L’archidiocèse de Chicago se trouve une nouvelle fois confronté au lourd héritage des abus sexuels commis dans l’Église américaine. Neuf accords amiables ont été conclus avec des personnes accusant huit prêtres d’avoir abusé d’elles lorsqu’elles étaient enfants. Montant total des indemnisations : 5,4 millions de dollars. Selon les informations révélées par le Chicago Sun-Times, les faits allégués s’échelonnent du début des années 1970 à la fin des années 1990. Les plaignants avaient entre 6 et 14 ans au moment des faits qu’ils rapportent. Les huit prêtres concernés sont aujourd’hui décédés. Leurs noms sont Michael Cepon, Russell Romano, Clement Carroll, William Devereux, James Sayers, Norbert Mayday, David Braun et William O’Connor. Deux des neuf accords concernent le père Norbert Mayday.
Mais l’élément le plus délicat du dossier se trouve ailleurs. Quatre de ces prêtres – Michael Cepon, Clement Carroll, James Sayers et William O’Connor – ne figurent pas sur la liste publiée par l’archidiocèse de Chicago des membres du clergé faisant l’objet d’au moins une accusation d’abus sexuel sur mineur considérée comme fondée. Cette différence mérite d’être soulignée sans en tirer de conclusion hâtive. Un règlement financier à l’amiable n’équivaut pas juridiquement à une reconnaissance de culpabilité. Il peut répondre à plusieurs considérations, notamment au souhait d’éviter une procédure longue, coûteuse et douloureuse. La difficulté est encore accrue lorsque les personnes mises en cause sont mortes et ne peuvent plus répondre aux accusations portées contre elles. L’avocat Marc Pearlman, qui représente les neuf plaignants, défend naturellement une autre lecture. À ses yeux, l’importance des sommes versées constitue un élément significatif dans l’appréciation de ces dossiers. Mais elle ne remplace ni un jugement ni l’établissement contradictoire des faits.
La question dépasse ces neuf affaires. L’archidiocèse publie depuis 2006 les noms de prêtres faisant l’objet d’accusations qu’il considère comme fondées. Son dispositif repose notamment sur un Independent Review Board, créé en 1993 pour examiner les signalements. L’Église de Chicago affirme avoir versé, au fil des décennies, plus de 400 millions de dollars en indemnisations liées aux abus sexuels. Elle assure parallèlement vouloir continuer à accueillir les victimes « avec dignité et compassion ».
Mais le cardinal Blase Cupich insiste également sur une autre exigence : distinguer les accusations fondées des accusations frauduleuses. L’archidiocèse a ainsi engagé une bataille judiciaire contre ce qu’il présente comme un système organisé de fausses déclarations destinées à obtenir des indemnisations.
En juin 2026, le cardinal avait publiquement réaffirmé sa détermination à poursuivre ceux qui auraient tenté de détourner les mécanismes institués pour les véritables victimes.
C’est toute la difficulté de la situation actuelle. La justice due aux victimes exige que leur parole soit entendue, examinée et, lorsque les faits sont établis, réparée. Mais cette exigence ne supprime ni la nécessité de vérifier les accusations ni la présomption dont doit bénéficier une personne qui n’a pas été reconnue coupable. Les 5,4 millions de dollars versés à Chicago posent donc une question qui dépasse leur montant : comment expliquer clairement qu’une institution indemnise des accusations concernant des prêtres sans considérer pour autant que les critères permettant de les inscrire sur sa propre liste officielle sont réunis ? Pour l’Église, la transparence consiste aussi à rendre cette distinction compréhensible.


