Le geste n’a duré que quelques secondes. Le mercredi 26 août 2026, un incendie ravage la nursery du Pakistan Institute of Medical Sciences (PIMS), l’un des principaux hôpitaux publics d’Islamabad. Quinze nouveau-nés se trouvent alors dans le service. Quatorze vont mourir. Un seul survivra.Ce bébé doit la vie à Razia Noreen, une infirmière chrétienne qui, alors que le feu et la fumée envahissent les lieux, pénètre dans la nursery pour tenter de sauver les enfants.

Les images de vidéosurveillance ont depuis documenté son geste. L’infirmière entre dans le service en flammes et en ressort presque immédiatement avec un nouveau-né dans les bras. Selon les éléments de l’enquête cités par l’Associated Press, huit secondes seulement se seraient écoulées entre son entrée et sa sortie avec l’enfant.Elle veut pourtant y retourner. Les flammes et l’épaisse fumée rendent désormais toute nouvelle tentative impossible. En l’espace d’environ deux minutes, les conditions à l’intérieur de la nursery sont devenues insoutenables. Le bilan est effroyable : quatorze nouveau-nés meurent dans la catastrophe. L’enfant porté hors du brasier par Razia Noreen est le seul survivant.
Depuis le drame, l’infirmière refuse pourtant de se présenter comme une héroïne. Elle explique avoir simplement accompli son devoir et évoque son attachement aux enfants dont elle a la charge. Mais elle reste profondément marquée par ceux qu’elle n’a pas réussi à sauver. « Je n’arrive pas à dormir. Ces bébés m’empêchent de dormir », a-t-elle confié à la télévision pakistanaise.
Son courage a provoqué une émotion considérable au Pakistan. Le 29 août, le Premier ministre Shehbaz Sharif a annoncé que Razia Noreen recevrait le Sitara-i-Khidmat, l’« Étoile du service », distinction civile accordée pour des services exceptionnels rendus à la nation. Une récompense de 10 millions de roupies lui a également été accordée. Le gouvernement a salué une femme ayant mis sa propre existence en danger pour sauver celle d’un enfant. La reconnaissance prend une dimension particulière dans un pays musulman où les chrétiens ne représentent qu’une petite minorité de la population et sont régulièrement confrontés à des discriminations et à des violences. Une infirmière chrétienne est ainsi devenue, en quelques secondes, l’un des visages du courage célébrés par tout un pays.
L’héroïsme de Razia Noreen ne saurait cependant faire oublier les circonstances du drame. L’enquête ordonnée par les autorités a révélé de graves défaillances dans la sécurité de l’hôpital et dans la gestion de l’incendie. Huit responsables ont été suspendus et des procédures disciplinaires ainsi que d’éventuelles poursuites pénales ont été annoncées. Le gouvernement a par ailleurs prévu une indemnisation de cinq millions de roupies pour chacune des familles endeuillées. L’Église catholique du Pakistan s’est associée au deuil national. Dans l’archidiocèse d’Islamabad-Rawalpindi, des catholiques ont prié pour les quatorze enfants morts et leurs familles. Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi, a exprimé la proximité de l’Église avec les parents et appelé à tirer toutes les conséquences de cette catastrophe afin de renforcer la sécurité dans les établissements hospitaliers.
Au milieu de ce drame demeure ainsi l’image d’une femme courant vers le danger lorsque tout invitait à le fuir : Razia Noreen, infirmière chrétienne, portant dans ses bras l’unique enfant qui devait sortir vivant de la nursery.


