L’anecdote rapportée à Tribune Chrétienne mérite d’être entendue. Un lecteur du sud de la France affirme avoir croisé, dans la région toulonnaise, à la fin du mois d’août, une équipe qui sollicitait des dons au nom du Secours catholique. Les bénévoles, jeunes et souriants, portaient des tee-shirts orange et un badge bleu aux couleurs de l’association dont le siège se trouve rue du Bac à Paris (106) .
Selon lui, tous les bénévoles présents étaient musulmans et ils ne s’en cachaient nullement. Disons-le d’emblée : ce seul fait ne saurait constituer un reproche. Il n’est évidemment pas interdit à des musulmans, à des juifs, à des athées ou à des personnes de toute conviction de servir les plus pauvres au sein d’une association née dans l’Église. La charité chrétienne n’est ni un entre-soi ni un privilège réservé à quelques-uns. Elle s’adresse à tous et peut rassembler largement autour du secours apporté aux plus fragiles.
Il est toutefois permis de s’interroger lorsqu’une œuvre qui porte le nom de « catholique », qui sollicite la générosité des fidèles et qui est historiquement liée à l’Église, semble ne plus être en mesure d’exprimer clairement ce qui fonde son identité.
L’interrogation ne vise pas les personnes engagées dans cette collecte. Elle porte sur la manière dont une institution se présente, sur ce qu’elle transmet à ses équipes et sur la fidélité de son action à sa mission originelle.
Selon le témoignage reçu, notre lecteur a demandé aux bénévoles ce qu’ils pensaient de Jésus-Christ. Ils lui auraient alors répondu : « Nous respectons Jésus, mais ce n’est pas pareil. » Puis ils auraient ajouté que le Secours catholique était « comme le Secours islamique » et « qu’il avait été catholique à ses débuts », mais que, désormais, « ce n’est plus pareil ».
Si ces propos ont été fidèlement rapportés, ils sont particulièrement révélateurs. Ils ne disent pas seulement qu’une équipe de rue a été mal formée ou qu’une personne s’est exprimée avec maladresse. Ils donnent l’impression d’une identité devenue floue, presque interchangeable, comme si le mot « catholique » n’était plus qu’un élément de patrimoine ou une appellation conservée par habitude.
Or le Secours catholique ne peut être réduit à une association humanitaire parmi d’autres. Fondé en 1946 par l’abbé Jean Rodhain, membre du réseau Caritas Internationalis et reconnu par l’Église de France, il a été créé pour vivre et organiser la charité chrétienne. Sa raison d’être est enracinée dans l’Évangile : servir le pauvre parce que le Christ s’est identifié à lui. « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », dit Jésus dans l’Évangile de saint Matthieu.
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Cette origine n’interdit ni la coopération avec tous mais elle impose en revanche une cohérence. Une œuvre catholique n’a pas à masquer ce qu’elle est pour paraître plus acceptable dans l’espace public.
Elle ne peut se transformer en structure principalement militante, engagée dans des campagnes sociales ou politiques dont on peut respecter les positions, tout en se demandant ce qu’elles ont encore à voir avec son fondement chrétien.
Le problème est là. Depuis plusieurs années, le Secours catholique prend volontiers la parole sur les politiques publiques, la précarité, les migrations, le logement ou la participation électorale. Une association est naturellement libre de défendre ses convictions. Mais lorsqu’elle choisit de se situer de plus en plus comme un acteur militant du débat public, elle ne peut abandonner en même temps les références qui expliquent son existence et qui ont suscité, depuis des décennies, la confiance et les dons des catholiques.
Tribune Chrétienne a souhaité obtenir les explications du siège du Secours catholique sur le témoignage recueilli à Toulon et sur la formation de ses équipes de collecte. À l’heure où nous publions ces lignes, nos demandes sont restées sans réponse. Le service de communication aurait-il lui aussi été sacrifié dans le cadre du plan de restructuration de l’association ? Cette absence de réaction ne fait en tout cas qu’accentuer l’impression d’une organisation qui, à force de vouloir intervenir sur tous les terrains politiques et sociaux, semble ne plus très bien savoir où elle va.
Il ne s’agit pas de mettre en cause le dévouement des nombreux bénévoles du Secours catholique. Beaucoup accomplissent, souvent discrètement, un travail admirable auprès des personnes isolées, des familles en difficulté et des sans-abri. Mais il serait tout aussi imprudent de le balayer sans poser les questions qu’il soulève. Les responsables du Secours catholique devraient donc clarifier les choses. Quelle formation est donnée aux personnes qui collectent des dons en son nom ? Sont-elles capables d’expliquer ce que signifie le mot « catholique » ? Et l’association entend-elle toujours affirmer sans gêne que la charité qu’elle exerce puise sa source dans le Christ ?
Car une œuvre qui cesse de dire ce qu’elle est finit toujours par ne plus savoir pourquoi elle agit.


