En France, le nombre d’avortements continue d’augmenter. Selon les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 259 416 interruptions volontaires de grossesse ont été enregistrées en 2025, soit une hausse de 2,9 % par rapport à l’année précédente. Plus de 7 000 avortements supplémentaires en douze mois, alors que la natalité française poursuit son déclin. Ces chiffres, publiés le 22 septembre, confirment une progression qui ne peut plus être considérée comme conjoncturelle.
En 2023, la France comptabilisait déjà plus de 244 000 IVG. En 2024, elle franchissait le seuil des 252 000. Désormais, elle approche les 260 000, un niveau jamais atteint depuis la légalisation de l’avortement en 1975. Derrière ces statistiques se dessine une réalité démographique et humaine que les débats politiques abordent rarement dans toutes ses dimensions.
Une augmentation qui touche toutes les générations
Le taux de recours à l’avortement atteint désormais 17,8 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Les femmes de 25 à 29 ans demeurent les plus concernées, avec 30,3 IVG pour 1 000 femmes. Mais la DREES relève également une augmentation chez les plus jeunes, alors que leur recours à l’avortement avait longtemps diminué. Autre évolution majeure : 81 % des IVG sont aujourd’hui médicamenteuses, contre seulement 31 % en 2001. Près de la moitié des interventions sont désormais réalisées hors des établissements hospitaliers. Les sages-femmes occupent une place croissante dans cette pratique, avec environ un quart des avortements effectués en ville.
Cette transformation traduit une volonté politique constante de faciliter l’accès à l’IVG. L’allongement du délai légal à quatorze semaines de grossesse en 2022, puis l’inscription de la liberté de recourir à l’avortement dans la Constitution en mars 2024, ont consacré cette orientation. Il serait toutefois abusif d’attribuer mécaniquement la hausse observée à ces seules réformes.
Le contraste mérite d’être souligné. Alors que les pouvoirs publics s’alarment de la diminution des naissances, les interruptions volontaires de grossesse continuent de progresser. Ces deux évolutions ne relèvent pas d’une relation statistique automatique, mais elles interrogent les priorités de la politique familiale française. Quelles aides sont réellement proposées aux femmes qui souhaitent poursuivre une grossesse malgré des difficultés matérielles ? Quelle place accorde-t-on au logement, à la stabilité professionnelle, au soutien des familles et à l’accueil des enfants ? Et pourquoi le débat public insiste-t-il davantage sur l’accès à l’avortement que sur les moyens permettant aux femmes de ne pas y recourir lorsqu’elles désirent garder leur enfant ?
La question dépasse les convictions religieuses. Elle touche à la solidarité nationale, à la maternité et à la capacité d’une société à accueillir la vie.
Le 10 octobre 2018, lors d’une audience générale consacrée au cinquième commandement, « Tu ne tueras pas », le pape François avait employé une formule particulièrement sévère, comparant le recours à l’avortement au fait de payer un tueur à gages pour résoudre un problème.En septembre 2024, revenant sur cette question, il avait réaffirmé que l’avortement constituait, selon l’enseignement catholique, la suppression d’une vie humaine. Des paroles qui rappellent la constance de la doctrine de l’Église, pour laquelle la vie doit être respectée et protégée dès la conception.
Cette exigence s’accompagne d’un devoir de charité envers les femmes confrontées à une grossesse difficile. L’Église ne peut se contenter d’une condamnation morale : elle est également appelée à soutenir concrètement les mères, les familles et les enfants. Avec plus de 259 000 avortements en une seule année, la France est confrontée à une question qui dépasse les seuls indicateurs sanitaires. Celle de la place qu’elle entend réserver à la vie naissante, au moment même où son avenir démographique suscite une inquiétude grandissante.


