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Les évêques amis des Focolari à l’écoute d’un appel exigeant à l’unité chrétienne

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Le pape les a invités à répondre aux fractures du temps présent non par l’accumulation de projets, mais par un retour à la communion de la Trinité

Né durant la Seconde Guerre mondiale autour de Chiara Lubich, le mouvement des Focolari , officiellement appelé l’Œuvre de Marie, a fait de l’unité entre les hommes et les peuples l’un de ses charismes essentiels. C’est donc à un auditoire particulièrement attentif à cette question que Léon XIV s’est adressé, mercredi 9 septembre, dans la salle Clémentine du Vatican. Le propos du Saint-Père ne relève pas d’une exhortation abstraite à la concorde. Il part d’un constat particulièrement lucide : le monde est désormais marqué par une polarisation croissante, des divisions sociales et politiques, mais aussi, dans certains pays, par le racisme, l’intolérance religieuse et la violence. À l’heure où l’unité devient volontiers un slogan, Léon XIV en rappelle la source proprement chrétienne.

« La réponse aux tristes divisions qui affligent notre monde ne réside pas dans la formation de nouveaux comités ou le lancement de nouveaux projets, mais dans le retour à la source de notre unité dans la Sainte Trinité. » La formule est sans doute le cœur de cette allocution. Elle ne méprise ni les institutions ni les initiatives concrètes. Mais elle met en garde contre une tentation familière : celle de croire que les blessures spirituelles et morales d’une civilisation peuvent être réparées par la seule multiplication des structures.

L’unité selon l’Évangile ne se décrète pas. Elle ne procède pas davantage d’un compromis où chacun consentirait à taire ce qui le constitue. Elle naît de la vérité sur Dieu et sur l’homme. Créé à l’image du Dieu trinitaire, l’homme n’est pas fait pour l’isolement ; sa liberté s’accomplit dans le don, la relation et la communion.

Léon XIV s’arrête à cet égard sur le cas de l’Occident. Il décrit des sociétés où les liens de famille, d’amitié et de communauté, autrefois plus solides, sont fragilisés par l’individualisme. La liberté y est trop souvent présentée comme une « autonomie absolue », comme la possibilité de poursuivre son bonheur sans limites morales, naturelles ou même humaines.

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Le pape pointe alors un paradoxe très contemporain. Malgré l’exaltation permanente de la liberté individuelle, beaucoup se sentent moins libres d’être eux-mêmes, ou de suivre leurs idéaux les plus élevés. La peur du jugement, le désir de correspondre aux attentes du groupe, l’angoisse de ne pas être « à sa place » constituent autant de nouvelles formes de dépendance. Une société qui prétend libérer l’individu de tout lien peut, en réalité, le laisser plus seul et plus vulnérable.

C’est pourquoi le discours pontifical ne s’en tient pas à une analyse sociologique. Le Christ, explique Léon XIV, révèle le cœur du Père et, par là même, « le sens le plus profond de notre existence, de nos relations et le chemin du bonheur ». La communion avec Dieu n’est pas une dimension privée qui s’ajouterait ensuite à la vie sociale ; elle est la source de la communion entre les hommes. L’Église est ainsi appelée à être « signe et ferment d’unité » dans le monde. Cette définition est exigeante. Elle interdit à l’Église de se laisser enfermer dans les antagonismes qui divisent la société. Mais elle lui interdit aussi de confondre l’unité avec une vague bienveillance, ou avec l’effacement de la vérité révélée. L’unité chrétienne ne se construit pas contre la vérité ; elle en est l’un des fruits.

Le pape conclut par un appel direct aux évêques : « Nous devons devenir des contemplatifs ! » Là encore, il ne s’agit pas de fuir les responsabilités pastorales. La prière devant le tabernacle, la célébration attentive de l’Office et de l’Eucharistie, la contemplation du mystère trinitaire sont présentées comme la condition d’une paix durable. À une époque fascinée par l’efficacité immédiate, Léon XIV rappelle que l’action de l’Église ne porte du fruit qu’en demeurant enracinée dans Dieu.

Traduction intégrale ( Tc) de l’allocution du pape Léon XIV aux évêques amis du mouvement des Focolari

Salle Clémentine, mercredi 9 septembre 2026

« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

La paix soit avec vous !

Bonjour à tous et bienvenue !

