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[Document] Tags « sataniques », bibles déchirées, intrusions nocturnes : la cathédrale de Sens est-elle laissée à l’abandon ? Une association interpelle la ministre de la Culture

Vue de la cathédrale de Sens ( Depositphotos) - dégradation ( association Sens Patrimoine)
Vue de la cathédrale de Sens ( Depositphotos) - dégradation ( association Sens Patrimoine)
Dans une lettre transmise à notre rédaction, le président de Sens Patrimoine, Mkrtitch Martirossyan, alerte les pouvoirs publics sur les profanations au sein de la cathédrale et réclame des mesures immédiates

Dans la lettre que nous publions, Mkrtitch Martirossyan, président de Sens Patrimoine, exprime son indignation face à la situation de la cathédrale Saint-Étienne de Sens. Le document, également adressé au ministère de la Culture, à la DRAC, aux élus locaux et à l’archevêque de Sens et Auxerre, dresse un constat préoccupant : intrusions dans le chœur, dégradations, Bible déchirée devant l’autel, inscriptions « profanes et sataniques », occupations illicites. Autant d’atteintes qui posent désormais clairement la question de la protection de l’une des plus anciennes cathédrales gothiques de France.

photo Sens Patrimoine

Celui que l’on surnomme « Mika » est déjà, une véritable « figure sénonaise », comme le titrait L’Indépendant de l’Yonne dès 2023. Installé à Sens depuis l’âge de 9 ans, ce jeune Français d’origine arménienne s’est très tôt engagé dans la vie associative locale, de la Croix-Rouge à la défense du patrimoine et des animaux, engagement qui lui avait valu d’être récompensé lors de la Nuit des bénévoles en 2022. Très attaché à la cathédrale Saint-Étienne, qu’il raconte avoir découverte enfant, il préside aujourd’hui Sens Patrimoine et entend faire de sa sauvegarde l’un de ses principaux combats. Et c’est précisément parce qu’il connaît intimement cet édifice et son histoire que les atteintes dont il dresse aujourd’hui la liste lui paraissent devenues insupportables.

Parmi les épisodes rapportés figure une intrusion filmée puis diffusée sur Snapchat. Des individus ont pénétré dans le chœur, renversé des bougies et se sont installés sur la cathèdre de l’archevêque. Une pétition réclamant des mesures de sûreté a ensuite recueilli 420 signatures. Elle est pourtant, déplore Sens Patrimoine, « demeurée sans suite ». Plus grave encore, la lettre fait état d’une statue dégradée, d’une Bible retrouvée déchirée devant l’autel et d’« inscriptions profanes et sataniques » sur les parois. Elle évoque également des occupations illicites et un trafic de stupéfiants.

L’accumulation est préoccupante et il serait réducteur de parler de simples « incivilités ». Une Bible déchirée devant un autel, des intrusions dans le chœur ou des inscriptions sataniques dans une cathédrale sont les preuves d’une véritable profanation des lieux

Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau. Dès mai 2018, la cathédrale Saint-Étienne avait déjà subi plusieurs dégradations : cierges brisés et jetés dans les allées, extincteur entièrement vidé dans une chapelle proche du vitrail de saint Thomas Becket. Les policiers s’étaient alors déplacés pour constater les dégâts. Une cathédrale n’est pas un musée dont il suffirait de préserver les pierres. Elle demeure une église consacrée à Dieu, où sont célébrés les sacrements et où les fidèles viennent prier.

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La protection des œuvres et des reliques suscite également de sérieuses interrogations. Certaines resteraient exposées sans protection suffisante, notamment dans la chapelle de la Vierge. Plus largement, l’absence de dispositif permanent de surveillance humaine ou technique apparaît difficilement compréhensible pour un édifice d’une telle importance. La lettre souligne notamment qu’en hiver la cathédrale peut demeurer « livrée à elle-même, dans l’insécurité, durant plusieurs heures ». Mkrtitch Martirossyan réclame donc à la DRAC une vidéosurveillance intérieure, un meilleur encadrement des horaires d’ouverture et la mobilisation de bénévoles. Il souhaite également la création d’un comité réunissant mairie, préfecture, forces de l’ordre, paroisse et services de l’État, ainsi que la mise en sûreté des objets protégés et des reliques.

Ces demandes relèvent du bon sens. Une cathédrale doit rester ouverte aux fidèles, aux pèlerins et à ceux qui viennent simplement y chercher le silence. Mais l’ouverture ne peut signifier l’abandon. Accueillir n’interdit pas de protéger.

La situation est d’autant plus incompréhensible que Saint-Étienne de Sens occupe une place exceptionnelle dans l’histoire chrétienne de la France. Élevée à partir des années 1130, elle appartient aux premiers grands édifices gothiques et précède Notre-Dame de Paris. Thomas Becket y séjourna durant son exil et saint Louis y épousa Marguerite de Provence en 1234. Jusqu’en 1622, Paris relevait même de la province ecclésiastique de Sens.

Sens Patrimoine souhaite aujourd’hui qu’une candidature auprès de l’Unesco puisse réunir les édifices ayant participé à la naissance de l’art gothique, notamment Sens et Saint-Denis. Mais son président résume parfaitement la contradiction : « La reconnaissance demandée au premier exposé n’a de consistance que si l’édifice est gardé. » On peut restaurer les façades, célébrer le génie des bâtisseurs et envisager une reconnaissance internationale. Mais à quoi bon consacrer des moyens considérables à la pierre si l’intérieur du sanctuaire demeure insuffisamment protégé ? L’État est propriétaire de Saint-Étienne et d’importants travaux ont été engagés sur l’édifice. Il ne s’agit donc pas de nier les efforts accomplis. Mais restaurer ne suffit pas : encore faut-il protéger.

À ce jour, Sens Patrimoine indique n’avoir reçu de réponse ni du diocèse de Sens et Auxerre et de son archevêque, Monseigneur Pascal Wintzer, ni du ministère de la Culture et de la ministre Catherine Pégard aux demandes formulées dans son courrier. L’association espère désormais pouvoir rencontrer la ministre afin de lui exposer directement la situation de la cathédrale, lui faire part des atteintes constatées et détailler les mesures de protection et de sûreté qu’elle juge indispensables.

Car protéger Saint-Étienne de Sens, ce n’est pas seulement sauver un monument vieux de près de neuf siècles. C’est protéger une maison de Dieu, respecter ceux qui viennent y prier et préserver un héritage chrétien dont la France demeure dépositaire.

Intégralité de la lettre de SENS PATRIMOINE

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