Les paroles de Monseigneur Renzo Pegoraro, président de l’Académie pontificale pour la vie, ne peuvent qu’étonner et inquiéter. Interrogé par le quotidien italien Avvenire sur la récente loi adoptée en Vénétie et sur l’éventualité d’une législation nationale italienne relative au suicide assisté, le prélat a certes rappelé la nécessité de développer les soins et de ne pas abandonner les personnes souffrantes. Mais il a aussi ouvert la porte à une logique autrement plus préoccupante.
Précisons que l’expression même de « suicide assisté » est d’ailleurs trompeuse. Elle donne à croire que l’on parlerait d’un geste médical, d’un accompagnement ou d’une réponse compassionnelle. Il s’agit pourtant bien d’un suicide : une personne met fin à ses jours, avec l’aide active d’un tiers, de professionnels et d’un cadre organisé par la société. Ajouter le mot « assisté » ne change rien à la réalité de l’acte ; cela contribue seulement à en adoucir la perception.
Selon Monseigneur Pegoraro, les catholiques devraient se demander si une éventuelle loi, quoique « imparfaite », pourrait recevoir leur assentiment, dans la mesure où elle empêcherait l’adoption ultérieure d’un texte plus permissif et plus attentatoire encore à la dignité du malade.
La formulation est prudente, mais son sens est limpide : il deviendrait envisageable de soutenir une loi organisant le suicide assisté si celle-ci était présentée comme plus restrictive qu’une autre.
Cette logique du « moindre mal » est précisément celle que la conscience chrétienne ne peut accepter lorsqu’il s’agit d’un acte intrinsèquement injuste. Il est toujours légitime de chercher à limiter les dégâts d’une loi mauvaise déjà en vigueur ou d’empêcher que ses dispositions ne soient aggravées. Mais il est tout autre chose de voter, d’approuver ou de promouvoir une loi qui introduit dans le droit le principe même de l’aide au suicide. L’enseignement de l’Église ne laisse ici aucune place à l’ambiguïté. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme que le suicide est gravement contraire à l’amour dû à soi-même, au prochain et à Dieu. Il condamne également la coopération volontaire au suicide. Jean-Paul II, dans Evangelium vitae, rappelle avec force que l’euthanasie constitue une « grave violation de la loi de Dieu », en tant qu’élimination délibérée d’une personne humaine. Il ne peut donc exister de suicide assisté devenu moralement acceptable par le simple jeu de garanties procédurales ou de critères plus stricts.
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On invoquera naturellement le numéro 73 d’Evangelium vitae, souvent cité dans ces débats. Saint Jean-Paul II y explique qu’un parlementaire peut licitement soutenir des initiatives destinées à limiter les effets nocifs d’une loi injuste, lorsqu’il est impossible de la supprimer totalement. Mais ce texte ne donne nullement un blanc-seing pour voter une nouvelle loi légalisant ce qui ne l’était pas. Réduire un mal déjà consacré par le droit n’est pas la même chose que contribuer à faire entrer, pour la première fois, l’aide au suicide dans l’arsenal légal d’un pays. L’expérience des dernières décennies devrait pourtant inviter à la lucidité. Les garde-fous présentés comme infranchissables au moment de l’adoption d’une loi finissent presque toujours par être contestés, puis écartés. En matière d’avortement, de procréation artificielle ou de fin de vie, chaque texte prétendument limité est devenu le point de départ de revendications nouvelles. Dès lors que le principe est admis – ici, qu’une personne puisse recevoir l’aide d’autrui pour mourir – les restrictions apparaissent rapidement comme des discriminations ou des obstacles injustifiés.
Ce qui est en jeu dépasse donc une discussion juridique italienne. Lorsque le président de l’Académie pontificale pour la vie s’exprime, ses paroles portent bien au-delà de Rome. Elles sont scrutées par les parlementaires, les médias et tous ceux qui cherchent à faire croire qu’il serait désormais possible de concilier la foi catholique avec une légalisation encadrée du suicide assisté. Or l’Église ne peut se contenter d’accompagner les évolutions d’une culture qui désespère de la souffrance et présente la mort comme une solution. Sa mission est de rappeler que toute vie, même fragile, malade, dépendante ou proche de son terme, possède une dignité inaliénable. La véritable compassion ne consiste jamais à aider quelqu’un à mourir, mais à ne pas le laisser seul, à soulager sa douleur et à l’entourer jusqu’au bout.


