Depuis 2000 ans

Hautes-Alpes : l’État porte plainte après la mutilation de la croix du Vieux-Chaillol

capture Facebook
capture Facebook
Une décision qui reconnaît le caractère patrimonial et symbolique de ce signe chrétien, présent depuis plus d’un siècle et demi au sommet emblématique du Champsaur

Près d’un mois après la dégradation de la croix du pic du Vieux-Chaillol, retrouvée le 15 août avec l’un de ses bras scié, le préfet des Hautes-Alpes a déposé plainte au nom de l’État. Le 15 août dernier, fête de l’Assomption, des randonneurs découvraient avec stupeur la croix du Vieux-Chaillol, dans les Hautes-Alpes, abîmée au sommet de la montagne. L’un de ses bras horizontaux avait été coupé net, vraisemblablement à la scie. À 3 163 mètres d’altitude, le Vieux-Chaillol domine le Champsaur et constitue l’un des grands repères de cette vallée alpine. Une croix y est attestée depuis 1863.

Elle n’est donc pas un aménagement récent ni un simple décor posé au gré d’une initiative particulière. Elle appartient au paysage, à la mémoire et à l’histoire d’un pays de montagne où la foi chrétienne a longtemps rythmé les villages, les départs, les deuils et les saisons.

La dernière croix avait été bénite le 21 août 2024 par Monseigneur Xavier Malle, évêque de Gap et d’Embrun, devant une foule nombreuse. Elle avait été montée en trois morceaux par les membres de l’association de sauvegarde du canal de Malcros, avec l’eau et le ciment nécessaires à son installation. Elle prenait la suite d’autres croix emportées, au fil des ans, par la foudre et les intempéries. Cette fois, ce n’est pas la montagne qui a frappé. Le bras horizontal a été scié. Le geste est matériellement limité, mais sa portée est évidente. Il ne s’agit pas seulement d’un élément de bois dégradé au sommet d’un massif. C’est un signe de foi, d’histoire et de fraternité qui a été mutilé.

Dans son communiqué publié le 27 août, Mgr Xavier Malle avait choisi une parole à la fois ferme et apaisée. Il rappelait que les croix de montagne ont une « signification religieuse importante pour les chrétiens », mais qu’elles marquent également l’arrivée au sommet et permettent de se souvenir de ceux qui sont morts en montagne. Elles appartiennent donc aussi, dans une certaine mesure, à tous ceux qui vivent et aiment ces paysages. L’évêque de Gap et d’Embrun voyait dans le sciage du bras horizontal une atteinte symbolique à la fraternité. Pour les chrétiens, expliquait-il, le montant vertical de la croix renvoie au lien avec Dieu, tandis que le bras horizontal rappelle les bras ouverts du Christ et l’universalité de la fraternité humaine.

Il soulignait surtout une vérité que notre époque peine parfois à entendre : la laïcité ne commande pas l’effacement des signes religieux qui ont façonné l’histoire et les paysages français. Elle impose le respect des consciences, non l’amnésie collective. On ne demande à personne d’adhérer à la foi chrétienne en contemplant une croix de sommet. Mais personne ne devrait considérer que cette croix, parce qu’elle est chrétienne, peut être traitée avec mépris.

Après le signalement du diocèse sur la plateforme nationale dédiée aux actes antichrétiens, l’affaire prend désormais une dimension judiciaire. Le préfet des Hautes-Alpes, Philippe Bailbé, a déposé plainte au nom de l’État. Selon Le Dauphiné libéré, la préfecture rappelle précisément que cette croix, présente sur le sommet depuis 1863, relève du patrimoine local.Cette décision mérite d’être relevée. L’État ne se prononce pas ici sur une croyance. Il protège un bien et un héritage collectif dégradés. C’est exactement ce que devrait permettre une laïcité bien comprise : la neutralité des institutions n’est pas l’indifférence à l’égard de ce qui constitue la France.

Scier le bras d’une croix, au sommet d’une montagne où elle veille depuis des générations, n’est pas une simple dégradation sans signification. Le diocèse avait célébré une messe de réparation à Chaillol et appelé à prier pour les auteurs afin qu’ils mesurent la portée de leur acte. La plainte de l’État ajoute à cette réponse religieuse une exigence élémentaire de justice. Les croix de nos montagnes ne sont ni des provocations ni des objets honteux : elles sont des traces visibles de l’âme chrétienne de nos paysages.

Recevez chaque jour notre newsletter !