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[Scandale de l’immeuble de Londres] « Le cardinal Becciu est certainement innocent », affirme l’ancien directeur de L’Osservatore Romano

Façade du 60, Sloane Avenue à Londres ( Depositphotos) - cardinal Becciu - capture
Façade du 60, Sloane Avenue à Londres ( Depositphotos) - cardinal Becciu - capture
Et si toute cette affaire relevait aussi d’une machination ? Dans un long entretien Giovanni Maria Vian, ancien directeur de L’Osservatore Romano, prend ouvertement la défense du cardinal Angelo Becciu

Giovanni Maria Vian n’est pas un observateur extérieur de la vie romaine. Directeur de L’Osservatore Romano pendant onze ans, de 2007 à 2018, professeur de philologie patristique à l’université La Sapienza, il a connu de près les pontificats de Benoît XVI et de François. Son éviction soudaine, en décembre 2018, sans explication qui lui ait jamais été donnée, explique sans doute une liberté de ton rare. Elle n’enlève rien au poids de son témoignage. À la question directe du journaliste Stefano Lorenzetto, « Considérez-vous le cardinal Becciu comme coupable ? », Vian répond sans la moindre hésitation : « Non, certainement innocent. »

Giovanni Maria Vian

Cette réponse tranche avec l’image publique construite autour de l’ancien substitut de la Secrétairerie d’État. Angelo Becciu a été privé par le pape François, en septembre 2020, de ses droits liés au cardinalat, puis condamné en première instance en décembre 2023 dans le dossier de l’investissement immobilier de Londres. Il a fait appel et continue de contester tant les accusations que les conditions dans lesquelles le procès a été conduit.

Il ne s’agit évidemment pas de proclamer une innocence judiciaire avant que les recours ne soient définitivement tranchés. Mais il est tout aussi abusif de présenter le cardinal comme définitivement coupable alors que le dossier demeure ouvert et que de sérieuses critiques ont été formulées sur la procédure, l’accès aux pièces et les règles exceptionnelles intervenues au cours de l’instruction. Vian parle d’un « véritable calvaire ». Il estime que le sort de Becciu est « une énigme où se mêlent des questions de caractère et de jalousies ». Surtout, il rapporte une confidence qui, si elle est exacte, est considérable. Après avoir retiré ses prérogatives cardinalices à Becciu, François lui aurait dit : « Quelqu’un te veut du mal. »

Cette phrase ne suffit pas à établir une cabale. Elle révèle cependant que le pape lui-même n’aurait pas exclu l’existence d’hostilités personnelles autour du cardinal. Or, dans une institution aussi resserrée que la Curie romaine, les inimitiés, les ambitions et les luttes d’influence peuvent peser lourdement, surtout lorsqu’elles rencontrent une volonté de réforme conduite sans toujours s’appuyer sur les médiations institutionnelles habituelles.

C’est ici que l’analyse de Vian devient plus large et plus sévère. Selon lui, François voulait démontrer qu’il ne faisait de faveur à personne. L’intention, en soi, pouvait être comprise : aucune fonction, aucune proximité avec le souverain pontife ne doit soustraire un responsable à la justice. Mais le souci de frapper fort et de donner un exemple ne doit jamais reléguer au second plan les droits de la défense, la présomption d’innocence et la rigueur procédurale.

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L’ancien directeur de L’Osservatore Romano pense également que l’affaire Becciu a servi à réduire l’influence de la Secrétairerie d’État, dont le cardinal avait été l’un des principaux responsables. « Ajoutez la volonté de minimiser la Secrétairerie d’État, affirme-t-il. Le cas Becciu a servi cet objectif. »

Là encore, Vian exprime son interprétation personnelle, non une vérité juridiquement démontrée. Mais elle s’inscrit dans une critique plus générale de la fin du pontificat François. Il reproche au pape argentin de s’être défié de la Curie, de s’être entouré de collaborateurs parfois « extravagants » et de les avoir tour à tour utilisés puis éloignés. Son verdict est brutal : « Résultat : le désordre dans le gouvernement. »

Vian voit même dans le choix de vivre à Sainte-Marthe plutôt qu’au palais apostolique autre chose qu’un simple geste de simplicité. À ses yeux, ce choix a conduit à l’effacement de « filtres institutionnels » patiemment élaborés au fil des siècles. En voulant mettre fin à la cour, François aurait, selon une formule romaine qu’il rapporte, « ouvert une cour de récréation ».

À l’inverse, Vian place beaucoup d’espoir dans Léon XIV. Il salue le retour d’une confiance accordée aux institutions permanentes de la Curie et la nomination de Paolo Rudelli comme substitut de la Secrétairerie d’État. « Les papes passent, mais la Curie demeure », résume-t-il. L’affaire Becciu est donc loin d’être achevée. Mais l’entretien de Giovanni Maria Vian oblige à poser une question dérangeante : l’ancien numéro trois du Vatican a-t-il été seulement jugé pour ses actes, ou a-t-il aussi payé le prix d’un système de gouvernement où la volonté de réforme, les rivalités et la défiance envers les institutions se sont dangereusement entremêlées ?

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