Ce mardi 1er septembre 2026 marque une nouvelle étape dans le traitement des violences sexuelles au sein de l’Église de France. L’Instance nationale indépendante d’accompagnement des victimes dans l’Église (Iniave) entre officiellement en fonction, au lendemain de la fin du mandat de l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr). L’Iniave s’inscrit dans le dispositif « Renaître », voté par les évêques en mars dernier. Renaître désigne le dispositif d’ensemble, associant les cellules diocésaines d’accueil et d’écoute et cette nouvelle instance nationale indépendante. L’Iniave accompagne les personnes ayant subi, lorsqu’elles étaient mineures, des violences sexuelles commises par un clerc ou un laïc missionné par un évêque et souhaitant entreprendre des démarches restauratives.
Contrairement à l’Inirr, dont le mandat était limité dans le temps, l’Iniave est permanente. Financée par une cotisation obligatoire de tous les diocèses de France, elle coordonnera un réseau national d’accompagnants et élaborera sa charte éthique, son programme de formation et son référentiel d’accompagnement. Un groupe témoin de personnes victimes sera associé à ce travail.
La présidence est confiée à Sophie Darbois, magistrate honoraire. Entrée à l’École nationale de la magistrature en 1981, elle a effectué toute sa carrière comme magistrate du siège avant de rejoindre la Cour de cassation, où elle a terminé comme conseiller doyen de la chambre commerciale, financière et économique.Son expérience touche directement à sa nouvelle mission : assesseur en correctionnelle et en cour d’assises puis présidente d’un tribunal correctionnel, elle a jugé pendant plusieurs années des dossiers de violences sexuelles. Elle a également été juge des tutelles et juge aux affaires familiales et a siégé jusqu’en août 2026 au Collège de déontologie des magistrats.
Stéphane Jacquot devient secrétaire général et porte-parole. Juriste diplômé de Panthéon-Sorbonne et de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, il est passé par le ministère de l’Intérieur, le Conseil d’État et le ministère de l’Agriculture. Spécialiste de la justice restaurative, il a fondé en 2010 l’Association nationale de la justice réparatrice et a participé aux travaux de reconnaissance et de réparation concernant les Harkis. Membre associé de l’Inirr, il est également maire-adjoint de la municipalité socialiste de Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, et conseiller territorial.
Anne-Isabelle de Prin, secrétaire générale adjointe, apporte une longue expérience de l’accompagnement des personnes vulnérables. Après une mission humanitaire en Argentine, elle a travaillé neuf ans au sein d’Aux captifs, la libération, auprès notamment de personnes en grande précarité et en situation de prostitution.Diplômée de l’ESSEC, elle a ensuite exercé des fonctions de direction dans le secteur associatif et dirigé des équipes intervenant auprès de victimes de violences comme d’auteurs d’infractions, en partenariat avec les autorités judiciaires et les collectivités territoriales.
Rappelons que la gravité des crimes commis ne saurait être relativisée. Mais la Ciase estimait entre 2,5 % et 2,8 % la proportion de prêtres et religieux hommes auteurs de violences sexuelles sur mineurs au cours de la période étudiée. Une minorité criminelle dont les actes ont pourtant fait retomber l’opprobre sur toute l’Église et sur des milliers de prêtres n’ayant jamais commis le moindre abus. Précisons également que les estimations globales de la Ciase ont par ailleurs suscité des discussions méthodologiques. Le rappeler ne revient ni à nier les crimes ni à diminuer la souffrance des victimes, mais à éviter que des chiffres complexes soient transformés en condamnation indistincte de toute une institution.
Pourtant certaines associations de victimes portent encore un regard très critique sur les dispositifs ecclésiaux. Leur vigilance est légitime. Mais leur objet même les conduit naturellement à maintenir la question des abus au premier plan : cela ne signifie pas que chacune de leurs critiques soit nécessairement incontestable. Le chemin accompli reste considérable : commission indépendante, investigation historique, reconnaissance des responsabilités, mécanismes de réparation et désormais accompagnement permanent confié à une instance indépendante. Les violences contre les mineurs existent pourtant bien au-delà de l’Église : dans les familles, mais aussi à l’école, dans le périscolaire, les clubs sportifs ou le monde associatif. Ces univers mériteraient eux aussi d’être examinés avec la même constance et la même exigence de transparence.
L’Église devait accomplir ce travail. Elle l’a fait et décide aujourd’hui de le poursuivre dans la durée. Après avoir exigé – à juste titre – la vérité de l’Église, il serait cohérent de l’exiger partout avec la même détermination.


