Martyre à Alésia, en Côte-d’Or (+ 252)
Fêtée le 7 septembre
Sur la terre d’Alésia, restée dans l’histoire comme le lieu de la défaite de Vercingétorix devant César, une autre mémoire s’est enracinée quelques siècles plus tard : celle de sainte Reine, jeune chrétienne vénérée comme martyre depuis les premiers siècles de l’Église en Gaule.
L’existence historique de Reine demeure entourée d’incertitudes. Les récits détaillés de son martyre qui nous sont parvenus sont tardifs et ne peuvent être considérés comme des documents historiques fiables. En revanche, l’ancienneté de son culte à Alésia, l’actuelle Alise-Sainte-Reine en Côte-d’Or, est solidement attestée. Des témoignages archéologiques permettent de le faire remonter à l’Antiquité tardive et son nom figure au 7 septembre dans le Martyrologe hiéronymien. Une basilique fut également édifiée à Alésia autour de la mémoire de la martyre.
La tradition situe son martyre au IIIe siècle, généralement autour de l’année 252, à une époque où les chrétiens pouvaient être contraints de manifester leur fidélité aux cultes païens. Reine aurait été une très jeune fille, élevée dans la foi chrétienne. Remarquée par un haut responsable romain nommé Olibrius, elle aurait refusé ses avances et, surtout, refusé de renier le Christ et de sacrifier aux dieux païens.
Selon le récit transmis au cours des siècles, ni les promesses ni les menaces ne parvinrent à la faire céder. Emprisonnée puis soumise à différents supplices, elle aurait maintenu sa profession de foi jusqu’à être finalement décapitée. La tradition rapporte plusieurs signes miraculeux accompagnant son martyre, notamment l’apparition d’une colombe portant une couronne, symbole de la victoire promise au martyr qui demeure fidèle au Christ.
Derrière les développements légendaires apparaît ainsi le cœur de la mémoire chrétienne de Reine : une jeune femme qui préfère perdre la vie plutôt que renier sa foi. Dans le christianisme ancien, le martyr n’est pas d’abord celui qui recherche la souffrance ou la mort. Le mot grec « martys » signifie « témoin ». Le martyr est celui qui, placé devant l’alternative entre l’apostasie et la fidélité au Christ, choisit de témoigner jusqu’au bout.
Le lieu lui-même donne à cette histoire une résonance particulière. Alésia porte la mémoire de la conquête romaine de la Gaule ; la tradition chrétienne y a conservé celle d’une jeune Gallo-Romaine refusant, trois siècles plus tard, de soumettre sa conscience religieuse aux exigences du pouvoir. Deux histoires très différentes se rencontrent ainsi sur le mont Auxois : celle de la puissance de Rome et celle d’une foi qui ne se mesure précisément pas à la puissance terrestre. Le culte de sainte Reine traversa les siècles. Des objets liturgiques datés de la fin du IVe siècle et portant notamment le nom Regina constituent un témoignage archéologique remarquable de cette ancienneté. Au IXe siècle, en 866, ses reliques furent transférées à l’abbaye voisine de Flavigny-sur-Ozerain. Le pèlerinage d’Alise connut ensuite une grande popularité, particulièrement aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Une source associée à la sainte devint également un lieu de dévotion. Sa mémoire s’est tellement identifiée à celle du territoire que l’ancienne Alise porte aujourd’hui le nom d’Alise-Sainte-Reine. La tradition locale a aussi conservé pendant des siècles un « Mystère de sainte Reine », représentation théâtrale racontant son martyre. Plus de dix-sept siècles après sa mort, la jeune martyre d’Alésia rappelle ainsi une conviction centrale des premiers chrétiens : il existe une fidélité au Christ que ni la contrainte, ni la menace, ni même la perspective de la mort ne peuvent acheter.
Sainte Reine, priez pour nous.


