« La liturgie n’appartient pas au prêtre qui célèbre, au groupe qui la prépare ou à la communauté particulière qui y participe. La liturgie appartient au Christ et à l’Église. » En quelques mots, Monseigneur Aurelio García Macías vient de rappeler le principe qui doit gouverner toute réflexion sur l’inculturation liturgique. La messe n’est pas une matière disponible que chaque communauté pourrait remodeler selon ses goûts, ses habitudes ou ses revendications identitaires. Elle est une action du Christ confiée à l’Église, reçue dans des rites et des prières que nul ne peut s’approprier.
🌍 ✝️ "Ils vont tuer l'Eglise avec ça": Le cardinal Robert Sarah dénonce les dérives liturgiques en Afrique
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) November 22, 2025
⚡️Ce n’est pas la vitalité africaine qui s’exprime, mais une confusion entre l’expression culturelle et le langage sacré de la liturgie@Card_R_Sarah
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Le sous-secrétaire du Dicastère pour le Culte divin ne rejette pas l’inculturation. Il en donne au contraire une définition exigeante, dégagée des simplifications qui la réduisent trop souvent à l’introduction d’éléments locaux dans la célébration. « Il ne suffit pas d’ajouter un chant traditionnel, d’introduire une danse, d’utiliser un instrument de musique local ou de traduire un texte », prévient-il. Une messe ne devient pas authentiquement africaine, asiatique ou océanienne par l’accumulation de signes extérieurs supposés représenter une culture.
L’inculturation véritable se produit lorsque le mystère chrétien rencontre une culture en profondeur, assume ce qu’elle contient de vrai, de bon et de beau, mais la soumet également au jugement de l’Évangile. Car « aucune culture n’est l’Évangile ».
Toutes portent les traces de la recherche humaine de Dieu, mais toutes sont également blessées par le péché. Cela vaut pour les cultures missionnaires comme pour la culture européenne contemporaine, qui ne saurait davantage être considérée comme une norme absolue. Monseigneur García Macías résume cette relation par une formule d’une grande justesse : « L’Évangile accueille et purifie, assume et transforme, confirme et corrige, élève et, lorsque cela est nécessaire, demande une rupture. » L’inculturation ne place donc jamais la Révélation et les coutumes humaines sur un pied d’égalité. La culture offre une langue à l’annonce du Christ ; elle ne fournit pas la mesure du mystère chrétien.
Cette distinction devient particulièrement importante dans la liturgie. Une coutume ne peut y être admise uniquement parce qu’elle est ancienne, populaire ou spectaculaire. « La liturgie n’est pas une représentation culturelle », souligne le prélat espagnol. Un élément local n’y trouve légitimement sa place que s’il sert le mystère célébré, aide les fidèles à y participer intérieurement et demeure compatible avec la foi de l’Église. Trois dérives doivent dès lors être évitées : l’innovation inutile, le syncrétisme et le folklore. Le syncrétisme mêle au culte chrétien des croyances ou des rites incompatibles avec lui. Le folklore transforme la célébration en manifestation identitaire. Quant à l’innovation permanente, elle fait dépendre la liturgie de la sensibilité du célébrant ou de l’enthousiasme d’un groupe. Or l’inculturation « ne peut pas être improvisée » et encore moins être décidée à partir d’une seule célébration jugée réussie. Elle exige prière, discernement, compétence, maturation et approbation de l’autorité ecclésiale.
Ces propos rejoignent l’avertissement lancé par le cardinal Robert Sarah lors de son entretien accordé à Tribune Chrétienne en octobre 2025. Visionnant des images de prêtres et d’évêques africains dansant devant l’autel, l’ancien préfet du Dicastère pour le Culte divin avait vivement réagi : « Ce n’est pas de la musique sacrée, ça. Ils vont tuer l’Église avec ça. » Son jugement ne visait nullement la culture africaine comme telle, mais la confusion entre la vitalité d’un peuple et le langage propre de l’action sacrée. L’enjeu dépasse en effet l’opposition caricaturale entre immobilisme et créativité. La liturgie ne doit devenir ni « un musée de formes immuables », ni « un laboratoire permanent », avertit Monseigneur García Macías. Elle possède une continuité organique parce qu’elle transmet une foi reçue et rend présent un mystère qui ne nous appartient pas.
Même célébrée dans le village le plus éloigné, l’Eucharistie demeure une action de toute l’Église. La communauté n’est jamais enfermée dans sa culture particulière : elle célèbre en communion avec son évêque, avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle. La diversité des expressions peut enrichir cette communion ; elle ne peut la fragmenter. La dernière affirmation de Monseigneur García Macías donne finalement la clé de tout discernement : « La liturgie n’est pas notre œuvre. C’est le Christ qui continue d’agir dans son Église. » L’inculturation est féconde lorsqu’elle permet à un peuple de reconnaître que le Christ ne lui est pas étranger. Elle devient une dénaturation lorsqu’elle finit par rendre le mystère étranger à la liturgie elle-même.


