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Cardinal Sarah : « Tout ce qui nous fait du bien n’est pas adapté au culte »

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Dans son livre consacré à la musique sacrée, attendu en français le 4 novembre chez Artège, le cardinal Robert Sarah appelle à retrouver le sens de l’adoration. Une réflexion accompagnée d’une mise en garde contre l’hostilité envers les fidèles attachés à la liturgie ancienne

Une mélodie familière et une assemblée enthousiaste suffisent-elles à faire une musique liturgique ? « Tout ce qui nous fait du bien n’est pas adapté au culte », répond le cardinal Robert Sarah. Une musique ressemblant à celle de la vie quotidienne peut procurer du plaisir sans disposer nécessairement à la prière. Derrière cette distinction se pose une question essentielle : venons-nous à la messe pour retrouver nos habitudes ou pour nous laisser conduire vers Dieu ?

Dans Il Cantico dell’Agnello Musica sacra e liturgia celeste, publié chez Cantagalli, l’ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin dialogue avec Peter Carter, directeur du Catholic Sacred Music Project. Préfacé par le cardinal Malcolm Ranjith, l’ouvrage paraîtra en français le 4 novembre 2026 chez Artège, sous le titre Le Chant de l’Agneau. Musique sacrée et liturgie céleste. Sa réflexion dépasse les choix de répertoire : elle interroge notre compréhension de la célébration.

« La liturgie ne naît pas comme une invention ou comme une activité humaine, mais comme opus Trinitatis », écrit Son Eminence Sarah, précisant qu’elle est l’œuvre de la Trinité. Elle ne saurait donc être réduite à ce que l’assemblée organise ou produit.

Les fidèles participent à l’offrande du Fils au Père. Cette priorité divine commande aussi la place de la musique : sa vocation est de servir une action sacrée qui la précède et la dépasse. Le cardinal refuse ainsi d’en faire un simple ornement. La musique sacrée, lorsqu’elle est un art véritable, est « comme une épiphanie : une manifestation divine à travers la révélation de la Beauté ». Dans le sillage de Joseph Ratzinger, il souligne sa capacité à toucher des profondeurs que les paroles seules n’atteignent pas. Elle doit orienter les âmes vers Dieu, sans attirer l’attention sur les musiciens ou leur virtuosité.

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Cette conviction s’enracine dans son parcours. Au petit séminaire Saint-Augustin, en Côte d’Ivoire, où il entre à douze ans, le père Pierre Messner lui enseigne le solfège, le grégorien et la polyphonie. Plus tard, au grand séminaire de Nancy, le chant nourrit sa vocation sacerdotale. Le Credo lui fait particulièrement éprouver la communion avec les générations qui ont professé la même foi, parfois jusqu’au martyre. Pour le prélat africain , le patrimoine musical de l’Église possède une portée universelle.

Le cardinal Sarah reprend les critères énoncés par saint Pie X en 1903 : sainteté, qualité des formes et universalité. Il apporte une nuance importante : une musique peut être belle, nourrir la dévotion personnelle et néanmoins ne pas convenir à la liturgie. Distinguer le sacré du profane ne signifie pas condamner toute musique extérieure à l’église. Il s’agit de discerner ce qui sert le culte, en acceptant que nos préférences ne constituent pas son unique mesure. Dans un entretien accordé à Nico Spuntoni, publié par Il Giornale le 27 août, cette réflexion prend un tour plus incisif. L’aversion envers le latin et le grégorien lui paraît « plus psychologique que réellement fondée ». Sur la messe ancienne, il affirme : « De nombreux prêtres témoignent que la découverte de la forme extraordinaire les a aidés à mieux célébrer. » Il précise cependant que les abus liturgiques, aussi graves soient-ils, ne doivent jamais être identifiés à la forme ordinaire elle-même.

Enfin, le cardinal critique les restrictions de Traditionis custodes, qui ont interrompu la démarche de Benoît XVI : « Cela ne m’a pas semblé être un choix sage ni respectueux. » Aux fidèles parcourant de longues distances pour assister à la liturgie ancienne, il exprime son admiration. Son avertissement est ferme : « Nous ne pouvons pas, en tant qu’Église, faire la guerre à ceux qui participent dévotement à la messe, simplement parce qu’ils préfèrent une forme à une autre : c’est une attitude à courte vue et entièrement idéologique, donc ni pastorale ni chrétienne. » Du chant à l’accueil des fidèles, son exigence demeure : permettre à la liturgie de nourrir la foi et de conduire à l’adoration.

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