Depuis 2000 ans

En Normandie, le Vatican sauve de la vente une abbaye vieille de 850 ans : une nouvelle communauté religieuse attendue

Abbaye Notre-Dame-du-Pré - Valmont - photo Abbayes de Normandie
Abbaye Notre-Dame-du-Pré - Valmont - photo Abbayes de Normandie
Après quatre années d’incertitude, l’abbaye Notre-Dame-du-Pré de Valmont, en Seine-Maritime, restera dans le giron de l’Église. Rome a donné raison au diocèse du Havre et quatre communautés religieuses se sont déjà portées candidates pour redonner vie à ce monastère historique

C’est une décision qui suscite un véritable soulagement parmi les catholiques normands. L’abbaye Notre-Dame-du-Pré, située à Valmont, près de Fécamp, ne sera finalement pas vendue. Après plusieurs années d’incertitude concernant l’avenir de ce haut lieu de la vie bénédictine, les autorités romaines ont tranché en faveur du maintien de sa vocation ecclésiale. Mieux encore, une nouvelle communauté religieuse pourrait prochainement s’y installer.

Selon les informations rapportées par France 3 Normandie, la décision a été prise à Rome en juillet dernier, à l’issue d’un processus engagé après le départ des dernières religieuses bénédictines, en 2022. Plusieurs scénarios avaient alors été envisagés, dont celui d’une vente du domaine. Le diocèse du Havre, sous l’autorité de Mgr Jean-Luc Brunin, défendait au contraire la nécessité de préserver ce patrimoine au service de la vie de l’Église.

Fondée en 1169 par Nicolas d’Estouteville, l’abbaye de Valmont appartient à l’histoire religieuse de la Normandie. Pendant six siècles, des moines bénédictins y ont mené une existence consacrée à la prière, au travail et à la vie communautaire, selon la règle de saint Benoît. L’abbaye possède également un patrimoine artistique exceptionnel. Ravagée par un incendie en 1400, puis reconstruite au XVIe siècle, son église conserve une remarquable chapelle de la Vierge, dite « chapelle des Six-Heures », ornée de vitraux datant de 1552 et d’un retable de l’Annonciation attribué à l’école du sculpteur Germain Pilon.

Au XIXe siècle, le peintre Eugène Delacroix séjourna régulièrement à Valmont, où il trouva dans les ruines de l’abbaye une source d’inspiration. L’une de ses œuvres, Ruines de l’abbaye de Valmont, est aujourd’hui conservée au musée du Louvre. Le monastère avait alors connu les bouleversements de la Révolution française, avec la dispersion de ses religieux et la vente de ses bâtiments comme biens nationaux en 1791, mettant fin à plusieurs siècles de présence bénédictine. Il fallut attendre 1994 pour qu’une communauté de bénédictines redonne à l’abbaye sa vocation contemplative, renouant ainsi avec une tradition monastique pluriséculaire.

Leur départ en 2022, notamment pour des raisons de santé, ouvrit une nouvelle période d’incertitude. Pour les fidèles de la région, profondément attachés à ce lieu chargé d’histoire, la perspective de voir disparaître définitivement la présence religieuse dans cette abbaye était d’autant plus douloureuse qu’elle menaçait de rompre, une nouvelle fois, le lien entre ce patrimoine exceptionnel et sa vocation spirituelle.

Quatre communautés religieuses candidates pour s’installer à Valmont

C’est désormais la perspective la plus encourageante de ce dossier. Quatre candidatures de communautés religieuses ont déjà été déposées auprès du diocèse du Havre pour reprendre la vie conventuelle à Valmont. Rome devrait se prononcer d’ici la fin de l’année 2026 sur le choix de la communauté appelée à rejoindre l’abbaye. L’installation effective pourrait cependant prendre plusieurs années, compte tenu des travaux nécessaires. En attendant, le père Thierry-Marie, ancien aumônier des bénédictines, participe à la préservation de la vocation spirituelle du lieu.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/sante-de-leon-xiv-le-pape-annonce-quil-va-etre-opere-dun-nodule-au-poumon-et-demande-aux-fideles-de-prier-pour-lui/

Un fonds de dotation doit assurer la gestion, l’entretien et la valorisation de l’ensemble, qui comprend quelque 15 hectares de terrain et 8 000 mètres carrés de bâtiments. Des activités ecclésiales, notamment l’accueil de scouts et d’aumôneries, pourront s’y développer dans l’attente d’une nouvelle communauté. Des travaux de mise aux normes devront également être programmés pour permettre l’accueil du public. Précisons que dans la tradition bénédictine, le monastère constitue une école du service du Seigneur, selon l’expression même de saint Benoît dans sa Règle. Sa vocation première n’est donc ni touristique ni culturelle, même si son rayonnement peut naturellement contribuer à la transmission d’un patrimoine exceptionnel.

À une époque où de nombreux établissements religieux connaissent des difficultés de recrutement et où certains monastères ferment définitivement leurs portes, l’avenir de Valmont témoigne d’une volonté de ne pas considérer la disparition d’une communauté comme une fatalité. Après quatre années d’incertitude, l’abbaye Notre-Dame-du-Pré pourrait ainsi retrouver ce qui donne tout son sens à son existence depuis des siècles : une communauté consacrée à la louange de Dieu, au cœur de la Normandie.

Recevez chaque jour notre newsletter !