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Chine : cinquième consécration épiscopale en trois mois, pourquoi les nominations s’accélèrent-elles ?

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Alors que Léon XIV poursuit sa convalescence à l’hôpital Gemelli, l’activité du Saint-Siège continue. Jeudi 15 octobre, une cinquième consécration épiscopale en moins de trois mois témoigne d’un rythme soutenu dans les relations entre Rome et Pékin, malgré les tensions persistantes autour de la liberté religieuse

Le Vatican a annoncé l’ordination épiscopale du père Ignace Ding Zuyao, nouvel évêque de Haimen, dans la province du Jiangsu, à l’est de la Chine. Âgé de 40 ans, le prélat avait été nommé par Léon XIV le 24 août dernier, sa candidature ayant été approuvée dans le cadre de l’accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine. Cette nouvelle consécration intervient alors que le Pape demeure hospitalisé depuis mardi 13 octobre, après une intervention chirurgicale pulmonaire. Elle témoigne de la continuité de l’activité institutionnelle et diplomatique du Saint-Siège sur l’un des dossiers les plus délicats de ses relations internationales.

Le 22 juillet, Mgr Joseph Chang Yanfeng était consacré évêque de Chifeng. Le 29 juillet, Mgr François-Xavier Duan Yongkun recevait l’ordination épiscopale comme coadjuteur de Bameng. Le 31 août, Mgr Paul Liu Honggang était consacré évêque de Datong, avant l’ordination, le 8 septembre, de Mgr André Ding Yang comme archevêque de Chongqing. Avec celle de Haimen, cinq consécrations se sont donc succédé en moins de trois mois. Cette concentration témoigne d’une activité soutenue dans l’application de l’accord sino-vatican. Elle appelle cependant une question : pourquoi ces nominations interviennent-elles dans un calendrier aussi rapproché ?

Un rattrapage pastoral après des décennies de blocage

La première explication pourrait être pastorale. Plusieurs diocèses chinois sont restés privés d’évêque pendant de longues années. À Chifeng, la consécration de juillet a mis fin à près de vingt ans de vacance épiscopale. À Datong, l’absence d’un évêque résident remontait à plusieurs décennies. Dès 2022, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, reconnaissait que de nombreux diocèses chinois demeuraient sans pasteur ou étaient dirigés par des prélats très âgés. Pour Rome, ces nominations répondent donc à une nécessité fondamentale : assurer la succession apostolique, la continuité de la vie sacramentelle et le gouvernement des diocèses. L’évêque n’est pas un simple administrateur religieux. Successeur des Apôtres, il reçoit la mission d’enseigner, de sanctifier et de gouverner une portion du peuple de Dieu, en communion avec le successeur de Pierre.

Mais la multiplication des consécrations possède également une dimension diplomatique. Signé le 22 septembre 2018 sous François, l’accord provisoire entre le Saint-Siège et Pékin a été renouvelé à plusieurs reprises, puis prolongé le 22 octobre 2024 pour quatre années supplémentaires, jusqu’en octobre 2028. Son contenu intégral demeure confidentiel.

À deux ans de cette échéance, les deux parties pourraient souhaiter consolider les résultats obtenus et rendre plus régulière la procédure de nomination des évêques. Cette hypothèse demeure toutefois une interprétation : aucune déclaration officielle ne permet d’attribuer directement le calendrier des consécrations à la perspective de 2028. Les objectifs des deux parties ne se confondent pas nécessairement. Pour Rome, la priorité est de garantir la communion des évêques avec le Pape. Pour Pékin, les nominations s’inscrivent également dans un système religieux placé sous la surveillance de l’État, où les structures officielles jouent un rôle déterminant.

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Le contrôle des diocèses, un enjeu également matériel

Une autre dimension, moins visible, concerne l’administration des biens ecclésiastiques. En Chine, les organisations religieuses sont soumises à une réglementation stricte concernant leurs bâtiments, leurs ressources, leurs comptes et les dons provenant de l’étranger. Les textes chinois imposent notamment des obligations de déclaration financière et prévoient un contrôle administratif des ressources des institutions religieuses. Les dons étrangers sont également encadrés. Dans ce contexte, la stabilisation des diocèses officiellement reconnus peut faciliter leur administration et renforcer leur intégration dans les structures supervisées par l’État. Il serait néanmoins excessif d’attribuer les cinq consécrations récentes à des motivations financières : aucun élément public ne démontre un tel lien.

Cette évolution s’accompagne d’un autre signe diplomatique. Du 7 au 14 octobre, Mgr Matthieu Zhen Xuebin, évêque coadjuteur de Pékin, et Mgr Joseph Huang Bingzhang, évêque de Shantou, ont participé à Rome à la rencontre consacrée au dixième anniversaire d’Amoris laetitia. Comme le rapportait récemment Tribune Chrétienne, cette présence contraste avec les précédents de 1998 et de 2005, lorsque des évêques chinois invités par Jean-Paul II puis Benoît XVI n’avaient pu rejoindre Rome. Depuis 2018, ces participations sont devenues plus régulières, selon l’agence Fides.

Entre reconnaissance pontificale et encadrement chinois

Né en août 1986 à Qidong, Ignace Ding Zuyao a étudié aux séminaires de Sheshan et de Pékin. Ordonné prêtre en octobre 2011, il était depuis février 2023 curé de Qingnian Donglu, à Nantong. Selon le diocèse de Haimen, relayé par le site catholique chinois Xinde, sa consécration s’est déroulée devant environ 400 prêtres, religieuses et fidèles. Elle était présidée par Mgr Joseph Shen Bin, évêque de Shanghai et vice-président de l’Association patriotique des catholiques chinois, assisté de quatre autres évêques. Le nouveau prélat avait été élu candidat à l’épiscopat le 14 mai 2026, avant l’approbation pontificale annoncée en août. Le communiqué chinois souligne également la lecture de l’approbation de la conférence épiscopale nationale, illustrant le rôle des organismes officiels dans cette procédure.

Ces consécrations ne dissipent cependant pas les inquiétudes concernant les communautés catholiques clandestines. Dans un rapport publié en avril 2026, Human Rights Watch dénonçait les pressions exercées pour contraindre leurs membres à rejoindre les structures religieuses reconnues par le pouvoir communiste. Pour le Saint-Siège, l’enjeu reste de garantir aux diocèses chinois des pasteurs en communion avec le successeur de Pierre, sans aggraver la situation des fidèles. Sous Léon XIV, l’accord hérité de François continue donc de produire des résultats visibles. Mais leur portée ne saurait être appréciée uniquement au nombre d’évêques consacrés ou à leur présence au Vatican. Elle devra aussi se mesurer à leur liberté effective d’enseigner la foi catholique, de gouverner leurs diocèses et d’exercer leur ministère sans ingérence politique contraire à leur mission.

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