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Dix ans après le Concile de Crète, le patriarche Bartholomée réunit le monde orthodoxe à Chantilly

Chateau de Chantilly ( Depositphotos) -  Le patriarche Bartholomée ( capture)
Chateau de Chantilly ( Depositphotos) - Le patriarche Bartholomée ( capture)
En novembre 2025, Léon XIV avait rencontré le patriarche Bartholomée Ier à Istanbul, où les deux hommes avaient signé une déclaration commune en faveur du rétablissement de la pleine communion entre catholiques et orthodoxes

Dix ans après le Saint et Grand Concile réuni en Crète en juin 2016, le Patriarcat œcuménique a choisi la France pour dresser le bilan de cet événement majeur de l’Orthodoxie contemporaine. Depuis lundi 5 octobre et jusqu’à jeudi 8 octobre, hiérarques, théologiens et universitaires sont réunis à Chantilly, dans l’Oise, autour du patriarche œcuménique Bartholomée. Intitulée « Le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe (2016-2026) : bilan et perspectives », la conférence rassemble des représentants de plusieurs Églises orthodoxes, mais aussi des catholiques, des anglicans et des membres du Conseil œcuménique des Églises.

Lundi 5 octobre, Bartholomée a ouvert les travaux après les paroles de bienvenue du métropolite Emmanuel de Chalcédoine, président du comité d’organisation. Dans son discours inaugural, le patriarche a présenté le Concile de Crète comme un événement « décisif » pour l’Orthodoxie contemporaine. Préparé pendant plusieurs décennies, le rassemblement de 2016 devait permettre aux Églises orthodoxes autocéphales d’aborder ensemble plusieurs grandes questions : mission de l’Église dans le monde contemporain, mariage, jeûne, diaspora ou encore relations avec les autres chrétiens. Mais le Concile avait également révélé les fractures traversant l’Orthodoxie. Sur les quatorze Églises autocéphales attendues, dix avaient finalement participé. Les Patriarcats d’Antioche et de Moscou ainsi que les Églises de Bulgarie et de Géorgie avaient refusé de s’y rendre.

Bartholomée revient sur les absences de 2016

Dix ans plus tard, Bartholomée n’a pas esquivé cette question. À Chantilly, il a estimé que la décision des quatre Églises absentes avait été prise sur la base de critères « non ecclésiaux » et avait provoqué une « grande tristesse ». Il a surtout défendu la décision de maintenir le Concile malgré ces défections. Selon lui, aucune raison théologique ou ecclésiologique ne justifiait son annulation. Le patriarche est allé plus loin en affirmant qu’un report « aurait signifié son annulation définitive », ajoutant que c’était « peut-être précisément ce que certains désiraient et recherchaient ».

Dix ans après, cette déclaration conserve une portée particulière alors que les divisions internes à l’Orthodoxie demeurent profondes. Bartholomée insiste néanmoins sur un principe : la synodalité ne saurait se réduire à la réunion périodique de conciles. Elle constitue, selon lui, l’« ethos » même de l’Église.

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L’un des enjeux de Chantilly concerne désormais la réception des textes adoptés en Crète. Bartholomée a rappelé une expression employée à la clôture du Concile en 2016 : celle d’un « Concile après le Concile ». Un concile ne porte pleinement ses fruits que si ses décisions entrent dans la vie de l’Église. Durant ces quatre journées, les participants reviennent ainsi sur les grands documents adoptés en Crète : diaspora orthodoxe, autonomie des Églises, mariage, jeûne, mission de l’Église et relations avec les autres chrétiens.

Mardi 6 octobre, la dimension œcuménique du rendez-vous est particulièrement visible. Le père dominicain Hyacinthe Destivelle, professeur à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin à Rome, intervient sur l’Encyclique et le Message du Concile avec « un regard catholique ».

Le père Michel Fédou, jésuite et professeur aux Facultés Loyola Paris, doit pour sa part examiner la réception catholique du document consacré aux relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien. La session est notamment présidée par le métropolite Job de Pisidie, coprésident orthodoxe de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Les travaux se poursuivront jusqu’à jeudi 8 octobre, avec une table ronde finale consacrée au bilan et aux perspectives.

Rappelons qu’en novembre 2025, Léon XIV avait rencontré le patriarche Bartholomée Ier à Istanbul, où les deux hommes avaient signé une déclaration commune en faveur du rétablissement de la pleine communion entre catholiques et orthodoxes. Dix ans après la Crète, Chantilly n’est donc pas seulement le lieu d’une commémoration. En revenant sur les textes mais également sur les blessures de 2016, le Patriarcat œcuménique entend réaffirmer sa conception de la synodalité à l’heure où les divisions ecclésiales et géopolitiques continuent de peser sur l’unité du monde orthodoxe.

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