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« Être toujours plus profondément enracinés dans le Christ » : Léon XIV rappelle la mission prophétique de la vie monastique

Abbaye bénédictine du Mont-Cassin - Depositphotos
Abbaye bénédictine du Mont-Cassin - Depositphotos
Recevant ce samedi 12 septembre des représentants du monde monastique bénédictin venus de nombreux pays, Léon XIV a rappelé la force d’une vocation qui demeure, selon lui, un « grand signe et un don prophétique » pour notre temps

La vie monastique n’appartient pas au passé. C’est l’un des enseignements du discours prononcé ce samedi par Léon XIV devant des représentants du monde bénédictin réunis à Rome. Le Saint-Père a replacé leur vocation dans une histoire longue, mais surtout dans les besoins spirituels du temps présent.

Son exhortation centrale tient en quelques mots : être « toujours plus profondément enracinés dans le Christ » afin d’être « son témoignage vivant et priant à travers toute la terre ». Pour Léon XIV, cet enracinement constitue « un grand signe et un don prophétique », particulièrement nécessaire à une époque marquée, dit-il, par une « soif de vie authentique, de communion et de paix ». Le choix des mots est significatif. La vocation monastique n’est pas présentée comme la conservation d’un héritage ancien, mais comme une réponse actuelle à une société travaillée par la dispersion, l’agitation et la difficulté à construire une véritable communion. Le monastère rappelle, par son existence même, que l’homme ne se suffit pas à lui-même et que la fécondité d’une vie chrétienne se mesure d’abord à son union au Christ.

Léon XIV a d’ailleurs évoqué ses récents pèlerinages à Subiaco et au Mont-Cassin, deux lieux indissociables de saint Benoît et de l’histoire du monachisme occidental. Le Pape dit avoir été marqué par « le silence et la paix » de ces sanctuaires. Il reprend alors l’image évangélique de la petite graine devenue un grand arbre : ce qui avait commencé modestement avec saint Benoît a traversé les siècles et porté des fruits bien au-delà des monastères.

Le Saint-Père rappelle à ce propos une formule particulièrement forte de Paul VI. Dans sa lettre apostolique Pacis Nuntius de 1964, celui-ci décrivait saint Benoît et ses disciples comme ayant répandu, par la prière, l’étude et le travail, « avec la croix, le livre et la charrue », la civilisation et les valeurs spirituelles. Ces trois réalités résument une part essentielle de l’héritage bénédictin. La croix désigne l’enracinement dans le Christ ; le livre, la transmission et le travail de l’intelligence ; la charrue, le rapport concret au travail et à la création. La tradition monastique a ainsi contribué à façonner une civilisation dans laquelle la recherche de Dieu, la culture et le travail humain n’étaient pas conçus comme des réalités étrangères les unes aux autres.

Léon XIV insiste également sur une dimension moins visible mais théologiquement essentielle de la vocation monastique : son caractère caché. Il remercie les religieux pour leur « prière », leur « présence humble et silencieuse » et « l’offrande quotidienne et cachée » de leur vie.

Cette insistance mérite d’être relevée. Dans l’Église elle-même, la fécondité peut être tentée d’être appréciée selon les critères du nombre, de la visibilité ou de l’efficacité immédiate. La vie contemplative rappelle au contraire une vérité fondamentale de la tradition catholique : une existence consacrée à Dieu n’a pas besoin d’être publiquement spectaculaire pour être féconde. Le Pape salue enfin le développement de nouvelles possibilités de formation destinées notamment aux moniales bénédictines, à Rome comme à distance grâce aux outils numériques.

Mais l’essentiel de son message demeure ailleurs : dans cette invitation à retrouver la racine. Avant l’action, la prière ; avant la visibilité, la fidélité ; avant toute œuvre, l’union au Christ. C’est précisément parce qu’elle demeure attachée à cette source que la vie monastique peut encore, après quinze siècles d’histoire bénédictine, être présentée par Léon XIV comme un « don prophétique » pour le monde contemporain.

