La rencontre, voulue par le Pape, portera sur le thème : « Dix ans après Amoris laetitia : annoncer l’Évangile avec les familles aujourd’hui ». Au total, 187 participants sont attendus. Publiée le 19 mars 2016 par le pape François, Amoris laetitia, « La joie de l’amour », n’est pas une encyclique mais une exhortation apostolique postsynodale consacrée au mariage et à la famille. Fruit des Synodes sur la famille de 2014 et 2015, elle aborde notamment l’amour conjugal, l’éducation des enfants, la préparation au mariage, les crises familiales, la transmission de la foi et l’accompagnement pastoral.
Une controverse qui avait profondément marqué l’Église
C’est principalement son chapitre VIII, intitulé « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité », qui avait provoqué de profondes divergences. Au cœur du débat se trouvait notamment la situation des catholiques divorcés civilement remariés et la possibilité, dans certaines circonstances et au terme d’un discernement pastoral, de recevoir les sacrements. La note 351, dans laquelle François indiquait que l’aide de l’Église pouvait « dans certains cas » comprendre « l’aide des sacrements », avait cristallisé les interrogations. Les évêques de la région de Buenos Aires avaient ensuite proposé une interprétation admettant cette possibilité dans certaines situations, interprétation explicitement approuvée par François.
En septembre 2016, quatre cardinaux, Walter Brandmüller, Raymond Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner, avaient adressé cinq dubia au pape François. Ils demandaient des clarifications sur plusieurs conséquences doctrinales et morales du texte, notamment concernant la discipline sacramentelle et l’existence de normes morales absolues. Dix ans plus tard, cet épisode reste incontournable pour comprendre la portée de la rencontre convoquée par Léon XIV.
Les questions les plus sensibles ne figurent pas explicitement au programme
C’est précisément là que se trouve le principal point de tension. L’Église universelle va dresser le bilan de dix années d’Amoris laetitia, mais les questions qui avaient provoqué les controverses les plus fortes ne constituent pas explicitement un thème de travail.
Les cinq axes annoncés concernent la situation des familles aujourd’hui, la vocation au mariage chez les jeunes, les premières années de la vie conjugale, l’accompagnement des familles confrontées aux difficultés et les familles chrétiennes comme actrices de la mission de l’Église. L’accès aux sacrements des divorcés civilement remariés et les interrogations doctrinales suscitées par le chapitre VIII ne sont donc pas nommément inscrits au programme. Cela ne signifie pas qu’ils seront absents des discussions. Les organisateurs ont précisément expliqué que les travaux pourraient faire apparaître des « différences », des « tensions » et des « questions en suspens ». Le paradoxe est donc réel : dresser le bilan de dix années d’Amoris laetitia conduira difficilement à ignorer les questions qui accompagnent le texte depuis 2016, alors même qu’elles ne sont pas explicitement placées au centre des travaux.
« Ce n’est pas un synode »
Le père Giacomo Costa, jésuite, consulteur du Secrétariat général du Synode et responsable de la méthodologie de la rencontre, a tenu à le préciser : « Ce n’est pas un synode. » La méthode choisie est pourtant directement issue de l’expérience synodale récente. Les participants travailleront en groupes selon la « conversation dans l’Esprit », alternant parole, écoute et silence. Plusieurs tours d’échanges permettront de faire apparaître les convergences, mais aussi les divergences. « Nous n’essaierons pas d’effacer les différences pour parvenir à un consensus », a expliqué le père Costa. Une divergence mieux comprise peut elle-même, selon lui, constituer un fruit de l’écoute. À l’issue des travaux, une commission préparera une synthèse, qui sera discutée par l’assemblée avant d’être remise à Léon XIV et rendue publique. Le Vatican précise qu’elle ne constituera pas un nouveau document destiné à remplacer Amoris laetitia.
Jusqu’où ira le bilan voulu par Léon XIV ?
La question centrale sera donc de savoir ce que dix années d’application de l’exhortation ont réellement produit dans l’Église. « Dix ans plus tard, la question n’est pas ce que dit Amoris laetitia, mais ce que nous avons appris en essayant de la vivre », a résumé le père Costa.
Léon XIV ne rouvre donc pas officiellement la controverse. Mais en demandant aux responsables de l’Église universelle d’examiner dix années de mise en œuvre et de faire émerger les tensions et les questions demeurées ouvertes, il crée nécessairement les conditions pour que certaines divergences réapparaissent. À partir du 7 octobre, l’enjeu sera donc de savoir si les débats qui accompagnent Amoris laetitia depuis dix ans appartiennent désormais au passé ou s’ils demeurent l’une des questions ouvertes du pontificat de Léon XIV.


