Le pape Léon XIV a nommé ce samedi 12 septembre le père Mario León Dorado, O.M.I., archevêque coadjuteur de Rabat. À 52 ans, ce religieux espagnol, jusqu’ici préfet apostolique du Sahara occidental, n’était pas évêque : il devra donc recevoir l’ordination épiscopale. La portée de cette nomination est importante. Contrairement à un simple évêque auxiliaire, un coadjuteur possède, en vertu du droit canonique, le droit de succéder à l’archevêque diocésain lorsque le siège devient vacant. Mario León Dorado est donc désormais canoniquement appelé à devenir le prochain archevêque de Rabat.
Cette décision intervient dans le contexte délicat entourant le cardinal Cristóbal López Romero, 74 ans. Le 7 juillet, l’archevêque de Rabat avait annoncé sa mise en retrait des célébrations publiques et des activités pastorales après l’ouverture par l’Église d’une enquête préliminaire concernant des accusations de « comportements inappropriés envers des femmes adultes ». Les accusations émanent de cinq femmes. Le cardinal a assuré collaborer avec l’enquête et déclaré n’avoir commis « ni agression, ni violence, ni harcèlement sexuel ».
Mario León Dorado avait déjà été chargé en 2026 de l’administration apostolique de Rabat. Sa nomination comme coadjuteur va désormais plus loin : elle organise l’avenir du siège, sans constituer pour autant une conclusion de l’enquête concernant le cardinal López Romero.
Le profil choisi par Léon XIV est particulièrement marqué par l’expérience missionnaire. Né à Madrid le 16 mars 1974, Mario León Dorado a d’abord étudié l’informatique avant d’obtenir un baccalauréat en théologie à la faculté San Dámaso. Il prononce ses premiers vœux chez les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée le 15 septembre 1996 et est ordonné prêtre le 2 juin 2001.
Après un premier ministère à Jaén, en Espagne, il est envoyé en 2004 au Sahara occidental. Administrateur apostolique de 2009 à 2013, il est nommé préfet apostolique le 24 juin 2013 par le pape François. Il aura donc passé vingt-deux ans dans cette région lorsqu’il est appelé à Rabat. Son ministère s’est exercé dans des conditions très particulières. La préfecture du Sahara occidental ne compte que deux paroisses, à Laâyoune et Dakhla. Les catholiques sont principalement des migrants originaires d’Afrique subsaharienne et des étudiants étrangers. En 2022, le religieux décrivait cette communauté comme une Église « très petite », mais nullement « morte ou insignifiante ».
Sa conception de la mission s’inspire explicitement de saint Charles de Foucauld. « Foucauld nous inspire. Nous sommes la présence du Christ au milieu d’un monde musulman », expliquait-il. Une formule qui éclaire son approche : maintenir une présence catholique identifiable tout en vivant quotidiennement la rencontre avec l’islam. En 2024, il insistait encore sur la mission auprès des migrants, évoquant notamment l’accompagnement de personnes ayant traversé des situations humaines dramatiques : « La foi ne change pas la situation, mais elle aide à en supporter le poids. »
Le futur archevêque connaît également Rabat. Lors de la visite du pape François au Maroc en mars 2019, qu’il avait suivie de près, il avait retenu l’appel pontifical à faire de « la culture du dialogue » le chemin des relations entre chrétiens et musulmans. Léon XIV confie ainsi l’avenir de l’archidiocèse de Rabat non à un homme de Curie, mais à un missionnaire ayant consacré plus de deux décennies à une présence catholique extrêmement minoritaire en terre musulmane. Dans la situation actuelle de l’Église marocaine, ce choix possède une certaine cohérence pastorale.