Texte intégral du discours de Léon XIV – traduction française TC

« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

La paix soit avec vous.

Chères sœurs,

[chers frères],

Je suis très heureux de vous rencontrer à l’occasion du symposium de la Communio Internationalis Benedictinarum, qui rassemble des représentants du monde monastique venus du monde entier. En saluant la Modératrice, ma pensée se tourne tout particulièrement vers l’Abbé-Primat, qui n’a pu être présent en raison des obligations découlant de ses responsabilités primatiales.

Votre travail est précieux. Depuis vingt-cinq ans, il poursuit le chemin de communion et de coordination qui avait été initié et promu par le pape Léon XIII pour la Confédération bénédictine, puis encouragé par le concile Vatican II dans le décret Perfectae Caritatis (cf. 22-23).

Ce chemin parcouru ensemble est d’autant plus important qu’il vise à vivre et à faire progresser le charisme bénédictin dans le monde entier, à travers une synodalité spirituelle qui fait de la singularité de chacun un trésor pour tous.

Parlant de saint Benoît, le pape François avait souligné l’importance d’« un cœur dilaté par l’ineffable douceur de l’amour » (Discours aux participants au Ve Congrès mondial des oblats bénédictins, 15 septembre 2023). Un tel cœur, disait-il, est annonciateur de la grâce, car ses racines sont si solides que l’arbre grandit bien, résiste aux ravages du temps et porte les fruits abondants de l’Évangile (cf. ibid.).

Moi aussi, j’ai récemment souhaité me rendre en pèlerin dans les monastères de Subiaco et du Mont-Cassin, et prier dans ces lieux qui revêtent une signification si profonde pour tout le Peuple de Dieu et pour notre histoire. Lorsque je repense au silence et à la paix de ces sanctuaires et que je vous vois ici aujourd’hui, je ne peux que me réjouir en constatant que, comme le dit l’Évangile, d’une petite graine a poussé un grand arbre (cf. Mt 13, 31-32). Une vigne s’est en effet étendue et « a rempli la terre » (Ps 80, 10), et elle a porté beaucoup de fruit parce que, comme aimait à le dire mon vénérable prédécesseur, elle est profondément enracinée dans le Seigneur (cf. Jn 15, 1-8).

Ainsi, en tant que [moines et] moniales venus de tant de pays différents, les efforts que vous accomplissez pour être toujours plus profondément enracinés dans le Christ et pour être son témoignage vivant et priant à travers toute la terre constituent un grand signe et un don prophétique.

Cela est particulièrement nécessaire à notre époque, marquée par une soif de vie authentique, de communion et de paix.

À cet égard, saint Paul VI présentait saint Benoît et ses disciples comme ceux qui, par la prière, l’étude et le travail, « avec la croix, le livre et la charrue », répandirent « la civilisation et […] les valeurs spirituelles » (Lettre apostolique Pacis Nuntius, 24 octobre 1964). Ils édifièrent ainsi, entre des peuples et des nations différents, une « unité qui, comme l’affirme saint Augustin, est “un exemple et un modèle de beauté absolue” » (ibid.).

En ce sens, il est donc tout à fait louable que vous soyez engagés dans un projet – à Rome et ailleurs grâce aux outils numériques – destiné à offrir de nouvelles possibilités de formation spécifiquement consacrées aux femmes de la vie monastique bénédictine.

Chères sœurs [et chers frères], je vous remercie pour tout ce que vous faites. Merci pour votre prière, pour votre présence humble et silencieuse, pour l’offrande quotidienne et cachée de vos vies, ainsi que pour l’accompagnement spirituel, la réflexion théologique et les valeurs communautaires que vous vivez et faites rayonner.

Je vous encourage à poursuivre votre engagement consacré au service de la communion, et je vous accorde à tous, de tout cœur, ma bénédiction. »

Source Vatican

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