À seulement 60 ans, le cardinal Mauro Gambetti quitte Saint-Pierre. Léon XIV l’a nommé archevêque métropolitain de Chieti-Vasto, où il succédera à Monseigneur Bruno Forte. Une nomination honorable en elle-même, mais qui prend une tout autre signification lorsqu’on considère les responsabilités que le franciscain abandonne à Rome. Depuis 2021, Mauro Gambetti était en effet archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, président de la Fabrique de Saint-Pierre et vicaire général du pape pour la Cité du Vatican. Trois fonctions que François lui avait confiées après l’avoir créé cardinal quelques mois auparavant. Le vaticaniste italien Nico Spuntoni n’hésite d’ailleurs pas à parler de « rétrogradation ».
Soulignons que la succession est particulièrement sensible. L’archiprêtre est responsable de la vie de la basilique bâtie sur le tombeau de l’apôtre Pierre, l’un des principaux sanctuaires de la chrétienté et le cœur symbolique de l’Église catholique. Comme disent les Italiens qui gravitent autour de la via della Conciliazione, c’est le véritable « cœur du réacteur » de la Curie romaine… La présidence de la Fabrique de Saint-Pierre lui confère parallèlement un rôle majeur dans la conservation, l’entretien et l’administration de cet ensemble monumental.
Cinq années agitées à Saint-Pierre
Mauro Gambetti avait connu sous François une ascension spectaculaire. Franciscain conventuel et custode du Sacro Convento d’Assise, il avait été créé cardinal en novembre 2020 avant d’être envoyé quelques mois plus tard à Saint-Pierre, à seulement 55 ans et sans longue expérience de la Curie romaine. Son style de gouvernement a progressivement suscité des critiques. Son approche, jugée trop managériale par ses détracteurs, et les réorganisations engagées autour de lui ont notamment provoqué des tensions avec une partie du Chapitre de Saint-Pierre. Certains chanoines espèrent désormais que son départ permettra une révision du statut adopté en 2024.
À ces difficultés internes se sont ajoutées plusieurs polémiques. La plus récente concernait le projet d’aménagement d’un espace de restauration sur les terrasses de la basilique, avec tables, chaises et plats préparés à proximité de la coupole de Michel-Ange. Une perspective qui avait suscité l’incompréhension face au risque de voir la logique touristique prendre le pas sur le caractère sacré du lieu. La basilique a également été frappée à plusieurs reprises par des actes de profanation ou de vandalisme spectaculaires, jusque dans l’espace du maître-autel. Sans rendre Gambetti personnellement responsable de ces actes, leur répétition avait posé la question de la surveillance et de la protection d’un sanctuaire qui accueille chaque jour des milliers de visiteurs.
Parolin, Makrickas, Marini : plusieurs noms déjà évoqués
Depuis l’annonce de son départ, les spéculations se multiplient. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a été cité, tout comme le cardinal Rolandas Makrickas, actuel archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure.
Le nom de MonseigneurGuido Marini, ancien maître des célébrations liturgiques pontificales sous Benoît XVI puis François et aujourd’hui évêque de Tortona, a également circulé. Son successeur auprès du pape, Monseigneur Diego Ravelli, reste lui aussi évoqué. Mais selon les dernières informations publiées, les pistes Parolin et Makrickas perdraient désormais de leur consistance. Guido Marini resterait en arrière-plan et Diego Ravelli conserverait ses chances, tandis que deux autres noms circuleraient avec davantage d’insistance dans les couloirs du Vatican.
Fisichella et Sanguineti dans la « short list »
Le premier est Monseigneur Rino Fisichella. Âgé de 75 ans, le pro-préfet du Dicastère pour l’évangélisation possède une longue expérience du gouvernement romain. Selon Nico Spuntoni, son profil serait considéré comme celui d’un homme capable de remettre de l’ordre dans la situation laissée à Saint-Pierre après plusieurs années de tensions. L’autre nom est celui de Monseigneur Corrado Sanguineti, évêque de Pavie depuis 2015. Beaucoup moins médiatique, il présente une particularité importante : Léon XIV le connaît personnellement. Pavie abrite en effet la basilique Saint-Pierre-au-Ciel-d’Or, où reposent les reliques de saint Augustin. Le pape Léon XIV , fils spirituel de saint Augustin et ancien prieur général de l’Ordre, fréquentait ce sanctuaire bien avant son élection au siège de Pierre. C’est dans ce contexte qu’il a connu Monseigneur Sanguineti. On voit ainsi en l’évêque de Pavie un outsider au profil particulièrement « prevostien ».
Ravelli, Fisichella, Sanguineti : ces trois noms apparaissent donc aujourd’hui parmi les plus sérieusement évoqués, sans qu’aucune décision ne puisse être considérée comme acquise. Depuis l’élection de Léon XIV, les fuites sur les nominations importantes se sont raréfiées et une surprise reste parfaitement possible. Le choix dépassera en tout cas une simple question de personnes. Après le départ de Mauro Gambetti, Léon XIV doit décider à qui confier la basilique élevée sur la tombe de l’Apôtre Pierre et donner ainsi une première orientation forte à son gouvernement de Saint-Pierre.


