Il faut désormais parfois signer avant de prier. À Mumbai et dans plusieurs villes voisines du Maharashtra, dans l’ouest de l’Inde, des communautés chrétiennes font remplir depuis plusieurs semaines des « self-declaration forms » aux personnes assistant à leurs réunions de prière. La pratique, documentée le 25 août par The Indian Express, a notamment été constatée à Mumbai, Vasai, Virar, Mira-Bhayandar, Thane et Palghar. Le participant certifie être venu de son « propre choix », sans pression, menace ou incitation, et affirme que sa présence résulte d’une décision « personnelle, volontaire et indépendante ».
Certains formulaires réclament même une photographie d’identité ainsi qu’un numéro Aadhaar – le système indien d’identification biométrique – ou un numéro PAN, utilisé notamment par l’administration fiscale. Les documents, disponibles en anglais, marathi et hindi, sont ensuite conservés par les responsables religieux.Ils ne sont pas imposés par l’administration. Ce sont les communautés chrétiennes elles-mêmes qui ont décidé de constituer ces preuves afin de pouvoir démontrer, en cas d’accusation de conversion forcée, que les personnes présentes étaient venues librement.
Cette prudence répond à des incidents précis.Le 12 avril 2026, à Vasai East, une réunion de prière organisée au Dhiraj Shopping Centre, qui rassemblait entre 100 et 150 personnes, a été interrompue par un groupe comprenant des membres du Bajrang Dal, organisation nationaliste hindoue. Des accusations de conversions religieuses ont été lancées. À la suite de cet épisode, cinq FIR (First Information Reports), les actes par lesquels la police indienne enregistre officiellement une infraction présumée et engage une procédure, ont été déposés : quatre visaient l’organisateur de la réunion et un concernait ceux qui avaient perturbé le rassemblement.Entre avril et juillet, cinq incidents survenus lors de réunions de prière dans la région ont ainsi donné lieu à neuf FIR. Certains lieux de culte ont depuis installé des caméras de vidéosurveillance.À la New Hope Church de Virar, le pasteur Steven Rosario, 49 ans, a récemment distribué ces formulaires à une trentaine de personnes présentes à l’office dominical. Une grille métallique a également été installée à l’entrée et reste fermée pendant la prière. Le phénomène prend une dimension particulière avec l’entrée en application, ce 28 août, de la nouvelle législation du Maharashtra contre les conversions religieuses.
Le texte interdit les conversions obtenues par la force, la fraude, la coercition, la menace, « l’influence indue » ou l’incitation. C’est notamment l’étendue de cette dernière notion qui inquiète les chrétiens, qui redoutent qu’une activité missionnaire, une aide apportée à une personne démunie ou une invitation à une réunion puisse être interprétée comme une tentative de conversion.
Les sanctions peuvent atteindre sept années d’emprisonnement et jusqu’à dix ans en cas de récidive. Le Maharashtra devient ainsi le 13e État indien à adopter une législation de ce type.Le père Nigel Barrett, porte-parole de l’archidiocèse catholique de Bombay, considère les déclarations signées comme une « sage précaution ». Même si leur utilisation semble pour l’instant surtout répandue dans des communautés protestantes ou évangéliques, l’inquiétude concerne donc plus largement les chrétiens de la région.
Une fidèle de Virar, Anita Patel, 55 ans, expliquait ainsi pratiquer le christianisme depuis seize ans sans avoir jamais dû produire un tel document. Pour elle, devoir désormais attester par écrit qu’elle prie volontairement donne le sentiment que la liberté de pratiquer la religion de son choix se réduit.Dans le Maharashtra, qui compte environ 130 millions d’habitants, la situation aboutit ainsi à un paradoxe saisissant : pour se protéger d’une accusation de conversion forcée, des chrétiens en viennent à conserver formulaires, photographies et numéros d’identification afin de pouvoir prouver qu’un homme ou une femme a simplement franchi librement la porte d’un lieu de prière.


