Dimanche 11 octobre, l’annonce de la prochaine opération de Léon XIV a pris de court une partie du Vatican. Le souverain pontife, qui doit subir une intervention chirurgicale pour un nodule pulmonaire découvert à un stade précoce, devrait être hospitalisé mardi 13 ou mercredi 14 octobre. Une hospitalisation d’environ une semaine est envisagée, pendant laquelle le gouvernement de l’Église devra naturellement s’adapter.
L’expérience des hospitalisations de Jean-Paul II et de François a montré que le Saint-Siège pouvait poursuivre ses activités malgré l’absence physique du pape. Mais la situation de Léon XIV présente une particularité : quelques jours avant l’annonce de son opération, le Collège cardinalice a élu un nouveau doyen, le cardinal Luis Antonio Tagle, âgé de 69 ans, pour succéder au cardinal Giovanni Battista Re, 92 ans.
Le pape continuera à gouverner depuis le Gemelli
Le principe est sans ambiguïté : l’hospitalisation du souverain pontife ne suspend pas son autorité. Même depuis une chambre d’hôpital, Léon XIV demeure pleinement chef de l’Église catholique. Aucune disposition du droit canonique ne prévoit la désignation d’un pape par intérim pour la durée d’une intervention chirurgicale ou d’une convalescence. Dans les faits, les audiences publiques pourront être annulées ou reportées, les déplacements suspendus et certaines décisions différées. Les dossiers nécessitant une intervention immédiate pourront néanmoins continuer à être soumis au pape, selon son état de santé et les recommandations de ses médecins.
La Secrétairerie d’État, placée sous la responsabilité du cardinal Pietro Parolin, jouera un rôle essentiel dans cette organisation. Elle assure déjà la coordination des relations diplomatiques, des affaires générales du Saint-Siège et de nombreux dossiers soumis au souverain pontife. Les différents dicastères poursuivront quant à eux leurs activités ordinaires, dans le cadre des compétences qui leur sont attribuées.
Il ne s’agira donc pas d’un changement de gouvernement, mais d’un fonctionnement adapté aux circonstances médicales.
Jeudi 8 octobre, l’élection du cardinal Luis Antonio Tagle à la tête du Collège cardinalice est intervenue dans un contexte dont personne ne connaissait encore publiquement la dimension médicale. Vendredi 9 octobre, Léon XIV a approuvé cette désignation, conformément à la procédure canonique. Ancien archevêque de Manille et pro-préfet du Dicastère pour l’évangélisation, le cardinal philippin connaît personnellement Robert Francis Prevost. Tous deux ont exercé des responsabilités importantes au sein de la Curie romaine, et le nouveau doyen bénéficie de la confiance du pape.
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Nico Spuntoni de Il Giornale apporte une précision intéressante sur cette nomination. Le journaliste italien estime que Léon XIV, connaissant la nécessité de son intervention, a peut-être souhaité mettre en ordre certaines responsabilités institutionnelles avant son hospitalisation. Il souligne notamment la proximité entre le pape et le cardinal Tagle, ainsi que l’âge relativement jeune du nouveau doyen. Précisons que la fonction de doyen du Collège cardinalice ne fait pas de Tagle un suppléant du souverain pontife. Son rôle consiste notamment à représenter le Collège dans certaines circonstances et à exercer les responsabilités que lui attribuent les dispositions canoniques. Il ne dispose d’aucun pouvoir particulier pour gouverner l’Église à la place du pape hospitalisé.
Une organisation déjà éprouvée sous Jean-Paul II et François
Le fonctionnement du Vatican pendant une hospitalisation pontificale n’a rien d’inédit. Jean-Paul II avait été soigné à plusieurs reprises au Policlinico Gemelli, notamment après l’attentat du 13 mai 1981. Il avait même surnommé cet établissement le « Vatican III », en référence aux deux autres lieux où s’exerçait habituellement son ministère. Plus récemment, François avait connu plusieurs hospitalisations, dont celle de 2025, qui avait nécessité un séjour de 38 jours. Pendant son absence, les audiences avaient été réorganisées, certaines cérémonies confiées à d’autres cardinaux et les affaires du Saint-Siège avaient continué à être traitées.
Ces précédents rappellent qu’il faut distinguer les actes personnels du pape, qui demeurent de sa seule compétence, et les activités administratives ou liturgiques pouvant être assurées par ses collaborateurs. La durée exacte de la convalescence de Léon XIV déterminera donc l’ampleur des adaptations nécessaires. Le Saint-Siège devra notamment préciser les conséquences éventuelles sur ses prochaines audiences et sur les déplacements inscrits à son agenda.
Au Vatican, une inquiétude mesurée
On rapporte que les religieux augustins connaissant Léon XIV depuis de nombreuses années ont accueilli la nouvelle avec surprise. Robert Francis Prevost avait jusqu’ici bénéficié d’une santé généralement bonne, malgré quelques problèmes sans gravité pendant sa période missionnaire au Pérou. La manière dont Léon XIV a personnellement annoncé son diagnostic a cependant été appréciée au Vatican, où le souvenir des longues incertitudes entourant la santé de certains pontifes demeure présent. Pour l’heure, aucune information officielle ne permet de remettre en cause les indications rassurantes données par le pape sur le caractère précoce de la lésion. La nature exacte du nodule, ses dimensions et les modalités de l’intervention n’ont cependant pas été rendues publiques.
L’organisation du Saint-Siège pendant cette hospitalisation devrait ainsi reposer sur une répartition habituelle des responsabilités : le cardinal Parolin pour la coordination des affaires courantes, les préfets des dicastères pour leurs compétences respectives et Léon XIV pour toutes les décisions relevant personnellement de son autorité. Quant au cardinal Tagle, sa nouvelle fonction attire naturellement l’attention des observateurs, mais elle ne modifiera pas cet équilibre. Même hospitalisé, Léon XIV continuera de gouverner l’Église, avec l’assistance de ses collaborateurs et dans les limites que lui imposera temporairement son rétablissement.