Je vous salue chaleureusement, chers amis du mouvement des Focolari, réunis pour votre rencontre spirituelle. Je vous suis reconnaissant de votre visite aujourd’hui, qui exprime votre affection collégiale, et je vous remercie pour la fidélité de vos prières. C’est une joie pour moi de voir si nombreux parmi vous, venus de pays, de milieux et de situations sociales divers, réunis dans un même esprit sous l’égide de l’Œuvre de Marie. Ces paroles rassurantes de Notre-Seigneur viennent à l’esprit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20).

En effet, le thème choisi pour votre congrès, « témoigner de l’unité », est l’un des éléments essentiels du mouvement fondé par Chiara Lubich, et il est cher à mon cœur. À une époque tristement marquée par une polarisation croissante, le Seigneur lui a permis de témoigner à la fois du sens et du service de l’unité, devenant ainsi un signe pour son temps et pour les générations à venir.

Si telle était la mission de Chiara il y a quarante ans, elle est la nôtre aujourd’hui avec une urgence plus grande encore. Je pense aux situations sociales difficiles, aux circonstances et aux divisions que certains d’entre vous, mes frères, connaissent dans leurs pays : préjugés, racisme, intolérance religieuse, voire violence.

Je pense aussi à la situation ici, en Occident, désormais trop marquée par les effets de l’individualisme. Les réseaux autrefois stables de la famille, de l’amitié et de la communauté cèdent la place à une fragmentation plus grande, tandis que la liberté est de plus en plus présentée comme une autonomie absolue : la possibilité de poursuivre son bonheur sans limites morales, naturelles ni même humaines.

Et pourtant, nous observons un paradoxe. Malgré l’accent mis sur la liberté individuelle, les personnes se sentent aujourd’hui souvent moins libres d’être véritablement elles-mêmes ou de suivre leurs idéaux les plus élevés, par une crainte cachée d’être jugées ou de ne pas trouver leur place. En outre, cette perte d’ouverture aux autres, qui accroît le sentiment de désunion, finit par nous priver du bonheur pour lequel nous avons été créés. Car nous sommes faits à l’image du Dieu trinitaire, qui est lui-même communion de personnes : Père, Fils et Saint-Esprit.

En révélant le cœur du Père, le Christ nous montre le sens le plus profond de notre existence, de nos relations et le chemin du bonheur. Par le don de l’Esprit, nous sommes devenus enfants de Dieu, participants de la vie divine ; et de cette communion avec Dieu découle notre communion les uns avec les autres, comme frères et sœurs dans le Christ. Telle est l’Église : mystère de communion, signe et ferment d’unité pour notre monde.

En tant que participants à l’héritage spirituel de Chiara Lubich et ministres de l’Église du Christ dans un monde fragmenté, vous êtes appelés à témoigner de cette unité tant désirée de la famille humaine. La réponse aux tristes divisions qui affligent notre monde ne réside pas dans la formation de nouveaux comités ou le lancement de nouveaux projets, mais dans le retour à la source de notre unité dans la Sainte Trinité. Oui, nous devons devenir des contemplatifs !

Dans cet esprit, je vous encourage à profiter de ces jours vécus ensemble pour faire l’expérience de cette fraternité qui rappelle et confirme notre parenté dans le Christ. Ce sont des jours de grâce, passés avec ses frères dans l’épiscopat. Nous savons combien cela nous fait du bien. Je me réjouis donc que vous ayez trouvé dans l’Œuvre de Marie ce soutien spirituel. Qu’elle vous aide aussi à vivre la communion et la fraternité au sein de vos Conférences épiscopales respectives.

J’espère avant tout que vous saisirez cette occasion pour nourrir votre vie intérieure : par une prière généreuse et persévérante devant notre Seigneur au tabernacle, par une célébration calme et attentive de l’Office et de la sainte messe, enfin par la contemplation fréquente de la présence des Personnes de la Trinité au plus profond de notre être. De cette manière, vous serez les uns pour les autres, et pour ceux que vous servez, des témoins de cette unité qui construit une paix durable.

Pour conclure, je vous confie, ainsi que l’Œuvre de Marie, à l’intercession aimante de Notre-Dame, Mère de l’Église. À vous tous, j’accorde volontiers ma bénédiction apostolique, gage de joie et de paix dans le Christ notre Seigneur. Merci. »

Source Vatican

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