À l’approche des 500 ans de la Confession d’Augsbourg, en 2030, le Pape appelle à revenir au Christ, à la foi de l’Église des origines, aux Pères de l’Église et à l’héritage apostolique commun. Léon XIV ne présente pas l’œcuménisme comme la recherche d’un simple modus vivendi entre confessions chrétiennes séparées. Dès le cœur de son discours, le Pape lui assigne une finalité beaucoup plus exigeante : « La communion renouvelée dans la foi apostolique, les sacrements et les ministères est la finalité de notre chemin œcuménique de grâce. »
La précision est doctrinalement importante. L’unité recherchée ne saurait se limiter à de bonnes relations entre catholiques et luthériens, à des déclarations communes ou à une coopération sur certains sujets. Léon XIV parle de foi apostolique, de sacrements et de ministères, puis de « pleine et visible unité ». L’horizon demeure donc celui d’une communion ecclésiale véritable.
L’œcuménisme n’est pas une diplomatie ecclésiale
Léon XIV inscrit explicitement son propos dans la continuité de ses prédécesseurs. Il cite notamment le pape François qui, recevant la Fédération luthérienne mondiale en 2021, avait déclaré : « L’œcuménisme n’est pas un exercice de diplomatie ecclésiale, mais un chemin de grâce. »
Cette affirmation permet de comprendre le reste du discours. L’unité chrétienne ne résulte pas d’abord d’une négociation destinée à rendre acceptables les différences doctrinales. Elle suppose un travail théologique, mais également une conversion à la vérité reçue et une purification de ce qui entretient les divisions. Léon XIV rappelle à ce titre l’importance de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, mais également des travaux menés sur l’Eucharistie, le ministère dans l’Église et les voies conduisant à la communion.
Les divergences qui subsistent ne sont donc pas évacuées. Le Pape rappelle au contraire, par les termes mêmes qu’il emploie, que la question sacramentelle et celle du ministère appartiennent au cœur du chemin qui reste à parcourir.
2030 et la Confession d’Augsbourg
L’un des passages les plus intéressants concerne le 500e anniversaire, en 2030, de la Confession d’Augsbourg, texte présenté le 25 juin 1530 et devenu l’une des références fondamentales du luthéranisme. Léon XIV revient sur un moment historique où la rupture n’était pas encore entièrement consommée : « Lorsque la Confessio Augustana fut lue à Augsbourg le 25 juin 1530, l’unité de l’Église d’Occident fut mise en péril, mais elle n’avait pas encore été brisée. »
Citant saint Jean-Paul II, il rappelle que les auteurs de la Confession avaient alors l’intention de témoigner de leur foi « dans une Église une, sainte, catholique et apostolique ». Léon XIV souligne ainsi que la Confession d’Augsbourg fut initialement pensée comme « un document de réconciliation au sein de l’Église », avant de devenir par la suite un texte marquant la séparation confessionnelle. C’est sur cette histoire qu’il propose de travailler à l’approche de 2030, en invitant catholiques et luthériens à retrouver le « potentiel œcuménique pré-confessionnel » du texte.
Revenir aux Pères et à la foi de l’Église des origines
Mais le passage doctrinal le plus significatif vient immédiatement après. Le Pape ne demande pas de rechercher l’unité en élaborant un christianisme nouveau qui se situerait à égale distance des différentes confessions. Il appelle au contraire à remonter vers la source :
« Revenons, avec une profonde dévotion, à nos racines communes, à la foi de l’Église des origines et aux Pères de l’Église, afin de redécouvrir l’héritage apostolique et pré-confessionnel qui nous unit véritablement comme frères et sœurs dans le Christ. »
Cette référence aux Pères de l’Église est essentielle. Dans la compréhension catholique de la Tradition, revenir aux sources ne signifie pas revenir à un christianisme indéterminé qui aurait précédé toute doctrine. Il s’agit de retrouver la transmission vivante de la foi apostolique telle qu’elle s’est exprimée dans l’Église ancienne. L’œcuménisme apparaît ainsi comme une recherche de l’unité dans la vérité reçue, et non comme la fabrication d’un compromis destiné à contourner les désaccords hérités de l’histoire.
« Le Christ ne doit pas devenir une parole étrangère »
Le discours prend enfin une dimension directement missionnaire lorsque Léon XIV déclare : « Le Christ ne doit pas devenir une “parole étrangère” dans notre monde. » Cette formule donne sa profondeur au reste du propos. La recherche de l’unité n’est pas seulement une question interne aux institutions chrétiennes. Elle concerne la capacité des chrétiens à annoncer ensemble le Christ dans des sociétés où la connaissance même du christianisme s’efface. « Notre monde a besoin de témoins œcuméniques du Christ », poursuit Léon XIV, avant d’ajouter que « seul le Christ est la source vive capable de réaliser les aspirations les plus profondes de l’humanité ».
