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Monseigneur Bonny prépare déjà ses futurs prêtres mariés : à Anvers, le Vatican est mis devant le fait accompli

Monseigneur Bonny - capture écran
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"Le célibat n’est pas un simple problème de ressources humaines" : Monseigneur Johan Bonny reconnaît pourtant qu’une telle décision ne peut être prise sans l’accord de Rome

« La nécessité m’y contraint » : La formule de Monseigneur Johan Bonny a le mérite de la clarté. L’évêque d’Anvers ne se contente plus de souhaiter un débat sur l’ordination d’hommes mariés : il prépare concrètement plusieurs candidats qu’il envisage d’ordonner prêtres d’ici 2028. Des hommes mariés ont ainsi été identifiés et ont commencé un parcours de formation théologique et pastorale. L’intention n’est d’ailleurs pas nouvelle. Dès le mois de mars, Mgr Bonny avait publiquement annoncé vouloir « mettre tout en œuvre » pour ordonner quelques hommes mariés dans son diocèse d’ici 2028.

L’évêque invoque une situation pastorale préoccupante : effondrement du nombre de prêtres, vieillissement du clergé et dépendance croissante à l’égard de prêtres venus de l’étranger. Selon les chiffres avancés par Mgr Bonny, le diocèse ne disposerait plus que d’environ 70 prêtres âgés de moins de 70 ans, dont une majorité d’origine étrangère. Des secteurs entiers – hôpitaux, écoles ou mouvements de jeunesse – ne bénéficieraient plus de prêtres spécifiquement affectés à leur accompagnement.

Le diagnostic mérite d’être entendu. Mais la question commence précisément ici : la pénurie de prêtres suffit-elle à déterminer la réponse ?

Car on pourrait retourner le raisonnement. Comment l’une des régions historiquement les plus catholiques d’Europe en est-elle arrivée à ne presque plus susciter de vocations sacerdotales ? Et avant de modifier une discipline multiséculaire de l’Église latine, a-t-on réellement épuisé les voies d’une reconstruction spirituelle susceptible de faire naître de nouvelles vocations ? Le risque serait de vouloir apporter une réponse administrative à une crise qui est aussi – et peut-être d’abord – spirituelle. La méthode de Mgr Bonny interroge d’autant plus qu’il sait parfaitement qu’une telle évolution ne relève pas de sa seule décision.

En juin, l’évêque s’est rendu à Rome et a rencontré le cardinal Lazarus You Heung-sik, préfet du Dicastère pour le Clergé, ainsi que le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode. Il leur aurait présenté la situation de la Flandre, chiffres à l’appui. Selon son récit, les deux cardinaux devaient en parler au pape Léon XIV. À ce jour, aucune autorisation pontificale n’a été annoncée. Et pourtant, les candidats sont déjà préparés. C’est précisément ce qui étonne : le dialogue avec Rome se déroule parallèlement à la mise en place concrète d’un projet dont l’objectif – 2028 – est publiquement affiché.

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Il faut ici être doctrinalement précis. L’Église catholique n’enseigne pas que mariage et sacerdoce sont incompatibles par nature. Les Églises catholiques orientales connaissent des prêtres mariés et Vatican II le rappelle explicitement. Mais cette réalité ne permet pas de réduire le célibat sacerdotal latin à une simple disposition pratique dont on pourrait se défaire lorsque les effectifs diminuent.

Le Code de droit canonique emploie des termes autrement plus profonds. Son canon 277 rappelle que les clercs sont astreints au célibat, qu’il qualifie de « don particulier de Dieu », permettant aux ministres sacrés de s’unir plus facilement au Christ « avec un cœur sans partage » et de se consacrer plus librement au service de Dieu et des hommes. Vatican II va dans le même sens. Dans Presbyterorum Ordinis, le Concile reconnaît certes que le célibat « n’est pas exigé par la nature du sacerdoce » et rappelle la tradition différente des Églises orientales. Mais il le définit simultanément comme « signe et stimulant de la charité pastorale » et « source particulière de fécondité spirituelle ». Surtout, après avoir développé son lien avec le don total du prêtre au Christ, le Concile affirme explicitement que la législation latine sur le célibat, il « l’approuve et la confirme à nouveau » pour les candidats au presbytérat.

Autrement dit, le célibat n’est pas un accident administratif dans l’histoire de l’Église latine. Il possède une signification théologique : configuration au Christ, disponibilité au service de l’Église, cœur sans partage et signe du Royaume à venir.

Benoît XVI parlait encore en 2010 du célibat sacerdotal comme d’une « authentique prophétie du Royaume ».

C’est pourquoi le cas d’Anvers dépasse largement une question de gestion des ressources humaines. Personne ne peut nier la gravité de la crise sacerdotale belge. Mais celle-ci oblige aussi à poser une question inconfortable : faut-il modifier le modèle du prêtre parce que les vocations disparaissent, ou commencer par s’interroger sur les raisons pour lesquelles elles disparaissent ?

L’histoire de l’Église montre d’ailleurs que les vocations ne répondent pas mécaniquement aux seuls besoins pastoraux. Elles naissent aussi d’une vie chrétienne suffisamment forte pour rendre désirable le don radical d’une existence. Mgr Bonny entend répondre à l’urgence. Rome devra désormais déterminer si cette urgence justifie l’ouverture qu’il réclame. Mais lorsque des candidats sont déjà préparés, qu’une échéance est publiquement fixée à 2028 et que l’autorisation pontificale reste encore à obtenir, une question demeure : demande-t-on simplement à Rome la permission d’expérimenter, ou commence-t-on à installer une expérimentation qu’il deviendra progressivement plus difficile de refuser ?

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