. L’image demeure saisissante : après la reconquête militaire de la capitale et le rétablissement de l’autorité politique, le chef de la France libre entre dans Notre-Dame tandis que s’élève le chant de Marie.
Une plaque placée aujourd’hui dans le transept sud rappelle cette journée du 26 août 1944 et la tradition commémorative qui en est issue.
La célébration de ce dimanche possède également une particularité : depuis la réouverture de Notre-Dame, cette mémoire retrouve la cathédrale elle-même. Pendant les années de reconstruction consécutives à l’incendie, la messe anniversaire avait notamment été accueillie à Saint-Germain-l’Auxerrois.
Notre-Dame rappelle à cette occasion que l’histoire de Paris est aussi une histoire « faite de foi et d’espérance ». Quatre-vingt-deux ans après, cette messe maintient ainsi le souvenir de ceux qui participèrent à la Libération, des victimes de la guerre et de cette journée où, au milieu d’une capitale encore parcourue de coups de feu, le Magnificat résonna sous les voûtes de Notre-Dame.