L’unité et la mission se rejoignent ainsi dans une même exigence : remettre le Christ au centre. Le discours de Léon XIV ne propose donc pas d’effacer les différences confessionnelles par le silence doctrinal. Il invite à remonter plus profondément, vers l’héritage apostolique, la foi de l’Église des origines et les Pères, afin que la recherche de l’unité chrétienne demeure ordonnée à sa véritable raison d’être : témoigner du Christ et de son Évangile.
INTÉGRALITÉ DU DISCOURS DU PAPE LÉON XIV À LA DÉLÉGATION DE LA FÉDÉRATION LUTHÉRIENNE MONDIALE
Bibliothèque privée du Palais apostolique du Vatican
Jeudi 1er octobre 2026
« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Co 13, 13).
Mes chers frères et sœurs dans le Christ,
Je vous souhaite une cordiale bienvenue, représentants de la Fédération luthérienne mondiale. J’adresse un salut particulier au président de la Fédération luthérienne mondiale. Merci pour vos aimables paroles et pour ce don symbolique et beau. Je salue également le secrétaire général, le révérend Burghardt, ici présent. Je renouvelle mes remerciements pour votre présence lors du début de mon pontificat l’année dernière.
Je suis heureux que les relations entre luthériens et catholiques, au cours des décennies, aient mûri tant spirituellement que théologiquement. Le dialogue international, qui en est maintenant à sa sixième phase, a produit d’importantes avancées. Une étape majeure du chemin œcuménique a certainement été la Déclaration commune sur la doctrine de la justification. Mais les textes élaborés ensemble au cours des années précédentes, en particulier L’Eucharistie, Le ministère dans l’Église et Voies vers la communion, méritent eux aussi d’être rappelés et accueillis toujours plus profondément.
Il y a cinq ans, dans son discours à la Fédération luthérienne mondiale lors d’une audience privée, mon prédécesseur, le pape François, a très bien décrit l’importance de l’œcuménisme : « L’œcuménisme n’est pas un exercice de diplomatie ecclésiale, mais un chemin de grâce. Il ne repose pas sur des médiations et des accords humains, mais sur la grâce de Dieu, qui purifie la mémoire et le cœur, vainc les rigidités et oriente vers une communion renouvelée » (Discours aux représentants de la Fédération luthérienne mondiale, 25 juin 2021).
La communion renouvelée dans la foi apostolique, les sacrements et les ministères est la finalité de notre chemin œcuménique de grâce, que nous parcourons ensemble, guidés par l’Évangile. Dans notre chemin commun, du conflit vers la communion, il existe des moments particuliers. Comme vous l’avez dit, l’année 2030, qui marquera le 500e anniversaire de la Confession d’Augsbourg, peut devenir l’un de ces moments partagés : une profonde expérience œcuménique capable de donner une énergie et une joie nouvelles aux pas que nous accomplirons vers la pleine et visible unité.
Lorsque la Confessio Augustana fut lue à Augsbourg le 25 juin 1530, l’unité de l’Église d’Occident fut mise en péril, mais elle n’avait pas encore été brisée. Les auteurs de la Confession d’Augsbourg, comme l’a dit mon prédécesseur saint Jean-Paul II, avaient « l’intention de témoigner de leur credo dans une Église une, sainte, catholique et apostolique » (Discours à l’occasion du 450e anniversaire de la “Confessio Augustana”, 25 juin 1980). La Confession d’Augsbourg avait à l’origine été conçue comme un document de réconciliation au sein de l’Église. Ce n’est que par la suite qu’elle finit par être comprise comme un texte de confessionnalisation porteuse de division.
Le regard tourné vers 2030, il serait souhaitable que nous puissions parvenir à affirmer de nouveau ensemble le potentiel œcuménique pré-confessionnel de la Confessio Augustana. J’adresse un appel sincère à tous les croyants, et en particulier aux théologiens, afin qu’ils concentrent leur attention sur le Christ et son Évangile. Revenons, avec une profonde dévotion, à nos racines communes, à la foi de l’Église des origines et aux Pères de l’Église, afin de redécouvrir l’héritage apostolique et pré-confessionnel qui nous unit véritablement comme frères et sœurs, frères et sœurs dans le Christ.
Le Christ ne doit pas devenir une « parole étrangère » dans notre monde. Notre monde a besoin de témoins œcuméniques du Christ, qui le fassent connaître à travers leur vie et leurs actions, car seul le Christ est la source vive capable de réaliser les aspirations les plus profondes de l’humanité.
Chers frères et sœurs, unis dans cette tâche œcuménique et missionnaire commune, je désire vous remercier une nouvelle fois pour votre visite. Renouvelons notre engagement en faveur de l’unité en priant maintenant ensemble comme le Seigneur nous l’a enseigné.
Notre Père (récité ensemble).«
Source Vatican


