L’histoire du christianisme en Corée présente une singularité remarquable : la foi catholique y fut d’abord introduite non par des missionnaires étrangers, mais par des Coréens eux-mêmes.
À la fin du XVIIIe siècle, des lettrés découvrent en Chine des ouvrages chrétiens et commencent à s’intéresser à cette doctrine venue d’Occident. En 1784, Yi Seung-hun, baptisé à Pékin sous le nom de Pierre, revient en Corée et participe à la constitution des premières communautés catholiques. Des laïcs baptisent, enseignent et transmettent la foi avant même de disposer durablement de prêtres.Cette jeune Église se heurte rapidement au pouvoir de la dynastie Joseon. Le christianisme remet notamment en cause certains rites ancestraux considérés comme incompatibles avec la foi chrétienne. Dans une société profondément structurée par le confucianisme et la fidélité à l’ordre établi, les catholiques apparaissent bientôt comme une menace.
Les persécutions se succèdent pendant plusieurs décennies.
C’est dans ce contexte que naît, en 1821, André Kim Taegon. Il appartient à une famille profondément chrétienne. Son père, Ignace Kim, mourra lui-même martyr en 1839. André reçoit le baptême à l’âge de quinze ans et part ensuite à Macao pour se préparer au sacerdoce.
Son parcours est exceptionnel pour un jeune Coréen de son époque. Après plusieurs années de formation, il est ordonné prêtre à Shanghai en 1845 par Mgr Jean-Joseph Ferréol. André Kim Taegon devient ainsi le premier prêtre catholique coréen. Son ministère sera extrêmement court.
Revenu clandestinement dans son pays, il cherche notamment à organiser des voies permettant aux missionnaires d’entrer en Corée. Arrêté en 1846, il subit interrogatoires et tortures. Les autorités cherchent à obtenir de lui un reniement de sa foi. Il refuse. Le 16 septembre 1846, André Kim Taegon est décapité près de Séoul. Il n’a que 25 ans et exerce son ministère sacerdotal depuis à peine plus d’un an.
Son nom est aujourd’hui indissociable de celui de Paul Chong Hasang, autre grande figure du catholicisme coréen. Laïc et fils de martyr, celui-ci joua un rôle essentiel dans l’organisation des communautés chrétiennes et demanda avec insistance à Rome l’envoi de prêtres. Il fut exécuté en 1839.
La mémoire liturgique du 20 septembre ne célèbre cependant pas seulement ces deux hommes. Elle rassemble 103 martyrs de Corée, évêques, prêtres et surtout laïcs, hommes et femmes, jeunes et personnes âgées, victimes des différentes vagues de persécution qui frappèrent les catholiques au XIXe siècle.
Parmi eux figurent également trois évêques français des Missions étrangères de Paris : saint Laurent Imbert, saint Siméon-François Berneux et saint Antoine Daveluy. Tous trois furent mis à mort en raison de leur ministère en Corée.
Jean-Paul II canonisa solennellement André Kim Taegon, Paul Chong Hasang et leurs 101 compagnons le 6 mai 1984 à Séoul. Le choix du lieu était exceptionnel : la canonisation se déroula en Corée et non à Rome.
Leur histoire rappelle surtout la place déterminante des laïcs dans la naissance de l’Église coréenne. Avant ses prêtres et ses évêques, elle eut ses catéchistes, ses familles chrétiennes et ses fidèles capables de transmettre ce qu’ils avaient eux-mêmes reçu.
La devise traditionnellement attribuée à saint André Kim Taegon résume cette fidélité jusque dans l’épreuve : « Nous sommes nés ici et c’est ici que nous devons mourir. »
Près de deux siècles après son martyre, le premier prêtre coréen demeure ainsi le visage d’une Église qui a grandi au prix du sang versé et dont la foi, longtemps clandestine, a survécu à ceux qui voulaient la faire disparaître.


