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Incendie à Paris : le marché des Enfants-Rouges ravagé par les flammes, une histoire de charité chrétienne vieille de cinq siècles

vue de l'incendie  du marché des Enfants-Rouges à Paris - capture écran
vue de l'incendie du marché des Enfants-Rouges à Paris - capture écran
Lundi 12 octobre, un violent incendie a ravagé le plus ancien marché couvert de Paris. Derrière son nom singulier se cache une histoire méconnue : celle d'un hospice fondé au XVIe siècle pour recueillir des enfants orphelins, dont la mémoire demeure inscrite au cœur du Marais

Lundi 12 octobre, au petit matin, les flammes ont dévasté le marché des Enfants-Rouges, situé rue de Bretagne, dans le IIIe arrondissement de Paris. L’incendie, qui s’est déclaré avant l’aube, a mobilisé les sapeurs-pompiers de Paris et provoqué d’importants dégâts dans cette halle historique, considérée comme le plus ancien marché couvert encore en activité de la capitale. Selon les premières informations communiquées par les autorités, aucune victime n’était à déplorer, tandis que les opérations d’extinction se poursuivaient. Les circonstances exactes du sinistre restent à déterminer.

Au-delà des dommages matériels, c’est un pan du patrimoine parisien qui vient d’être frappé. Car si les Enfants-Rouges sont aujourd’hui connus pour leurs étals, leurs commerces alimentaires et leurs restaurants fréquentés par les habitants comme par les touristes, leur nom raconte une histoire bien plus ancienne, étroitement liée à la charité chrétienne.

Un hospice fondé pour recueillir les enfants abandonnés

Pour retrouver les origines de cette appellation, il faut remonter à 1536, sous le règne de François Ier. Paris connaît alors les ravages de la pauvreté, des maladies et des épidémies, qui laissent de nombreux enfants sans famille ni protection. Avec le soutien de la monarchie, notamment de Marguerite de Navarre, sœur du roi, un établissement charitable voit le jour dans le quartier du Temple. D’abord connu sous le nom d’hôpital des Enfants-Dieu, il accueille des orphelins et des enfants démunis, auxquels il offre nourriture, hébergement et protection.

Ces jeunes pensionnaires portent un habit rouge, couleur qui permet de les reconnaître dans les rues de Paris. Les habitants prennent rapidement l’habitude de les appeler les « Enfants-Rouges », une appellation qui finira par désigner leur hospice, puis tout un secteur du quartier.

Dans le Paris du XVIe siècle, où les institutions religieuses et les œuvres de bienfaisance occupent une place essentielle dans l’assistance aux plus pauvres, cet établissement témoigne d’une préoccupation ancienne de l’Église et de la société chrétienne : ne pas abandonner les enfants privés de leurs parents.

Une église dédiée à Sainte-Marie-de-la-Consolation

L’histoire de l’hospice comporte également une dimension religieuse aujourd’hui presque oubliée. L’établissement possédait sa propre église, consacrée en 1551 sous le vocable de Sainte-Marie-de-la-Consolation. Située dans le secteur des actuelles rues des Archives et Portefoin, elle appartenait à l’ensemble hospitalier et accompagnait la vie spirituelle de cette institution charitable. Sa dédicace à la Vierge Marie, invoquée sous le titre de Consolation, correspondait à la vocation d’un lieu destiné à accueillir des enfants éprouvés par le deuil et la misère. L’édifice a connu plusieurs transformations avant de perdre une grande partie de sa structure au XIXe siècle, notamment lors des aménagements de la rue des Archives. Son histoire demeure néanmoins documentée dans les archives patrimoniales parisiennes.

Du règne de Louis XIII à la sauvegarde du patrimoine parisien

En 1615, près de quatre-vingts ans après la fondation de l’hospice, un marché est créé sous le règne de Louis XIII pour approvisionner une population de plus en plus nombreuse dans le Marais. Baptisé à l’origine « Petit Marché du Marais », il se développe autour d’une halle de bois où se côtoient commerçants et habitants du quartier. Le marché et l’hospice sont deux établissements distincts. Leur proximité géographique explique toutefois que le premier ait progressivement hérité du nom du second, particulièrement après la fermeture de l’institution charitable au XVIIIe siècle.

En 1772, l’hospice cesse son activité autonome et son administration est réunie à celle des Enfants-Trouvés. Les bâtiments connaissent ensuite d’autres affectations, tandis que le souvenir des jeunes pensionnaires vêtus de rouge continue de vivre dans le quartier. L’œuvre a disparu, mais son nom lui a survécu.

Au XXe siècle, le marché devient propriété municipale. En 1982, il bénéficie d’une protection au titre des monuments historiques. Menacé de disparition plusieurs décennies plus tard, il est finalement préservé grâce à la mobilisation des habitants et des défenseurs du patrimoine. Réhabilité, il retrouve sa place dans la vie quotidienne du Marais, accueillant commerces alimentaires, traiteurs et restaurateurs.

Un patrimoine dont le nom conserve la mémoire de la charité

Lundi 12 octobre, le maire de Paris Centre, Ariel Weil, a annoncé que le feu était maîtrisé, mais que le marché était totalement sinistré. Les premières images montrent l’ampleur de l’incendie qui a frappé ce lieu vieux de plus de quatre siècles. Il faudra attendre les constatations des services compétents pour connaître précisément les dégâts subis par les éléments protégés et les possibilités de restauration. L’ancienne église Sainte-Marie-de-la-Consolation n’est pas concernée par cet incendie : elle se trouvait sur un autre emplacement. Mais la catastrophe rappelle combien l’histoire religieuse de Paris demeure présente dans des lieux qui semblent aujourd’hui avoir perdu toute vocation spirituelle.

Pendant près de cinq siècles, le nom des Enfants-Rouges a traversé les transformations du Marais, les bouleversements politiques et la disparition de l’hospice qui lui avait donné naissance. Il rappelle une époque où l’accueil des orphelins s’inscrivait dans une conception chrétienne de la charité, associant protection matérielle et accompagnement spirituel. À l’heure où le plus ancien marché couvert de Paris vient d’être ravagé par les flammes, cette mémoire mérite elle aussi d’être préservée. Car derrière les halles, les étals et les façades historiques se trouve l’héritage d’une institution fondée pour recueillir les plus vulnérables : des enfants privés de leurs parents, auxquels la société chrétienne du XVIe siècle avait voulu offrir un refuge.

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