Au sommet de la colline de Fourvière, Lyon a renouvelé l’une de ses traditions les plus anciennes et les plus singulières. Mardi 8 septembre, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie, Alain Mérieux a remis l’écu d’or à Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon, au cours de la célébration du Vœu des Échevins, dans la basilique Notre-Dame de Fourvière.
Ce geste ne relève pas d’un simple cérémonial patrimonial. Il fait mémoire d’une promesse solennelle prononcée voici 383 ans, à un moment où la ville redoutait la peste. Le 8 septembre 1643, le prévôt des marchands – l’équivalent du maire – et les quatre échevins de Lyon montèrent en procession à Fourvière, accompagnés d’une foule de Lyonnais. Dans la chapelle de la Vierge, ils promirent de revenir chaque année assister à la messe et d’offrir un écu d’or ainsi qu’un cierge de sept livres de cire blanche, si la ville était épargnée.

Selon la tradition, le mal recula peu après et la cité fut préservée. Les représentants de Lyon tinrent alors leur engagement. Depuis cette date, le Vœu des Échevins est renouvelé chaque année, rappelant que l’histoire de Lyon est inséparable de sa dévotion mariale et de la figure de Notre-Dame de Fourvière.
La célébration s’est achevée par la bénédiction de la ville donnée par Monseigneur Olivier de Germay avec le Saint-Sacrement. Trois coups de canon ont annoncé ce moment, selon l’usage lyonnais. Dans une époque prompte à dissocier l’histoire civile de ses racines chrétiennes, la permanence de ce rite public demeure un signe fort : une grande ville française continue de rendre hommage à la Vierge Marie et de se souvenir du vœu qui l’unit à elle. Pour cette édition 2026, le choix d’Alain Mérieux revêtait une signification particulière. Président de l’Institut Mérieux, fondateur de BioMérieux et personnalité profondément liée à Lyon, l’industriel a accepté de représenter les Lyonnaises et les Lyonnais lors de la remise de l’écu. À 88 ans, il demeure l’une des grandes figures de l’entrepreneuriat et de la recherche biomédicale française.
« Lyon est la ville de mes racines, de ma famille et d’une grande partie de ce qui a donné du sens à ma vie », a-t-il déclaré en expliquant son acceptation de cette mission. Il a vu dans cette remise de l’écu une manière de témoigner de son attachement à la cité, mais aussi de rappeler l’importance de la solidarité dans « un monde fragmenté ».
Monseigneur Olivier de Germay a salué cet engagement, évoquant notamment l’action d’Alain Mérieux auprès des chrétiens d’Orient et des personnes sans-abri. À travers la Fondation Mérieux, le chef d’entreprise soutient depuis longtemps des programmes de lutte contre les maladies infectieuses et d’accès à la santé dans les pays les plus fragiles. Il est également à l’origine de L’Entreprise des Possibles, qui fédère des entreprises lyonnaises afin de venir en aide aux personnes vivant dans la rue.
Le choix d’une personnalité lyonnaise pour remettre la médaille s’inscrit dans une pratique désormais installée. Depuis 2020, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, ne participe plus au Vœu des Échevins, invoquant sa conception de la laïcité. La cérémonie ne disparaît pas pour autant : elle est portée par des Lyonnais qui acceptent de faire vivre cette mémoire, avec l’Église et le sanctuaire de Fourvière.
La question dépasse ainsi la seule absence d’un élu. Une tradition née d’une épreuve collective peut-elle encore trouver sa place dans l’espace public français ? À Lyon, la réponse se donne chaque 8 septembre. Le Vœu des Échevins ne prétend pas effacer la diversité des convictions ; il rappelle simplement qu’une cité ne se construit pas seulement avec des institutions et des infrastructures, mais aussi avec une mémoire, des actes de gratitude et une fidélité à ce qui l’a façonnée.


