Publié jeudi 1er octobre, le rapport Bible Access List 2026 dresse un constat qui rappelle une réalité parfois oubliée en Occident : l’accès libre à la Parole de Dieu est loin d’être garanti à tous les chrétiens. Dans certains pays, acheter une Bible, la conserver chez soi, la distribuer ou accéder à son texte sur Internet peut être soumis à des restrictions et, dans les situations les plus graves, exposer les fidèles à des représailles. Établie par la Bible Access Initiative, une coalition à laquelle participent notamment Open Doors International et Digital Bible Society, l’étude porte cette année sur 106 pays. Elle examine les obstacles politiques, religieux, économiques et technologiques qui empêchent ou compliquent l’accès aux Saintes Écritures.
Le chiffre le plus saisissant concerne les restrictions liées à la persécution. Plus de 500 millions de chrétiens vivent dans des pays où l’accès à la Bible est entravé par des facteurs tels que le contrôle des autorités, la censure, l’action de groupes extrémistes ou encore les pressions exercées par l’entourage familial et social. Parmi eux, plus de 250 millions seraient confrontés à des difficultés particulièrement importantes. Il convient toutefois de distinguer cette situation de l’absence pure et simple de Bible. Le rapport ne dit pas que 500 millions de chrétiens sont totalement privés des Écritures. Il estime en revanche que 126 millions de chrétiens, répartis dans 81 pays, ne disposent pas d’un exemplaire personnel de la Bible en raison des restrictions, de la pauvreté ou du manque d’infrastructures.
À ces persécutions s’ajoutent en effet des difficultés économiques considérables. Plus de 550 millions de chrétiens vivant dans 33 pays connaissent de sérieux obstacles socio-économiques pour accéder aux Écritures. Dans ces pays, environ 82 millions ne posséderaient pas leur propre Bible.
La Bible Access List distingue plusieurs formes d’entraves. Pour les restrictions directement liées à la persécution, les situations les plus difficiles sont notamment observées en Afghanistan, au Yémen, en Somalie, en Corée du Nord et en Érythrée. Dans ces pays, le problème ne relève donc pas seulement du prix d’un livre ou de sa disponibilité dans les librairies. L’impression, l’importation, la distribution, le stockage ou la possession même des Écritures peuvent être contrôlés ou rendus extrêmement difficiles. La géographie change lorsqu’il s’agit de la pénurie matérielle de Bibles. La République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Nigeria, l’Inde et l’Ouganda figurent alors parmi les pays où les besoins sont les plus importants.
Le développement du numérique n’a pas non plus supprimé les obstacles. Plus de 400 millions de chrétiens vivant dans 42 pays seraient privés d’accès à Internet, tandis que 277 millions vivent dans des régions où consulter la Bible en ligne peut être restreint ou présenter un risque.
Ces chiffres prennent un relief particulier vus d’Europe. En France, chacun peut acheter une Bible, la commander en quelques secondes, la télécharger sur son téléphone ou consulter gratuitement les Écritures sur Internet. Cette liberté paraît si naturelle qu’elle peut finir par devenir invisible. Ailleurs, ouvrir le même livre peut constituer un acte de fidélité accompli au prix de risques bien réels. Pour les chrétiens du monde entier, la Bible n’est pourtant pas un ouvrage parmi d’autres. L’Église enseigne que « dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux » (Dei Verbum, 21). Priver un chrétien de l’accès aux Écritures touche ainsi au cœur même de sa vie de foi.
La Bible Access List 2026 rappelle finalement un paradoxe saisissant : jamais les Saintes Écritures n’ont été aussi facilement accessibles à une partie de l’humanité, tandis que des centaines de millions de chrétiens vivent encore dans des sociétés où leur accès demeure limité. Pour certains d’entre eux, posséder une Bible n’est toujours pas un geste ordinaire. C’est déjà témoigner de sa foi.


